Après Luang Prabang, j’étais supposée faire comme tout le monde et prendre le train vers Vang Vieng. Un beau train moderne, rapide, confortable, climatisé, sans danger pour l’estomac. Le choix logique, finalement. Mais non. À la place, j’ai décidé de reprendre le fameux bus de l’enfer. Celui où j’avais déjà vomi ma vie la première fois. Pourquoi? Parce que j’avais une vape lol. Triste réalité. Oui oui. J’ai volontairement choisi plusieurs heures de torture dans les montagnes laotiennes juste pour protéger une vape. Mes priorités dans la vie sont manifestement excellentes.
Donc me revoilà dans un minibus qui brasse comme une laveuse sur spin, à essayer de respirer par le nez et de fixer l’horizon pendant que chaque virage menace de faire ressortir mon dîner. Mais au final, cette ride-là m’a amenée exactement où je devais être. Parce que c’est dans ce fameux bus que j’ai rencontré Thierry, Louise et Paul. Trois Français d’environ 65 ans. Louise et Paul formaient un couple adorable, et Thierry… mon dieu Thierry. Ce gars-là parle plus vite qu’il respire. Pendant que moi j’essayais simplement de survivre sans vomir sur mes genoux, lui racontait sa vie entière, ses voyages, ses opinions sur le monde, probablement aussi la météo des quinze dernières années en France. Maudit qu’il parle ce gars-là hahaha. Mais immédiatement, je l’ai trouvé attachant.
Et c’est comme ça qu’a commencé cette drôle d’amitié.
C’était quand même assez comique de me retrouver à créer des liens avec des gens qui avaient l’âge de mes grands-parents dans un backpack trip au Laos. Mais rapidement, l’âge a arrêté d’exister. On était juste quatre voyageurs pris ensemble dans un bus infernal au milieu des montagnes. Et honnêtement, ça m’a fait du bien. Parce qu’en voyage, tu réalises vite que les connexions humaines dépassent complètement les générations. Eux avaient leur sagesse, leurs histoires, leur stabilité. Moi j’étais dans mon chaos habituel de backpackeuse qui prend des mauvaises décisions pour une vape. Et somehow, ça fonctionnait parfaitement.

Une fois arrivée à Vang Vieng, je retourne directement dans la même auberge que la première fois. Pourquoi? Parce que c’était ridiculement pas cher. Oui, les lits étaient pratiquement faits en ciment. Oui, je pense sincèrement qu’un prisonnier aurait porté plainte. Mais bon, à ce prix-là, tu dors et tu fermes ta gueule hahaha.
Comme j’arrive en soirée, je pars souper avec Thierry, Louise et Paul. Je les amène au Victor Place, aka le restaurant qui sert selon moi le meilleur schnitzel et les meilleures pommes de terre au monde. Rien de fancy, juste du gros comfort food parfait après une journée à survivre dans un bus. On passe la soirée à parler pendant des heures, à apprendre à se connaître, raconter nos vies, nos relations, nos voyages. Et honnêtement, ça faisait du bien d’avoir des vraies discussions d’adultes. Pas juste les conversations de backpackers classiques du genre “tu viens d’où?” “tu voyages combien de temps?” Non, là on parlait de famille, de maison, du travail… enfin de la retraite pour eux lol. On a joué aux cartes, beaucoup ri, et à un moment donné je me suis dit : Crime, je suis vraiment en train de passer une soirée incroyable avec trois Français de 65 ans au Laos. Un gros bisous à eux.
Puis Thierry nous annonce qu’il a booké une grosse excursion aventure pour le lendemain. Louise et Paul étaient plus du genre relax. Thierry, lui, est manifestement incapable de vivre sans adrénaline. Moi? J’accepte immédiatement. Je savais même pas ce qu’on allait faire. Je lui ai juste donné mon argent avec une confiance aveugle. Ce qui est probablement soit très backpacker, soit très dangereux.

Le lendemain commence donc l’aventure avec Thierry, et honnêtement ça finit par être une des meilleures journées du voyage.
On commence avec la zipline. C’est là que Thierry et moi rencontrons Lucas — aka “lululumineux” — ainsi que ses deux amis italiens, Jono et Cesco. Déjà, Lucas et Jono avaient ce genre d’énergie un peu nonchalante, presque sortie d’un film indie européen : cheveux longs, look skater, attitude détachée, comme s’ils pouvaient rouler une cigarette en plein saut dans le vide sans même y penser. Lucas, lui… bon. Lucas me plaisait bien lol. Il avait cette vibe bohème qui me rappelait Flo à Bali, ce genre de personne qui ne s’installe nulle part très longtemps, qui travaille quelques mois en Australie dans les fermes, fait un peu d’argent, puis disparaît ailleurs dans le monde comme si c’était la chose la plus normale au monde. Le genre de gars qui semble vivre uniquement pour le mouvement, le changement, l’adrénaline.
La zipline en elle-même était complètement débile. Tout le parcours te fait traverser la jungle avec des vues incroyables, puis à la fin ils t’attachent à une corde suspendue dans le vide et te lâchent d’une plateforme à presque 20 mètres de hauteur. Une chute contrôlée, mais ton cerveau ne comprend pas ça au moment où tu tombes. Sauf que moi, évidemment, ils ont décidé de faire un arrêt au milieu. Donc je suis restée suspendue dans le vide quelques secondes de trop, avant d’être relâchée d’un coup. Mon cœur est littéralement resté accroché quelque part dans les arbres. Thierry, lui, riait comme si c’était la meilleure émission comique de sa vie. J’avais envie de lui dire d’essayer, lui, de rester suspendu au-dessus du vide en réfléchissant à ses choix de vie, mais bon.
Après ça, on enchaîne avec le kayak sur la rivière. Là, tout devient plus calme, plus lent, presque relax… en théorie. Parce qu’évidemment, ça ne dure pas longtemps avant que ça devienne une course improvisée contre Lucas et les Italiens. Eux fumaient des clopes entre deux coups de pagaie comme si c’était un sport olympique parfaitement normal. La scène était absurde : moi en train de ramer sérieusement, Thierry qui crie des commentaires comme si on était à Roland-Garros version rivière, et les autres qui avancent à moitié en mode “on s’en fout de tout”. Ça m’a fait rire du début à la fin.
Ensuite on part pour le tubing dans une grotte. C’était magnifique, presque irréel par moments, avec cette sensation d’entrer dans un autre monde, mais aussi complètement glacé. L’eau était tellement froide que ton corps passe instantanément en mode survie. Tu arrêtes de penser, tu arrêtes de réfléchir, tu veux juste sortir vivant et garder tes orteils fonctionnels. C’est le genre d’expérience où tu es content après, mais pendant tu te demandes sincèrement pourquoi tu as choisi ça volontairement.
Pour finir la journée, direction Blue Lagoon 3. L’endroit est rempli de monde, surtout des touristes chinois, mais honnêtement ils ont une énergie incroyable. Et il y avait cette scène complètement surréelle au milieu de l’eau : une grosse poutre en bois où ils faisaient des combats one vs one, à essayer de se pousser pour faire tomber l’autre dans le lagoon. Et tout le monde autour criait, encourageait, riait, comme si c’était une finale olympique ultra sérieuse. Des adultes complètement investis émotionnellement dans un duel instable sur une planche glissante au milieu du Laos. C’était tellement absurde que tu pouvais pas t’empêcher de rire.
Puis arrive le petit chaos de fin de journée : Thierry et moi réalisons qu’on a oublié notre sac avec mon short préféré et son pull. Et là, tout devient ridicule. On est tous les deux convaincus que l’autre l’a pris. On refait mentalement chaque étape de la journée comme deux enquêteurs inutiles. On retourne des endroits, on demande, on cherche sans trop savoir où. J’étais vraiment triste pour mon short, parce qu’il était vraiment parfait. Et en même temps la situation était tellement absurde qu’on finissait par rire malgré nous. Jusqu’au moment où, contre toute logique, on le retrouve. Et là c’est une vraie victoire, genre soulagement collectif totalement disproportionné pour un sac et un morceau de tissu.
On termine la journée fatigués mais heureux, à regarder encore un coucher de soleil avec les montgolfières qui flottent au-dessus de Vang Vieng, cette fois avec Louise et Paul qui nous ont rejoints. On est ensuite allés manger tous ensemble dans un petit resto tranquille, sans prétention, juste le genre d’endroit parfait pour finir une journée comme celle-là.




Et là, la soirée ralentit encore plus.
Avec Louise et Paul, les conversations prennent une autre vibe. Louise me parle de leur façon de voyager à deux depuis des années, de comment ils ont appris à s’adapter l’un à l’autre sur la route, à ne pas toujours courir après les mêmes choses. Paul, lui, raconte leurs voyages passés, leurs arrêts dans différents pays, et cette impression qu’à leur âge, ils ont arrêté de vouloir tout contrôler pour juste profiter de ce qui se présente.
Avec Thierry, évidemment, ça part dans tous les sens. Il revient sur la journée, sur la zipline, sur le kayak, sur “ta face quand t’étais suspendue dans le vide” qu’il n’est pas capable de lâcher. Il parle de ses propres voyages, de sa façon à lui de continuer à chercher des sensations fortes même à son âge, comme s’il refusait doucement de ralentir. Entre deux éclats de rire, il nous sort des réflexions complètement random sur la vie, les gens, les voyages, toujours avec cette intensité qui lui est propre.
Moi, j’écoute surtout. J’observe aussi. Ces échanges-là ont quelque chose de très simple, mais en même temps très rare. Il n’y a rien à prouver, rien à impressionner. Juste des histoires partagées autour d’une table, dans un endroit perdu au Laos.
Et à ce moment-là, j’ai vraiment cette pensée très claire, presque calme : cette ville est peut-être un des plus beaux endroits que j’ai vus de ma vie. Pas juste pour les paysages, mais pour tout ce qui s’y est croisé en même temps — les gens, les conversations, les rencontres improbables, et cette impression d’être exactement là où je devais être, sans trop comprendre pourquoi.
Après ça, Thierry et moi allons ensemble au Funky Bar prendre une petite bière tranquille. On en prend une ensemble, on jase un peu, puis lui retourne se coucher tôt. Moi je reste encore un moment au bar. Et c’est là que je rencontre Netanel.
Oui, au départ ma curiosité venait surtout du fait qu’il était Israélien. Je crois que depuis que je voyage en Asie, je croise énormément d’israéliens qui sortent de leur service militaire, et ça m’intrigue. Pas de façon superficielle, mais plutôt parce que ça crée une sorte de décalage que je n’arrive pas encore à bien comprendre. Alors quand j’ai rencontré Netanel, je ne m’attendais pas à ce que ça devienne une de ces rencontres qui te restent dans le coeur longtemps après.
On commence simplement par une pizza. Enfin “simplement”… lui en mange à peine deux pointes, moi je termine le reste sans trop poser de questions, avec des bières qui s’enchaînent naturellement. Et il paye la facture entière. Je lui demande pourquoi, surtout qu’il n’a presque rien mangé, et il me répond très sérieusement : “Les gars d’Israël ont un ego.” C’était absurde, tellement assumé que ça m’a fait rire immédiatement. Mais déjà là, il y avait quelque chose chez lui. Une espèce de calme, de contrôle, mais aussi une intensité difficile à définir.
Puis la soirée change complètement de rythme.
On se retrouve au bord du fleuve avec des bières, et la conversation s’étire sans effort. On parle de tout, sans ordre précis, sans filtre : politique, religion, guerre, identité, musique, trauma, voyages, relations humaines. Il avait cette capacité rare de ne pas juste répondre, mais de vraiment réfléchir à ce qu’on se disait. Il lisait beaucoup, surtout sur la Deuxième Guerre mondiale, sur les mécanismes de violence, sur l’humain dans ses zones les plus complexes. Et plus on parlait, plus je sentais que derrière sa façon d’être très douce et posée, il y avait quelque chose de beaucoup plus lourd, de beaucoup plus ancien aussi.
Le service militaire revenait souvent dans la conversation. En Israël, c’est obligatoire de 18 à 21 ans. Et lui avait été envoyé dans des zones de conflit, dont Gaza. Il racontait sans chercher à dramatiser, mais chaque phrase portait un poids. Il avait vu des choses que je n’ai jamais eu à imaginer. Des amis morts. Des situations qu’on n’oublie pas. Et c’est là que j’ai commencé à ressentir ce contraste étrange chez lui. Quelqu’un de très humain, très curieux, presque lumineux dans sa façon de penser, mais avec des silences qui semblaient plus lourds que ses mots. Je me suis surprise à ne pas oser lui poser certaines questions. Pas par peur de la réponse, mais parce que je sentais que certaines réponses, une fois dites, changent la manière dont on regarde quelqu’un pour toujours. Et je n’étais pas certaine d’être prête à déplacer ce regard-là.
On a ensuite échangé de la musique, en français, en anglais, en hébreu. Et j’apprends qu’il joue de la guitare, qu’il en a acheté une récemment. Sur le moment, je lui lance ça à moitié en blague : pourquoi tu ne l’as pas amenée ce soir? Je pensais pas vraiment qu’il allait faire quelque chose avec ça.
Mais il se lève. Et il part la chercher à son hôtel.
Et quelques minutes plus tard, il joue.
Grenade de Bruno Mars. Let It Go. Une chanson en hébreu. Et il chante.
Je ne sais pas exactement ce qui se passe dans ces moments-là, mais tout devient plus lent. Moins bruyant. Comme si le reste du monde avait reculé d’un pas. Ce n’était pas une performance, pas une intention de séduire ou d’impressionner. C’était juste quelqu’un qui partageait quelque chose de très simple et très vrai. Et moi qui recevais ça sans défense. Je crois que c’est ce genre de moment que je poursuis sans le savoir en voyage. Pas les grandes aventures, pas les paysages seuls, mais ces instants-là où deux vies qui ne devaient pas se croiser finissent par se toucher d’une manière inexplicable.
Ce qui m’a frappée avec Netanel, c’est à quel point il était profondément philosophe dans sa manière d’être. Ce n’était pas juste quelqu’un qui “a des conversations intéressantes”, c’était quelqu’un qui pense le monde en continu. Tout le temps. Il analysait, questionnait, décortiquait. Même les silences avec lui avaient une sorte de densité, comme si chaque moment avait une réflexion derrière. Et honnêtement, depuis cette rencontre-là, je pense que c’est une des personnes qui m’a le plus fait réfléchir en voyage. Pas parce qu’il avait toutes les réponses, mais parce qu’il posait les bonnes questions sans même essayer de les imposer.
On s’est quitté d’une façon assez simple, presque irréelle : sur des cordes de guitare, sans vraiment savoir si on allait se revoir. Il jouait, on chantait, puis la soirée a juste glissé doucement vers sa fin, comme si rien n’avait besoin d’être conclu. Et après ça seulement, il m’a envoyé sur WhatsApp le texte un hébreu. Comme une continuation de la conversation, mais à distance. Comme si le lien ne s’était pas arrêté au moment où on s’était dit bonne nuit. Le texte en question est de Noam Horev, sur les “personnes temporaires”. J’ai essayé de le traduire, et plus je le lisais, plus ça résonnait fort avec ce que je vis ici. L’idée que certaines personnes ne sont pas là pour rester, mais pour déclencher quelque chose. Nous apprendre, nous déplacer, nous ouvrir, nous faire évoluer, puis partir sans que ça diminue leur importance. Au contraire. Ce texte-là a vraiment changé quelque chose dans ma façon de voir mes rencontres en voyage, et dans ma vie en générale. Ça m’a forcée à réaliser que j’ai souvent tendance à mesurer la valeur des gens à leur durée dans ma vie. Comme si quelque chose devait rester longtemps pour être réel, profond ou significatif. Mais le voyage vient complètement briser cette idée-là. Il m’apprend exactement l’inverse : certaines personnes arrivent pour un moment très court, mais touchent quelque chose d’essentiel, parfois plus fort que des relations qui durent beaucoup plus longtemps.
Et Netanel, dans tout ça, faisait clairement partie de ces présences-là. Pas une histoire longue, pas une trajectoire définie, pas une certitude. Juste un moment précis où quelque chose s’est ouvert en moi, sans que je m’y attende.
Et aujourd’hui encore, on est toujours en contact. On s’écrit de temps en temps. Il est retourné à une vie plus stable, il travaille maintenant dans l’immobilier, et il semble avoir trouvé un rythme complètement différent de celui qu’il avait en voyage. Et honnêtement, ça me fait plaisir de voir ça. De voir qu’il va bien. Que cette intensité qu’il portait en lui a trouvé une forme d’ancrage, même si elle existe maintenant autrement.
Voici le texte en question que j’ai traduit, et je crois important de le partager, de le laisser respirer un peu ici, comme quelque chose qui continue de résonner bien après la lecture:
Les temporaires – De Noam Horev:
Quand nous étions enfants, on nous a appris à viser l’étincelle.
Quelqu’un a peint des graffitis nets et clairs sur les murs : « Et ils ont vécu heureux pour toujours ».
Quand on est adolescent, on se rend peu à peu compte que cette éternité est une affaire délicate. Parce que les châteaux de sable ne durent pas éternellement. Et la nourriture dans le réfrigérateur n’est pas reste pour toujours. Et les gens aussi. Les gens ne restent pas toujours pour toujours non plus.
Nous grandissons avec ce concept selon lequel plus une personne nous accompagne pendant une longue période dans notre vie – plus elle est significative et importante, mais dans toutes nos vies, il y a des personnes temporaires. Des gens qui ne nous accompagneront pas jusqu’au bout, qui sont entrés dans nos vies pendant un certain temps, limité à un objectif précis. Des gens qui ne seront probablement pas là au générique. Les intérimaires arrivent juste au moment où nous en avions besoin. Ils viennent nous donner une leçon, apprends-nous quelque chose sur nous-mêmes. Appuyez sur un bouton pour nous, aide-nous à faire face, voir plus clairement, être un tremplin vers le niveau suivant pour changer notre perspective.Surmontez une certaine peur, soulevez-nous des planches, fermer un cercle. Puis, dès que leur travail est terminé, ils partent. Le fait est que cela ne les rend pas moins importants. Cela ne les rend pas moins importants. Dans les pages d’histoire de l’histoire de nos vies , ces personnes temporaires recevront un chapitre entier, profond et substantiel. Quand je remonte le temps, je reconnais des personnes qui ont été présentes dans ma vie pendant deux ou trois mois et qui ont fait une réelle différence, m’ont influencé, m’ont donné. J’ai été inspiré, enseigné et laissé tomber plus de jetons que beaucoup de personnes qui m’ont accompagné pendant de nombreuses années. En raison de l’aspiration utopique à l’éternité, nous avons tendance à penser que lorsque ces personnes franchissent notre porte, cela signifie que nous les avons perdus. Que nous avons échoué. Que nous ne les avons tout simplement pas gardés assez forts, il nous est difficile de comprendre qu’ils ont fait leur travail, et avec toute la tristesse que cela implique, leur rôle vient de se terminer.
Ainsi, de temps en temps, sur l’autoroute de la routine, avec tout le temporaire, l’éternel et tout le reste, il est important de s’arrêter, de se souvenir et de remercier ces personnes temporaires, qui ne sont peut-être pas présentes dans notre vie quotidienne, mais qui, pour un petit moment, parfois dans les espaces du temps et de la distance, ont été pour nous l’éternité.
Le lendemain, je recroise Lucas et ses amis dans un restaurant. Je décide donc de passer la journée avec eux. Et mon dieu que ces gars-là me faisaient rire.
Lucas était un vrai bohème de la vie. Celui qui transforme tout en aventure chaotique. Francesco, lui, donnait le vibe du vrai Italien confiant avec des petits goûts de luxe, sauf que derrière ça se cachait un gars qui disait ouvertement être vendeur de drogue et faire pousser des champignons magiques. Tout un personnage. Puis il y avait Jono… impossible à décrire correctement. Le gars avait des tattoos stick and poke complètement absurdes, des gems sur les dents, du vernis à ongles, des phrases écrites sur ses orteils et un mini chapeau rose-bleu-vert. Plus tu le regardais, moins tu comprenais qui il était. Ah oui, et il avait une galerie complète de photos de filles qui pissent dehors. J’en fais maintenant partie apparently.
On a commencé la journée avec le buggy, un genre de petit kart tout-terrain complètement incontrôlable qu’on a pris pour tout l’après-midi. Ça nous a coûté environ 20 à 30$ chacun, quelque chose dans ces eaux-là, pour plusieurs heures à rouler dans la poussière, les chemins de terre et les routes un peu absurdes autour de Vang Vieng. On était tous ensemble dans le même buggy, et on a alterné la conduite entre nous tous.
Et honnêtement… moi au volant, c’était un vrai danger public. Je pense sincèrement que j’ai failli tuer une touriste sur le bord de la route. Oups… À un moment donné, j’étais tellement concentrée à ne pas mourir que j’ai oublié qu’il y avait d’autres êtres vivants autour de moi. Luca, lui, adorait clairement me voir galérer. C’était le genre de dynamique où il riait pendant que moi j’essayais juste de garder le contrôle, et évidemment il en profitait pour transformer chaque trajet en chaos total. Il s’amusait notamment à rouler dans les petits tas de caca de vache sur la route à pleine vitesse, juste pour le plaisir de voir tout ça éclabousser partout. Et bien sûr, tout finissait sur nous. On était couverts de poussière, de boue, et probablement de caca de vaches, mais on riait tellement que ça en devenait complètement secondaire. C’était pas propre, pas organisé, pas du tout sécuritaire, mais c’était exactement le genre de moment où tout est trop absurde pour être autre chose que drôle.
Après ça, on est montés vers un viewpoint pour le coucher de soleil. La montée était déjà une sorte de transition mentale après le chaos du buggy, comme si on quittait lentement le bruit et la poussière pour retrouver quelque chose de plus calme. Une fois en haut, tout s’est arrêté d’un coup. La lumière commençait à tomber sur les montagnes de Vang Vieng, avec cette teinte dorée presque irréelle qui recouvre tout. On voyait les montgolfières flotter doucement dans le ciel, comme si elles faisaient partie du paysage depuis toujours. Il y avait un silence particulier là-haut. Pas un silence vide, mais un silence plein. Celui où tout le monde arrête de parler sans même s’en rendre compte. On s’est juste installés, fatigués, sales, un peu brûlés par le soleil, et on a regardé le ciel changer de couleur. Après une journée aussi chaotique, ce moment-là faisait presque contraste total. Comme si tout le bruit de la journée s’était dissous d’un coup dans le coucher de soleil.




Puis arrive ma dernière journée au Laos. Et honnêtement? Je comprends pas pourquoi autant de gens skip ce pays pour aller directement en Thaïlande ou au Vietnam. Le Laos est INCROYABLE. Je me suis tellement amusée ici. J’en retiens des cuites monumentales, beaucoup trop de rencontres, des paysages irréels, une hike de trois jours qui m’a poussée physiquement, des soirées improbables, des discussions philosophiques au bord de l’eau, des moments de solitude aussi, et bcp, bcp, de rencontres inoubliables.
Pour ma dernière journée, je pars faire une hike avec Thierry. Je me souviens même plus du nom du point de vue, mais maudit que ce gars-là est en forme. Plus que moi en tout cas. Et pendant cette randonnée, on a énormément parlé, sans trop se presser, comme si la montée servait surtout de prétexte pour continuer toutes les conversations qu’on avait commencées les jours précédents.

Et honnêtement, cette amitié-là m’a vraiment touchée. Parce que je pense qu’à mon âge, on oublie parfois à quel point les personnes plus âgées peuvent nous apporter. Thierry, Louise et Paul m’ont rappelé qu’il n’y a pas qu’une seule façon de vivre une vie. Qu’on peut avoir 65 ans et encore être curieux, aventureux, spontané. Qu’on peut continuer à voyager, découvrir, rire, créer des connexions, sans que ça devienne quelque chose de “réservé aux jeunes”. Ça m’a aussi rassurée sur le futur d’une certaine manière. Vieillir ne veut pas forcément dire devenir plate ou arrêter de vivre. Au contraire, ça peut juste être une autre version de la même curiosité. Pendant la hike, on a aussi rencontré un couple français qui faisait le tour du monde avec leurs deux jeunes enfants. Et encore une fois, ça m’a frappée. Voir des gens construire une vie complètement différente des normes habituelles, sans demander la permission à personne, m’a vraiment fascinée. Il y avait quelque chose de très inspirant là-dedans, comme si chaque personne qu’on croisait ce jour-là venait confirmer la même idée sous une forme différente.
Le soir venu, on est allés voir un dernier coucher de soleil. Rien de pressé, rien de spécial à faire, juste cette envie simple de profiter encore une fois de Vang Vieng avant de partir. Et comme si la ville voulait vraiment nous offrir une dernière scène parfaite, on a recroisé ce fameux couple de la randonnée, installé eux aussi face au ciel, comme si tout le monde s’était donné rendez-vous sans le dire. On est restés là un moment, à regarder la lumière tomber doucement sur les montagnes, sans trop parler. Et dans ce calme-là, il y avait quelque chose de très complet, comme si la boucle de ces derniers jours se refermait naturellement, sans effort.
Après ça, on est allés manger un sandwich Big Mama, un peu une institution à Vang Vieng. C’est un genre de gros sandwich hyper simple mais vraiment satisfaisant, vendu dans plusieurs petits stands un peu partout en ville. Le concept est toujours le même : pain bien rempli, souvent chaud, avec œufs, viande, légumes, sauces… rien de fancy, mais des portions généreuses et un prix vraiment ridicule pour ce que c’est. C’est exactement le genre de spot où tout le monde finit par aller au moins une fois, backpackers comme locaux, parce que c’est rapide, pas cher, et bon après une journée dehors. On s’est assis avec ça, encore un peu dans la chaleur de la journée, comme si c’était la façon la plus simple de terminer cette dernière soirée.
Kupchai lailai Laos ❤️





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