Donc me revoilà sur un bateau, quittant Koh Ta Kiev pour me rendre à Shianoukville. Shianoukville… honnêtement, c’est une ville qui te fait lever un sourcil dès que tu arrives. Pas parce qu’elle est belle. Mais parce qu’elle est étrange. Un peu comme si tu débarquais dans un décor de jeu vidéo encore en cours…

By

Sihanoukville

Donc me revoilà sur un bateau, quittant Koh Ta Kiev pour me rendre à Shianoukville.

Shianoukville… honnêtement, c’est une ville qui te fait lever un sourcil dès que tu arrives. Pas parce qu’elle est belle. Mais parce qu’elle est étrange. Un peu comme si tu débarquais dans un décor de jeu vidéo encore en cours de chargement.

Mais avant de parler de la ville… parlons de mon petit havre de paix : mon auberge, Onederz.

Franchement, 10/10 sans hésiter. Onederz, c’est une chaîne d’auberges très connue au Cambodge, avec plusieurs emplacements (Siem Reap, Phnom Penh, Koh Rong, etc.). L’idée derrière le concept est simple : offrir des auberges modernes, propres et ultra bien pensées pour les backpackers. Et ils ont clairement compris le mandat. Ici, tout est fluide. Literie avec rideau (le luxe ultime en dortoir), air climatisé qui fonctionne vraiment (un détail qui change une vie en Asie), piscine pour survivre à la chaleur écrasante, resto et bar sur place, espaces communs propres et vivants… bref, tout ce que tu veux quand tu voyages avec un budget raisonnable sans sacrifier ton confort. C’est le genre d’endroit où tu peux rester “juste une nuit” et finalement prolonger sans t’en rendre compte.

Ensuite, Shianoukville elle-même… là, on entre dans une autre ambiance.

La ville a connu un boom énorme il y a quelques années, surtout avec d’importants investissements étrangers, notamment chinois. Des hôtels, des casinos et des complexes ont été construits à une vitesse folle, transformant complètement le paysage urbain. Puis, pour plusieurs raisons économiques et politiques, une grande partie de ces projets a été abandonnée ou laissée en suspens.

Une des principales raisons, c’est d’abord le durcissement des réglementations en Chine sur les sorties de capitaux. À partir de 2019, le gouvernement chinois a commencé à limiter fortement les investissements spéculatifs à l’étranger, notamment dans les casinos et l’immobilier jugés trop risqués ou liés au blanchiment d’argent. Beaucoup de projets à Shianoukville dépendaient directement de cet argent rapide, donc quand le robinet s’est partiellement fermé, plusieurs chantiers se sont arrêtés net.

Ensuite, il y a eu un changement politique au Cambodge, avec des tentatives de mieux contrôler le développement de la ville. Les autorités ont commencé à réévaluer les licences de casino et à encadrer davantage les constructions, ce qui a ralenti ou bloqué plusieurs projets en cours. Certaines entreprises n’ont pas réussi à s’adapter à ces nouvelles règles ou ont préféré partir.

Il faut aussi ajouter la pandémie de COVID-19, qui a été un coup majeur. Avec la fermeture des frontières et l’arrêt du tourisme international, beaucoup d’investissements ont perdu leur rentabilité immédiate. Les casinos, hôtels et projets touristiques, souvent construits sur des attentes de croissance rapide, se sont retrouvés sans clients, ce qui a poussé plusieurs promoteurs à abandonner ou geler leurs chantiers.

Au final, tout ça a laissé une ville avec une croissance trop rapide pour être durable, où les ambitions ont dépassé la réalité du terrain. Et aujourd’hui, ce mélange de chantiers inachevés, d’immeubles vides et de zones en transition donne à Shianoukville cette impression très particulière de ville suspendue dans le temps.

Résultat aujourd’hui : des rues entières avec des bâtiments inachevés, des tours vides, des chantiers arrêtés, des enseignes cassées. C’est difficile à décrire autrement que… on dirait vraiment une ville fantôme dans un jeu vidéo post-apocalyptique, où quelque chose s’est arrêté en plein milieu de la construction.

Et pourtant, je me suis arrêtée là.

Parce qu’honnêtement, Shianoukville, ce n’est pas une destination où il y a “beaucoup à faire”. La plupart des voyageurs l’utilisent comme point de transit vers Koh Rong ou les îles. Mais moi, j’étais curieuse. J’aime bien voir les endroits qu’on saute normalement sur les itinéraires.

Alors j’ai décidé de rester 24 heures.

Je me suis baladée dans la ville, sans trop de plan. Et puis il y a cette longue plage qui longe une partie du littoral. Et là, contraste total : le bruit de la ville derrière, mais devant moi… du sable, la mer, et surtout un moment assez irréel où j’étais complètement seule sur la plage. Vraiment seule. Pas une ambiance touristique, pas de musique, rien. Juste moi et l’océan.

Et c’est souvent dans ces moments-là que les endroits prennent un autre sens.

Plus tard, j’ai croisé des pêcheurs locaux. On a échangé quelques regards, quelques sourires, et ils m’ont finalement invitée à les suivre. Ils m’ont montré leur manière de pêcher, leurs techniques simples mais efficaces, leur rythme de vie complètement différent du mien. C’était hyper spontané, hyper humain. Un de ces moments où tu ne fais pas “une activité”, tu vis juste quelque chose.

Et au final, Shianoukville, c’est peut-être ça : une ville un peu chaotique, un peu abandonnée, mais avec des petits fragments de vie authentique qui apparaissent quand tu prends le temps de regarder.

Laisser un commentaire