Je ne pensais pas que le Costa Rica allait m’apprendre autant… surtout allongée sur un lit, entourée de coquerelles, à contempler mes choix de vie. Mais commençons par le début.
Quitter San José pour se rendre à Quepos, c’est une aventure en soi — et honnêtement, une de mes parties préférées du voyage. Le moyen le plus simple et le moins cher, c’est le bus avec la compagnie Transportes Quepos Puntarenas. Les départs se font généralement depuis la gare de bus Tracopa ou Terminal 7-10. Le billet coûte environ 8 à 12 USD (genre 5 000–7 000 colones), ce qui est ridiculement pas cher pour un trajet d’environ 3h30 à 4h.

Tu peux acheter ton billet directement sur place (ce que j’ai fait, en bonne improvisatrice professionnelle), ou en ligne si tu veux être organisée — ce qui n’est visiblement pas mon cas. Petit conseil : arrive tôt, surtout en haute saison, parce que ça se remplit vite.
À la station, avant de partir, j’ai mangé des petites merveilles locales : des empanadas — ces petits pains (ou chaussons) frits ou cuits, farcis au fromage, aux haricots ou à la viande. Simple, gras, parfait. J’aurais pu en manger 12.
Et là commence mon moment préféré : le bus. J’ai une relation très intime avec les trajets en transport. C’est là que je deviens philosophe, chanteuse, personnage principal de mon propre film. Je regarde les paysages défiler — la jungle, les montagnes, les petits villages — et je chante. Beaucoup. Très souvent. Apparemment assez bien, parce qu’un peu partout dans le monde, des inconnus m’ont déjà dit que je chantais bien. Donc si jamais je disparais un jour, c’est sûrement que j’ai lancé une carrière musicale internationale entre deux bus. On ne sait jamais.

Puis j’arrive à Quepos.
Petite ville côtière, pas nécessairement la plus jolie du Costa Rica à première vue, mais profondément vivante. Historiquement, Quepos s’est développée autour de l’industrie de la banane avec la United Fruit Company (oui, celle-là même), avant de devenir une porte d’entrée vers le célèbre Parc national Manuel Antonio. Aujourd’hui, c’est un mélange fascinant de local et de touristique : des pêcheurs, des petits restos familiaux, mais aussi des boutiques de souvenirs et des voyageurs en quête de nature.
Moi, j’ai vécu ça de l’intérieur — littéralement. J’avais loué un Airbnb chez une locale. Et ça, c’était vraiment une belle expérience. On échangeait, on parlait de nos vies, de nos cultures. C’est dans ces moments-là que tu comprends vraiment un pays.
MAIS.
Je n’ai jamais vu autant de coquerelles de toute ma vie.
Genre jamais.
Chaque nuit, c’était une scène digne d’un film d’horreur. J’ouvrais ma lampe de poche pour aller aux toilettes… et BOOM. Des dizaines. Des centaines. Partout. En mouvement. En société. En famille. En congrès.

Et moi, paralysée.
Mais pour eux, c’est normal. Comme nous avec les araignées. Les maisons sont souvent ouvertes sur l’extérieur : fenêtres avec barreaux, petits espaces, ventilation naturelle… donc oui, la nature entre. Littéralement.
Première journée : je profite. Je marche dans Quepos, je découvre la plage locale, je me promène sans but. Le soir, je décide d’aller au restaurant… et là, erreur fatale. Un resto clairement touristique, zéro authenticité. Et là je me suis dit : regret à vie. Comme quoi, parfois, faut suivre son instinct (et éviter les menus en anglais flashy avec photos).
Le lendemain… catastrophe.
Je tombe malade.
Mais genre pas une petite grippe cute là. Non. Un virus solide. Je vais vous épargner les détails, mais disons que… ça sortait de partout. Mon corps a décidé de faire un grand ménage intérieur sans mon consentement.
Pendant plusieurs jours, ma vie se résumait à vomir, aller aux toilettes et dormir. J’étais vidée. Physiquement, mentalement. Je regardais le temps passer en réalisant que mon voyage touchait à sa fin… et que je n’avais rien fait de ce que j’avais prévu.
Finalement, j’ai dû aller à l’hôpital, car après une semaine, mon état avait empiré.

Et là, petit moment éducatif : les assurances, c’est NON NÉGOCIABLE en voyage. Sérieusement. Sans ça, la facture aurait été monstrueuse. Avec une assurance voyage, tu paies souvent sur place, puis tu te fais rembourser (ou parfois ils paient directement selon ton contrat). Moi, j’ai avancé, gardé toutes mes factures, et j’ai pu me faire rembourser après.
Le médecin parlait uniquement espagnol. Mon cerveau, déjà en train de mourir, devait en plus traduire. Expérience immersive, disons.
J’ai été hospitalisée 24h, sous intraveineuse. Aucune idée de ce qu’ils m’ont injecté, mais à ce stade-là, j’étais prête à accepter n’importe quoi. Après ça, pharmacie, médicaments, retour à la maison… et encore plusieurs jours complètement KO.
Au total, j’ai perdu une semaine et demie.
Sur deux semaines.
Oui.
Mais c’est aussi là que le voyage m’a frappée en pleine face avec une leçon essentielle : tu ne contrôles rien. Tu peux planifier chaque journée, réserver chaque transport, optimiser chaque heure… et la vie va quand même décider pour toi. Et parfois, t’as juste pas le choix de ralentir. D’accepter. De lâcher prise.
Il me restait deux jours avant de reprendre mon bus vers le Panama.
Deux jours.
Et j’ai décidé de faire UNE chose.
Le Parc national Manuel Antonio.
Et wow.
Sincèrement, WOW.
C’est un des plus beaux endroits que j’ai vus de ma vie. Une jungle dense qui rencontre des plages dignes d’une carte postale. J’y suis allée de l’ouverture à la fermeture. J’ai marché, observé, respiré.
J’ai vu des paresseux, accrochés aux arbres comme s’ils n’avaient jamais eu de deadline dans leur vie. Des singes, des crabes colorés, des iguanes. La biodiversité est complètement folle.

Et les plages… irréelles. Eau turquoise, sable blanc, jungle en arrière-plan. Le genre d’endroit où tu t’assois et tu te dis : ok, ça valait quand même la peine.


Après cette journée complètement magique au Parc national Manuel Antonio, j’avais l’impression d’avoir enfin reconnecté avec mon voyage. Comme si, pendant quelques heures, mon corps avait oublié qu’il avait décidé de me trahir quelques jours plus tôt.
Et puis est arrivée ma dernière journée à Quepos.

Une journée douce. Lente. Presque symbolique.
Je savais que je repartais bientôt, que ce chapitre — un peu chaotique, un peu intense — tirait à sa fin. Alors pour une fois, j’ai fait les choses autrement. Pas de plan chargé, pas de course contre le temps. Juste… moi, mon énergie encore fragile, et l’envie de terminer sur une note légère.
Je suis allée me faire masser.

Honnêtement, après ce que mon corps venait de traverser, c’était pas du luxe. C’était nécessaire. Un petit spa local, rien de fancy, mais tellement parfait. La table, l’odeur des huiles, la musique douce… et surtout, ce moment où tu réalises que tu peux enfin respirer sans avoir l’impression que ton corps va te lâcher. Chaque tension accumulée — physique, mais aussi mentale — semblait se dissoudre tranquillement.
C’était comme dire à mon corps : ok, je t’ai peut-être un peu brusqué, mais là, on va prendre soin de toi.
Ensuite, je suis allée marcher du côté de la marina de Marina Pez Vela. Et wow… changement total d’ambiance. Des yachts immenses, des restaurants propres et modernes, une vibe beaucoup plus “luxe” que le reste de Quepos. C’est drôle, ce contraste entre la simplicité de la ville et cet espace presque irréel.

Je me suis assise un moment, juste à regarder les bateaux. À observer les gens. À réfléchir.
À tout ce voyage.
À ce que j’avais imaginé… et à ce que j’avais réellement vécu.
C’est facile de romantiser le voyage quand tout va bien. Mais quand ça dérape — quand tu tombes malade, que tu perds le contrôle, que rien ne se passe comme prévu — c’est là que tu vois vraiment comment tu réagis. Et moi, ben… j’ai appris à ralentir. À accepter. À lâcher prise.
Pas parfaitement. Mais un peu plus qu’avant.
Cette dernière journée, elle n’avait rien d’extravagant. Pas de grande aventure, pas de moment spectaculaire. Mais elle était exactement ce qu’il me fallait.
Douce. Simple. Réparatrice.
Le lendemain, je reprenais la route vers le Panama. Encore un long bus, encore des heures à regarder le paysage défiler… et probablement à chanter, évidemment.
Mais cette fois, avec une perspective différente.
Un peu plus fatiguée, oui.
Mais aussi, étrangement… un peu plus ancrée.

Bref.
Le Costa Rica ne s’est pas passé comme prévu. Mais peut-être que c’est justement ça, le vrai voyage. Pas celui que tu planifies… mais celui que tu vis, même quand t’es couchée, malade, à négocier avec des coquerelles.
Je vais devoir revenir.
Mais cette fois… peut-être avec un peu moins d’optimisme, et un peu plus d’assurance.
Choses à faire à Quepos :
- Visiter le Parc national Manuel Antonio (évidemment)
- Se promener dans la ville et observer la vie locale
- Aller à la marina pour voir les bateaux et le coucher de soleil
- Faire un tour guidé dans la jungle (de nuit si t’es courageuse)
- Essayer les petits sodas (restaurants locaux)
- Profiter des plages autour de Quepos
- Faire du kayak ou du snorkeling
- Prendre le temps… même si la vie t’y force un peu brutalement
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