Quitter Koh Rong pour rejoindre Koh Ta Kiev, c’est un peu comme enlever une couche de confort… puis une autre… puis une autre encore, jusqu’à te retrouver face à quelque chose de beaucoup plus simple — et étrangement, beaucoup plus vrai.
Dans mon cas, j’ai réservé directement avec mon auberge, ce qui enlève énormément de stress. Sur ces îles, tout fonctionne beaucoup à la confiance et au bouche-à-oreille. Tu donnes ton nom, tu attends sur la plage, et à un moment donné, un bateau arrive… et c’est le tien (ou pas, mais quelqu’un finit toujours par t’aider). Le trajet peut varier entre 1h30 et 3h, dépendant de la mer, du nombre d’arrêts, et de la logique très flexible des transports locaux. Niveau prix, c’est généralement entre 15 et 25 USD, et ça inclut souvent un mix bateau + transfert improvisé.
Puis tu arrives.
Et là, Koh Ta Kiev ne fait aucun effort pour t’impressionner — elle n’en a pas besoin.
L’île est restée presque intacte. Pas de routes pavées, pas de gros resorts, pas de boutiques alignées. Juste quelques auberges dispersées le long des plages, reliées par des sentiers de terre et des chemins à peine tracés dans la jungle. C’est une île sauvage, dans le sens le plus pur du terme.
Dès que tu poses le pied à terre, tu remarques le silence. Pas un silence vide — un silence vivant. Le vent dans les arbres, les insectes, les vagues. C’est comme si le monde moderne avait été mis sur pause.


L’électricité, ici, n’est pas acquise. Elle dépend du soleil. La plupart des endroits fonctionnent avec des panneaux solaires, ce qui veut dire que tu as de l’électricité seulement quelques heures par jour — souvent entre midi et la fin d’après-midi. C’est le moment stratégique pour charger ton téléphone, ta lampe frontale, ou juste profiter d’un ventilateur avant que la chaleur reprenne ses droits.
Puis, dès que le soleil se couche… tout s’éteint.
Pas de lumière artificielle, sauf quelques lampes à huile, des guirlandes solaires faibles, ou les lampes de poche des voyageurs. Au début, ça déstabilise. Ton réflexe de prendre ton téléphone disparaît vite quand il n’y a ni batterie ni réseau. Parce que oui — il n’y a pratiquement pas d’internet, et le réseau téléphonique est presque inexistant.
Et c’est là que quelque chose change.
Tu commences à vivre différemment. Tu observes plus. Tu écoutes. Tu prends ton temps.
Les journées, elles, sont rythmées par la nature. Tu te réveilles avec le soleil, souvent tôt, parce que la chaleur dans les cabanes devient difficile à ignorer. Tu marches pieds nus dans le sable encore frais, tu bois un café face à la mer, et tu te demandes vaguement quel jour on est… sans vraiment avoir besoin de la réponse.
Les activités sur l’île sont simples, mais elles prennent une autre dimension ici.
La plage, d’abord. L’eau est d’une clarté presque irréelle, avec des nuances de bleu et de vert qui changent selon la lumière. Tu peux marcher longtemps sans croiser personne. T’allonger, lire, dormir, te baigner… sans interruption. Le snorkeling est incroyable : juste avec un masque, tu peux voir des poissons colorés, parfois des petits bancs qui bougent comme un seul corps. C’est calme, presque méditatif.
Puis il y a la jungle. Dense, humide, un peu imprévisible. Les sentiers ne sont pas toujours bien indiqués, ce qui fait partie de l’aventure. Tu pars marcher, parfois sans trop savoir où tu vas, et tu finis par découvrir une plage cachée, un point de vue, ou simplement un endroit où t’arrêter et respirer.

La randonnée vers Elephant Rock reste un moment marquant. Le chemin te fait passer à travers une végétation épaisse, avec cette sensation constante d’être complètement isolé. Tu entends chaque bruit, chaque craquement. Et quand tu arrives finalement à cette immense formation rocheuse, tu ressens un mélange de fierté et de calme. Comme si l’effort faisait partie de l’expérience.
Il y a aussi la vie locale, discrète mais présente. Certains habitants vivent encore de la pêche. Tu peux parfois les voir partir tôt le matin, revenir avec leurs prises, réparer leurs filets. Rien n’est pressé. Tout est fonctionnel.
Et les soirées…
Sans électricité, sans écrans, sans distractions modernes, les soirées deviennent des moments profondément humains. Tout se passe autour du feu. La lumière est douce, les visages sont éclairés par les flammes, et les conversations s’étirent naturellement. On parle de voyages, de vie, de doutes, de rêves. Des conversations qu’on n’aurait probablement jamais dans un bar bruyant avec du Wi-Fi.
Parfois, quelqu’un sort une guitare. Parfois, il n’y a que le silence et le bruit des vagues.
Et puis, il y a le ciel.
Sans pollution lumineuse, les étoiles sont partout. Pas juste au-dessus de toi — autour de toi. Tu peux rester là longtemps, à regarder, à penser, ou à ne penser à rien du tout.
Koh Ta Kiev, ce n’est pas une destination confortable. Ce n’est pas facile, ce n’est pas pratique, et ce n’est clairement pas pour tout le monde. Mais si tu acceptes de lâcher prise — vraiment — elle te donne quelque chose de rare.
Du temps. Du vrai.
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