Se rendre de Vang Vieng à Luang Prabang, c’est essentiellement choisir entre être une personne intelligente… ou être moi.
Parce qu’il existe maintenant un train ultra moderne reliant plusieurs villes du Laos, construit dans le cadre d’un énorme projet ferroviaire financé par la Chine. Le train fait partie de la ligne Laos–Chine, un projet qui a complètement changé la façon de voyager dans le pays. Avant ça, traverser le Laos voulait dire passer des heures à souffrir sur des routes de montagne défoncées. Maintenant, tu peux traverser une bonne partie du pays en quelques heures, assis dans un siège climatisé à regarder les montagnes défiler comme si tu étais devenu soudainement une personne organisée et responsable.
Le trajet entre Vang Vieng et Luang Prabang dure environ une heure et coûte généralement entre 15 et 30 dollars canadiens dépendamment de la classe et du moment où tu réserves. Honnêtement, pour ce que ça offre, c’est vraiment worth it.
PAR CONTRE.
Le Laos ne niaise pas avec les règlements du train. Pas de vape. Pas de cannabis. Pas de couteaux. Pas de trucs louches. Les contrôles de sécurité ressemblent pratiquement à ceux d’un aéroport. Et la vape est techniquement illégale au Laos. Si tu te fais pogner avec ça, ça peut aller du simple confiscage jusqu’à des problèmes vraiment plus chiants dont t’as pas envie en backpack.
Donc moi, dans toute ma grande sagesse, j’ai décidé de prendre le bus parce que j’avais une vape sur moi et que je voulais pas me la faire enlever.
Erreur monumentale.
Guys. Je pense sincèrement que c’est une des pires routes que j’ai faites de tout mon voyage en Asie. Et pourtant, Dieu sait que j’en ai fait, des routes sketch.
Le trajet est supposé durer autour de 6 à 7 heures et coûte environ 15 dollars canadiens. Mais le problème, ce n’est pas la durée. Le problème, c’est que la route semble avoir été bombardée il y a trois jours. Pendant littéralement tout le trajet, le bus roule à environ 20 km/h parce qu’il y a des trous PARTOUT. Pas des petits trous cute de route de campagne. Non non. Des cratères. Des trous qui te font décoller de ton siège. Des trous qui te font remettre en question toutes tes décisions de vie.
Le bus brassait tellement que même les gens habitués avaient l’air morts intérieurement. À un moment donné, je regardais par la fenêtre en silence pendant que mon corps faisait des bonds de trampoline à chaque bosse, puis je me suis dit : “C’est fou comment tout ça aurait pu être évité si j’avais juste accepté de perdre ma vape.”
Et oui. J’ai vomi.
Pas un petit vomi discret et digne. Non. Un vrai vomi de route de montagne, humide, honteux, pendant que le bus continuait de shaker comme une laveuse déséquilibrée.
Après réflexion, j’aurais dû prendre le train. Clairement.
Mais bon. On souffre, on apprend.
Puis finalement, après cette expérience spirituelle non désirée, j’arrive enfin à Luang Prabang en soirée.
Et honnêtement, la ville fait oublier rapidement le traumatisme du trajet.

Luang Prabang, c’est complètement différent du reste du Laos que j’avais vu jusque-là. La ville a quelque chose de calme, presque romantique sans essayer de l’être. Ancienne capitale royale du Laos, elle est classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, puis ça paraît partout. Les vieux bâtiments coloniaux français se mélangent aux temples bouddhistes dorés, les rues sont paisibles, les cafés sont beaux sans être prétentieux, puis tout le monde semble parler moins fort ici. Même le temps a l’air de ralentir. La ville est coincée entre les montagnes et le Mékong, puis il y a presque toujours une espèce de brume légère qui flotte dans l’air, surtout le matin. Très tôt, tu vois les moines marcher en silence dans les rues pour recevoir les offrandes, vêtus de leurs robes orange brûlé qui contrastent avec les vieux murs blancs et les plantes tropicales qui débordent des balcons. Même quand il y a du tourisme, la ville garde quelque chose de doux. Ça ne crie jamais.
Les rues sont pleines de petits détails qui donnent l’impression d’être dans un vieux film lent : des scooters stationnés devant des boulangeries françaises, des femmes qui vendent des brochettes sur des mini BBQ improvisés, des chiens endormis au milieu des trottoirs comme s’ils payaient un loyer, des lanternes suspendues un peu partout, des cafés cachés derrière des cours intérieures remplies de bambous et de ventilateurs qui tournent paresseusement au plafond. Puis le mélange culturel est fascinant. Tu sens encore énormément l’influence de la colonisation française dans l’architecture, la nourriture, même dans le rythme des journées. Tu peux manger une soupe laotienne ultra épicée le midi puis finir la soirée avec un croissant et un café glacé qui goûtent honnêtement meilleur que certains cafés au Canada. Le tout à côté d’un temple vieux de plusieurs siècles où l’odeur d’encens flotte constamment dans l’air chaud.
Il y a aussi quelque chose de très spirituel à Luang Prabang, même si t’es pas particulièrement religieux. Les temples sont partout, mais pas dans une manière tape-à-l’œil. Ils s’intègrent naturellement à la ville. Tu peux marcher pendant vingt minutes dans une rue tranquille puis tomber sur un immense temple doré avec des détails incroyablement précis, des dragons sculptés, des cloches qui tintent doucement avec le vent, puis des moines assis en silence pendant que des touristes passent maladroitement avec leurs sacs à dos et leurs coups de soleil.
Même les soirées ont une énergie différente là-bas. Contrairement à des endroits comme Vang Vieng où tout est un peu chaotique, festif, presque agressivement backpacker, Luang Prabang reste calme même la nuit. Les bars ferment relativement tôt, les rues deviennent tranquilles rapidement, puis tu te retrouves souvent à juste marcher sans but dans l’air chaud à regarder les lumières se refléter sur le Mékong.
C’est le genre de ville qui te donne envie de ralentir même si t’avais pas prévu le faire. Tu te surprends à passer deux heures dans un café sans regarder ton téléphone, à marcher sans destination précise, à observer des scènes complètement banales qui deviennent étrangement belles juste parce que l’ambiance de la ville transforme tout un peu.

En arrivant, je rejoins Alicia, Chouchou et son husband, que j’avais rencontrés plus tôt à Vang Vieng. Puis honnêtement, certaines personnes rendent automatiquement un endroit meilleur juste parce qu’elles sont là.
Chouchou, c’était exactement ce genre de personne-là. Belle femme, mais genre naturellement belle. Pas dans une vibe Instagram influenceuse qui pose avec son matcha, mais plutôt dans une énergie super assumée. Elle avait fait son service militaire en Israël — ce qui, déjà, ajoute automatiquement une couche de vécu assez intense à quelqu’un. Là-bas, le service militaire est obligatoire pour la majorité des jeunes adultes, hommes comme femmes. Puis tu sentais que ça lui avait donné une confiance vraiment solide en elle-même. Elle dégageait quelque chose de fort sans jamais être froide. Elle était drôle, cultivée, super vive d’esprit. Une de ces personnes capables de passer d’une discussion sérieuse sur la politique internationale à une joke complètement cave trente secondes plus tard. Puis surtout, elle était vraiment gentille. Pas fake gentille. Pas social backpacker gentille. Vraiment humaine.
Et son husband… my god. Cet homme-là était complètement fou amoureux d’elle, puis c’était quasiment beau à voir. Pas dans une manière possessive ou intense. Juste profondément amoureux. Il la regardait comme si elle avait inventé le soleil. Puis en même temps, il avait une énergie super légère, drôle, easy going. Le genre de gars qui réussit à embarquer naturellement dans une gang de filles sans jamais rendre ça bizarre. Il avait un côté très pourvoyeur aussi. Toujours attentif. Toujours en train de vérifier que tout le monde allait bien, que personne manquait de rien, tout en restant hilarant. Le genre de personne qui crée automatiquement une bonne ambiance juste en étant là.
Cette soirée-là, on finit dans un speakeasy caché quelque part dans Luang Prabang. Puis honnêtement, c’était probablement un des meilleurs bars où j’ai été de tout mon voyage. L’ambiance était parfaite. Lumières tamisées, musique juste assez forte, cocktails dangereux. Puis évidemment, on s’est complètement saoulés. Mais le meilleur moment de la soirée, ce n’était même pas le bar. C’était après. Quand la soirée a tranquillement déboulé dans cette espèce de chaos doux propre aux voyages. À un moment donné, on s’est retrouvés assis dans des marches au milieu de Luang Prabang, en pleine nuit, à juste parler pendant des heures. On fumait, on buvait de la soju directement à la bouteille, puis on disait toutes les affaires profondes et stupides qu’on dit seulement à 2h du matin avec des gens rencontrés depuis quelques jours mais avec qui t’as l’impression d’avoir vécu une petite vie complète.

Puis c’est ça qui est dangereux avec le voyage. Des fois, des inconnus deviennent importants vraiment vite.
Le lendemain, je repartais déjà vers Nong Khiaw, avec Jack. Mon arrêt à Luang Prabang n’avait duré qu’environ 24 heures, juste assez longtemps pour me donner envie d’y revenir immédiatement et d’y rejoindre Jack.
Mais avant de partir, il y a eu les bye bye avec Chouchou et son husband. Pour Alicia, j’aurai la chance de la revoir, lors de mon retour de Nong Khiaw. Cela sera pour un prochain blogue! Puis c’était quand même un peu triste. Ce genre de séparation weird propre au backpacking où tu sais probablement que tu reverras jamais ces gens-là de ta vie, même si pendant quelques jours ils ont fait partie intégrante de ton quotidien. On se promet toujours de se revoir quelque part dans le monde. Peut-être en Thaïlande. Peut-être au Canada. Peut-être jamais.
Puis après, chacun repart dans sa direction avec son sac sur le dos et ses petites parcelles de souvenirs des autres.
Laisser un commentaire