Le Vermont. Petit état tranquille, vert, un peu caché entre les grandes vibes américaines plus bruyantes. On est partis de Montréal en prenant la route comme si c’était une petite fuite du quotidien, environ deux heures trente à trois heures de trajet, le temps de voir la ville s’éloigner, les paysages s’ouvrir, et cette sensation…

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Road Trip au Vermont

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Le Vermont. Petit état tranquille, vert, un peu caché entre les grandes vibes américaines plus bruyantes. On est partis de Montréal en prenant la route comme si c’était une petite fuite du quotidien, environ deux heures trente à trois heures de trajet, le temps de voir la ville s’éloigner, les paysages s’ouvrir, et cette sensation étrange de passer une frontière mentale avant même de passer la frontière physique.

J’y suis allée avec ma Mélodice, vraiment quelqu’un de super cool avec qui tout devient léger, et dès le départ, on a mis la musique dans le tapis, comme si le volume de la vie devait monter au maximum pour accompagner le paysage. Qui dit road trip dit ça : une playlist qui devient une sorte de bande sonore officielle du moment, un mélange de chansons qui ne devraient pas forcément aller ensemble mais qui, sur la route, deviennent parfaites. Et en traversant la douane, tout s’est fait de façon étonnamment fluide, presque suspectement simple, quelques questions, un regard, et hop, on est passées, comme si le Vermont nous disait déjà “ok, entrez, respirez”.

Et c’est là que j’ai commencé à me dire que le road trip, ce n’est pas la même chose qu’un backpack trip. En backpack, tu es dans le flou, dans le mouvement lent, dans l’inconnu constant, tu dépends des bus, des horaires, des imprévus, tu es un peu porté par le monde. En road trip, c’est différent : tu contrôles ton espace, ta bulle, ta musique, ton rythme, mais tu restes quand même dans l’aventure. C’est comme un entre-deux où tu es libre, mais confortablement libre, et ça donne une sensation très particulière, presque comme si tu étais dans ta propre petite capsule de voyage.

Premier stop : Burlington, et là, le Vermont commence vraiment à se révéler. Burlington, c’est une petite ville posée sur le bord du lac Champlain, et dès qu’on arrive, il y a quelque chose de doux dans l’air, une vibe ouverte, relax, presque chaleureuse d’une façon difficile à expliquer. On a commencé ça doucement en allant manger au The Friendly Toast, un endroit avec une ambiance colorée, rétro, presque un peu excentrique dans le bon sens, un lieu où tu sens que les gens prennent leur temps. Et la serveuse… honnêtement, elle était incroyable. Ultra assumée, très “woke”, clairement à gauche dans ses idées, mais surtout tellement humaine et attachante. Elle nous parlait comme si on était ses amies du jour, elle m’a même appelée “love”, et ça a instantanément donné ce feeling américain hyper cute et accueillant, comme si tu faisais déjà partie du décor. Elle nous a conseillé des endroits, des rues, des petits coins locaux à découvrir, et on a suivi ça un peu comme une mission improvisée. Burlington, c’est exactement ça : une ville qui ne te force rien, mais qui t’invite à ralentir, à marcher sans but, à regarder les vitrines des petites boutiques indépendantes, à sentir le côté progressiste du Vermont partout autour de toi.

Le Vermont en général a cette identité très particulière : très nature, très communautaire, très local, avec une conscience environnementale assez présente, mais sans être lourde, juste dans la manière dont les gens vivent. Burlington, c’est vivant sans être stressant, c’est simple mais pas vide, et surtout, tu sens que les gens aiment être là.

Ensuite, on est allées vers le campus de l’University of Vermont, et là c’est un autre décor qui s’ouvre : les maisons de sororités. Et honnêtement, c’est un moment un peu étrange parce que tu reconnais exactement ce que tu as déjà vu dans les films américains, sauf que là… c’est réel, et ça change complètement la perception. Les sororités (et fraternités) font partie du système de vie étudiante universitaire aux États-Unis, où les étudiants peuvent rejoindre des organisations sociales basées sur des lettres grecques, comme Alpha, Beta, Gamma, etc. Derrière ces lettres, il y a surtout une idée de communauté structurée : appartenance, réseau social, événements, traditions, et une vie étudiante très organisée autour de ces groupes.

Les maisons elles-mêmes sont impressionnantes. Ce sont souvent de grandes résidences anciennes ou imposantes, avec des façades en bois ou en briques, des escaliers extérieurs, des porches larges, des colonnes parfois, et des drapeaux ou symboles grecs affichés de façon bien visible. Chaque maison a sa propre identité, ses couleurs, ses codes, presque comme une petite “micro-société” à l’intérieur du campus. Tu peux presque imaginer les soirées, les rassemblements, les rituels d’intégration, les événements sociaux, tout ce qui construit une vie étudiante très collective et parfois très codifiée.

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Ce qui est particulièrement frappant, c’est le côté à la fois très visible et en même temps un peu fermé de ces maisons. Elles sont là, au milieu du campus, mais elles ont leur propre fonctionnement interne, leurs règles, leurs dynamiques. Tu ressens une forme de tradition américaine universitaire très forte, où l’expérience étudiante ne se limite pas aux cours, mais s’étend à une identité sociale presque complète. C’est une culture qui valorise énormément le sentiment d’appartenance à un groupe, parfois même au point où ton réseau universitaire devient une extension de ton identité.

Et en marchant autour, il y a aussi ce contraste intéressant avec Burlington elle-même. La ville est ouverte, inclusive, très “progressive New England”, avec une vibe communautaire large et décontractée, alors que les sororités incarnent une version plus structurée, plus hiérarchisée et plus traditionnelle de la vie sociale américaine. C’est comme si deux visions de la communauté coexistaient au même endroit : une très large et fluide dans la ville, et une très définie et codée dans les maisons. Et c’est ça qui rend le tout fascinant à observer, parce que rien ne s’annule, tout cohabite, un peu comme deux couches différentes du même endroit.

Puis on a pris la route vers Woodstock, et là, le Vermont change encore de visage. Avant même d’arriver, on sent que tout devient plus calme, plus rural, plus intemporel. Et petit fait important : non, ce Woodstock-là n’est pas celui du festival mythique, qui s’est en réalité déroulé dans l’État de New York, à Bethel.

Mais malgré ça, ce Woodstock du Vermont a une identité tellement forte qu’il n’a pas besoin de ce lien pour exister. C’est un village qui ressemble à une carte postale vivante, fondé au 18e siècle, avec son architecture coloniale parfaitement conservée, ses maisons blanches, ses rues bordées d’arbres, son green central très “New England”, et cette impression que le temps avance plus lentement ici. On sent vraiment les racines agricoles du Vermont, quelque chose de profondément américain dans son histoire, mais adouci par une esthétique presque artistique.

On est allées voir les ponts couverts, le Middle Covered Bridge et le Taftsville Covered Bridge, deux structures emblématiques du Vermont qui datent du 19e siècle et qui font vraiment partie de l’identité historique de la région. Ce sont des ponts entièrement en bois, construits à une époque où les couvertures n’étaient pas décoratives, mais vraiment fonctionnelles : elles servaient à protéger la structure en bois de la pluie, de la neige, du vent et du soleil, afin de prolonger leur durée de vie. Sans cette “toiture”, le bois se serait détérioré beaucoup plus rapidement, donc ces ponts sont en quelque sorte une solution ingénieuse de l’époque pour survivre aux hivers rigoureux du Vermont.

Ce qui frappe en les voyant, c’est leur architecture très reconnaissable : une charpente apparente en bois massif, souvent peinte en rouge foncé typique de la Nouvelle-Angleterre, avec des côtés fermés et une entrée en forme de petit tunnel. Quand tu entres dedans, tu passes littéralement dans une autre ambiance : la lumière diminue, le bruit de la rivière en dessous devient plus présent, et tu entends presque le bois qui réagit légèrement sous les pas ou le passage des voitures. Le Middle Covered Bridge, en particulier, a ce côté très intime et chaleureux, entouré de nature et de petites routes tranquilles, comme s’il faisait partie du paysage depuis toujours. Le Taftsville Covered Bridge, lui, est un peu plus imposant et donne une impression de solidité encore plus marquée, avec une structure qui semble avoir résisté à tout — tempêtes, saisons, et passage du temps.

Ce sont aussi des ponts qui ne sont pas seulement “jolis” ou touristiques : ils sont encore utilisés aujourd’hui, ce qui rend l’expérience encore plus spéciale. Tu peux littéralement marcher ou conduire dessus, comme les gens le faisaient il y a plus d’un siècle. Il y a quelque chose de très particulier dans le fait de traverser un objet historique qui est encore vivant, encore fonctionnel, pas figé dans un musée.

Ensuite, on est entrées dans une librairie, et là j’ai eu un de mes moments préférés du voyage. Aux États-Unis, les librairies ne sont pas juste des magasins, ce sont des lieux de vie. Les gens s’installent, prennent leur temps, lisent, discutent. Il y avait un papa assis avec son petit garçon en train de lui lire une histoire, sans se presser, complètement dans leur bulle. Plus loin, une section vinyles avec quelqu’un qui fouillait tranquillement, et une femme en particulier qui m’a marquée : chapeau stylé, tenue parfaite, une élégance naturelle, elle regardait les vinyles comme si c’était un rituel. Elle avait une présence presque cinématographique, comme si elle faisait partie du décor mais avec sa propre histoire. Et c’est ça que j’ai aimé à Woodstock : tout le monde semble exister pleinement dans son moment.

On a pris un café, puis on a marché dans les rues avec nos verres à la main, en regardant les petites boutiques locales, les galeries d’art, les enseignes en bois, l’air frais, et cette impression générale d’être dans un endroit qui n’a pas besoin de courir après quoi que ce soit.

Sur la route, il y a eu aussi un moment complètement inattendu. On a vu une madame arrêtée sur le bord de la route, fixant une pancarte avec insistance, et par curiosité on a ralenti. Et là, une petite chouette, posée là, toute petite, immobile, presque comme si elle observait le monde. C’était dans un décor un peu redneck, maisons simples, bord de route isolé, rien de spectaculaire autour, mais cette chouette transformait complètement la scène.

Et finalement, retour à Burlington pour terminer la journée à Pizzeria Verità, et honnêtement, quelle finale. Une pizza cuite au four à bois, pâte parfaite, croustillante sur les bords, moelleuse au centre, simple mais exécutée à la perfection, avec ce genre de goût où chaque ingrédient se distingue. On était placées juste à côté du four, donc on voyait les flammes, les pizzas entrer et sortir, le pizzaiolo travailler, et ça donnait presque une vibe méditative. Et pour finir, un cannoli : croquant à l’extérieur, crème douce et sucrée à l’intérieur, parfait pour clore la journée.

Au final, le Vermont, c’est resté pour moi un mélange étrange et beau de simplicité et de profondeur. Ce n’est pas un endroit spectaculaire au sens classique, mais c’est un endroit qui te fait remarquer les petits moments : une serveuse qui t’appelle “love”, une librairie silencieuse mais vivante, un pont couvert rouge au milieu de la forêt, une chouette sur le bord d’une route, une pizza parfaite en fin de journée. Et dans tout ça, il y a cette sensation que le voyage n’est pas juste dans les lieux, mais dans la façon dont tu les traverses.

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