Me revoilà sur la route, quittant Shianoukville pour me rendre à Kampot. Le trajet prend environ trois à quatre heures, selon les conditions et le type de transport choisi, généralement un bus ou un minivan réservé en ligne ou directement dans les auberges et agences locales pour environ 8 à 15 dollars. Sur le papier, ça semble simple. Dans la réalité, c’est une autre histoire.
L’état des routes est… disons particulier. On a vraiment l’impression d’être dans un bus transformé en trampoline mal réglé. Ça secoue constamment, ça rebondit, ça vibre. Il faut juste s’accrocher et accepter que les prochains kilomètres seront une expérience en soi.
Et pourtant, c’est dans ce chaos que quelque chose de vraiment beau s’est produit. J’ai rencontré dans ce même bus ma première famille québécoise depuis le début de mon voyage. Julie, son mari et leur fille étaient en route eux aussi. Son mari est cambodgien et retournait dans son pays après 25 ans d’absence. Julie me racontait leur séjour dans le village familial, très isolé, une expérience complètement différente du Cambodge touristique. Elle me montrait des photos, partageait des anecdotes, des moments simples mais très forts.
On a jasé tout le long du trajet sans même voir le temps passer. C’était un de ces moments inattendus qui rendent le voyage plus humain, plus doux. J’ai vraiment apprécié cette rencontre, elle m’a fait du bien. Je suis d’ailleurs encore en contact avec cette belle famille ! Vive les réseaux sociaux hahah
J’arrive ensuite à Kampot et je m’installe au Funky Moon Hostel. L’endroit est complètement différent de tout ce que j’avais connu jusque-là. C’est une auberge simple, presque rudimentaire, perdue un peu en dehors du centre, mais avec une vue incroyable sur les montagnes et un lac calme au loin. C’est le genre d’endroit où tu te réveilles et tu prends quelques secondes juste pour regarder dehors sans rien faire.
Il y a aussi deux chiens adorables qui traînent un peu partout et rendent l’ambiance encore plus chaleureuse.



Ce qui rend ce lieu encore plus intéressant, c’est son fonctionnement. Le staff est en grande partie composé de voyageurs qui font du bénévolat quelques jours en échange de l’hébergement. Ça crée une atmosphère très sociale, un peu improvisée, où tout le monde passe et s’implique à sa façon. Et sans trop savoir pourquoi, je me suis retrouvée à rester plus longtemps que prévu. J’ai même fini par faire du bénévolat moi aussi pendant trois jours.
C’était étrange et en même temps très enrichissant de “travailler” dans un autre pays, même de façon légère : accueillir les voyageurs, leur expliquer la ville, partager nos expériences. Ça donne une autre perspective du voyage, plus ancrée dans le quotidien.
Le seul petit hic, c’est l’emplacement, un peu loin du centre-ville. Mais honnêtement, avec la tranquillité du lieu et la vue, ça valait largement le détour.
Pour me déplacer, j’ai fini par louer un scooter directement avec l’auberge. C’est clairement le meilleur moyen de découvrir Kampot et ses alentours à son rythme, sans contrainte.
Un jour, je suis partie explorer sans trop de plan précis et je me suis retrouvée assez loin de la ville, jusqu’aux Natural Salt Fields. C’est un endroit où le sel est produit de manière traditionnelle : de grandes étendues plates remplies d’eau de mer, laissées à évaporer sous le soleil, pour récolter ensuite les cristaux de sel à la main. C’est simple, silencieux, et assez fascinant à observer.

En continuant ma route, j’ai traversé la campagne cambodgienne, loin des routes principales. Rouler sans but précis dans ces paysages ouverts, avec les rizières, les petits villages et les enfants qui saluent au passage, c’était probablement un des moments les plus libres du voyage.
Je me suis ensuite rendue vers Coconut Beach, un petit coin plus reculé. Pour y accéder, il faut laisser le scooter et marcher une portion du chemin à pied. Ça ajoute un côté un peu aventure, comme si la plage se méritait un peu.
Le lendemain, j’ai visité le Preah Monivong Bokor National Park. Pour s’y rendre, il faut emprunter une route de montagne longue et sinueuse qui monte progressivement depuis Kampot, souvent en scooter ou en excursion organisée. L’entrée du parc est payante, mais reste relativement abordable, et elle donne accès à une zone immense perchée sur un plateau à plus de 1000 mètres d’altitude.
Ce parc est particulier parce qu’il mélange deux mondes qui ne vont pas toujours ensemble : une nature dense, presque brute, et des traces très visibles du passé. En montant, le paysage change complètement. On passe de la chaleur de la plaine à un climat plus frais, parfois enveloppé de nuages et de brouillard. La forêt devient plus sombre, plus humide, presque mystérieuse, avec une végétation luxuriante qui recouvre les pentes.
Le parc est aussi connu pour ses vestiges historiques. On y trouve notamment d’anciens bâtiments coloniaux français abandonnés, construits au début du XXe siècle lorsque Bokor était envisagé comme une station climatique pour l’élite coloniale. Le plus marquant est sans doute l’ancien casino, un grand bâtiment vide et silencieux qui domine le paysage. Même s’il a été partiellement restauré ou réutilisé par endroits, il conserve cette impression étrange de lieu figé dans le temps.
Juste à côté, il y a aussi une ancienne église catholique en pierre, souvent enveloppée de brouillard. L’atmosphère y est très particulière : le contraste entre la spiritualité du lieu, son abandon et la nature qui reprend peu à peu ses droits donne une sensation presque irréelle, comme si le temps s’était arrêté.
Au-delà des bâtiments, le parc est surtout impressionnant pour ses panoramas. Par endroits, on a des vues ouvertes sur la jungle, la mer au loin et les nuages qui passent sous tes pieds. C’est un endroit où tu peux littéralement traverser plusieurs climats en une seule montée.
Par contre, la route pour y accéder fait aussi partie de l’expérience. Elle est longue, en pente constante, avec des virages serrés et des sections où le vent devient très fort. À plusieurs reprises, j’avais l’impression que le scooter voulait décider de sa propre trajectoire. Il faut vraiment rester concentré, surtout dans les portions exposées. Mais en même temps, chaque virage offre une nouvelle perspective sur la montagne.
Et une fois arrivé en haut, tout ce stress disparaît. Il reste seulement le silence, le vent, le brouillard, et cette sensation d’être dans un endroit un peu hors du monde. Bokor, ce n’est pas juste une visite de parc national, c’est une montée progressive vers quelque chose de plus calme, presque suspendu, où nature et histoire cohabitent dans une ambiance très particulière.



Et puis, impossible de parler de Kampot sans mentionner le poivre.
Le poivre de Kampot est reconnu mondialement pour sa qualité exceptionnelle et son profil aromatique unique. Il bénéficie même d’une indication géographique protégée, un peu comme certains vins ou fromages, ce qui garantit qu’il est cultivé dans une région précise, selon des méthodes traditionnelles. Ce n’est donc pas “juste du poivre” : c’est un produit agricole presque culturel, profondément lié à l’identité de la région.
Autour de Kampot, plusieurs fermes familiales et plantations accueillent les visiteurs, la plus connue étant souvent La Plantation Kampot Pepper Farm. On peut aussi visiter d’autres fermes locales plus petites, mais toutes partagent cette même approche artisanale et respectueuse des méthodes traditionnelles.
Sur place, on t’explique tout le processus de manière très concrète, du champ jusqu’à ton assiette. Les plants de poivre poussent sur des tuteurs en bois, dans des rangées soigneusement entretenues, et demandent plusieurs années avant de produire des grains de qualité. La récolte se fait encore à la main, grain par grain, à différents stades de maturité selon le type de poivre recherché.



C’est là que ça devient intéressant : chaque couleur correspond à un moment précis de récolte et de traitement. Le poivre noir est récolté avant maturité complète puis séché au soleil, ce qui lui donne son goût puissant et légèrement boisé. Le poivre rouge, lui, est laissé plus longtemps sur la vigne, ce qui lui donne une douceur presque fruitée. Le poivre blanc est obtenu en retirant la peau extérieure du grain, révélant un goût plus subtil et raffiné.
Ce qui rend la visite encore plus marquante, c’est la dégustation. On te fait goûter différents types de poivre directement sur des fruits, du sel ou même du chocolat, pour montrer à quel point il peut transformer un goût simple en quelque chose de complexe. On réalise rapidement que le poivre n’est pas seulement un condiment ici, mais un véritable produit signature.
Et au-delà de l’aspect culinaire, il y a aussi quelque chose de très humain dans ces plantations. Beaucoup sont des projets familiaux ou communautaires, souvent relancés après des années difficiles dans l’histoire du Cambodge. Ça donne une autre dimension à la visite : ce n’est pas juste une activité touristique, c’est aussi une histoire de reconstruction, de savoir-faire et de transmission.
Kampot, au final, c’est un mélange assez unique : des rencontres inattendues, une vie lente mais pleine de petits moments forts, des paysages simples mais apaisants, et cette sensation étrange d’être exactement au bon endroit sans trop savoir pourquoi.
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