Je ne sais pas si c’est une bonne idée de traverser un pays entier en bus après déjà plusieurs mois de voyage… mais clairement, ça fait des bonnes histoires. Tout a commencé à Bangkok, où j’ai décidé — encore une fois — de prendre la route plutôt que l’avion pour rejoindre Phnom Penh. Parce que…

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Phnom Phenh

Je ne sais pas si c’est une bonne idée de traverser un pays entier en bus après déjà plusieurs mois de voyage… mais clairement, ça fait des bonnes histoires.

Tout a commencé à Bangkok, où j’ai décidé — encore une fois — de prendre la route plutôt que l’avion pour rejoindre Phnom Penh. Parce que oui, tant qu’à voyager, aussi bien vivre tout le chaos logistique possible.

Concrètement, il existe plusieurs compagnies pour faire ce trajet, mais la plus fiable reste souvent Giant Ibis (et honnêtement, dans ce coin du monde, “fiable” est un mot à prendre avec une certaine flexibilité émotionnelle). Tu peux réserver en ligne sur des plateformes comme 12Go Asia ou directement en agence à Bangkok. Le billet coûte généralement entre 30 et 40 USD, ce qui reste très raisonnable pour une journée complète de transport.

Le bus part tôt le matin, et là commence une longue, très longue journée. On parle d’environ 10 à 14 heures de trajet, dépendamment du trafic, de l’état de la route, des pauses… et surtout de la frontière. Parce que la vraie aventure, elle est là.

La traversée terrestre entre la Thaïlande et le Cambodge, c’est une expérience en soi. Tu passes généralement par le poste frontalier de Poipet Border Crossing, et laisse-moi te dire que c’est chaotique, bruyant, confus… et fascinant. Si tu prends un bon bus, ils vont t’aider avec les démarches, mais il faut rester alerte.

Pour entrer au Cambodge, tu as deux options : faire ton visa à l’avance en ligne (e-visa) ou le faire directement à la frontière. Moi, évidemment, j’ai choisi la version “on verra bien sur place”.

Le visa à l’arrivée coûte 30 USD (en argent comptant, très important). Et quand je dis argent comptant, je veux dire exactement ça. Pas de carte, pas de “j’ai juste des dollars canadiens”, pas de “je peux payer plus tard”. Tu dois avoir des USD sur toi, idéalement en billets propres, sinon ils peuvent te faire perdre du temps pour rien.

On te demande ton passeport, une photo (parfois ils s’en foutent, parfois non — donc apporte-en une), tu remplis un formulaire, tu attends… longtemps… dans une chaleur humide avec 50 autres voyageurs qui se demandent eux aussi ce qu’ils font là. Il peut aussi y avoir des “frais informels” (on va appeler ça comme ça) de quelques dollars. Rien d’obligatoire officiellement, mais disons que ça accélère les choses. Donc assures toi d’avoir plus que 30 USD sur toi.

Une fois la frontière passée, tu remontes dans le bus, mais ce n’est pas fini : il reste encore plusieurs heures de route avant d’arriver à Phnom Penh. Et là, le paysage change doucement. Tu quittes la Thaïlande pour entrer dans quelque chose de plus brut, de plus rural, de plus… réel.

Après une journée complète dans les transports, fatiguée, collante, un peu dépassée, me voilà enfin arrivée à Phnom Penh. Et vous commencez à me connaître : moi, les capitales, j’adore ça. Donc évidemment, pas question d’aller dormir tout de suite.

J’arrive à mon auberge, The Eighty8 PP Hostel. Première impression ? Wow. Vraiment. Piscine, bar, restaurant, une vibe ultra sociale… et surtout, les lits sont genre des petites “box” avec une porte, donc t’as ton espace à toi. Honnêtement, sur le moment : 10/10.

Bon… quelques jours plus tard, j’ai découvert que l’auberge avait des punaises de lit (vu le nombre de piqûres que j’avais, c’était difficile à ignorer). Mais ça, ce sera pour un autre blogue. Restons dans le positif… pour l’instant.

Le soir même, je rencontre James. Un local cambodgien qui vient souvent chill à l’auberge parce qu’elle appartient à quelqu’un de sa famille. Et là, sans trop réfléchir (comme d’habitude), j’embarque derrière lui sur sa moto.

Je pense sincèrement que j’ai frôlé la mort au moins trois fois en 15 minutes. La conduite au Cambodge ? C’est un concept très abstrait. Les feux, les voies, les priorités… tout ça semble être des suggestions plus que des règles. Et moi, accrochée derrière, en train de me dire “ok, c’est comme ça que ça se termine”.

Première arrêt : un petit resto local. Pas de menu en anglais, pas de touristes, juste des gens qui mangent. James commande pour moi : des nouilles avec des légumes, simples, mais incroyablement bonnes. Le genre de plat qui te rappelle que la bouffe la plus authentique, c’est souvent la moins fancy.

Ensuite, deuxième arrêt : un dessert local. Et là… comment expliquer ça. C’était du Num Banh Chok Dessert with pandan jelly (ou une variante), avec des espèces de petites boules vertes, probablement à base de pandan, dans un liquide sucré glacé avec du lait de coco. Texture étrange, goût… encore plus étrange. Pas mauvais, mais déroutant. Disons que mes papilles étaient confuses.

On a terminé la soirée à se promener en moto dans la ville, à regarder les étoiles — ce qui est surprenant, parce qu’il y a quand même pas mal de pollution lumineuse. Mais il y avait quelque chose de vraiment beau dans ce moment. Simple, inattendu. James me montrait sa ville, ses spots, sa réalité. Et moi, j’étais juste là, à absorber tout ça.

Le lendemain, fidèle à moi-même, j’ai passé la journée à marcher. Sans plan précis, juste à explorer. J’ai commencé par visiter le Royal Palace of Phnom Penh. Un endroit magnifique, oui… mais surtout chargé d’une profondeur culturelle et historique que tu ne peux pas vraiment saisir au premier regard.

Le palais actuel a été construit en 1866, lorsque le roi Norodom I a décidé de déplacer la capitale à Phnom Penh. Ce n’est donc pas juste un “beau bâtiment” : c’est un symbole de renaissance politique et d’ancrage du pouvoir royal dans un moment clé de l’histoire cambodgienne, à une époque où le pays cherchait à affirmer son identité entre les influences siamoises (thaïlandaises) et vietnamiennes, puis plus tard sous le protectorat français.

Architecturalement, le palais est un parfait exemple du style khmer traditionnel, fortement inspiré de l’esthétique religieuse. Les toits pointus superposés, les ornements dorés, les nagas (serpents mythologiques) sculptés… tout ça n’est pas juste décoratif. Dans la culture cambodgienne, ces éléments ont une signification spirituelle profonde, liée à la protection, à la royauté divine et à la connexion entre le monde terrestre et le monde sacré.

Le palais

Parce qu’ici, la monarchie n’est pas qu’une institution politique : elle est intimement liée au bouddhisme theravāda, qui est la religion principale du pays. Le roi est vu comme un protecteur de la foi et de la tradition. Encore aujourd’hui, même si son rôle est surtout symbolique, la figure royale reste extrêmement respectée dans la société cambodgienne.

En marchant dans l’enceinte du palais, tu ressens ce contraste étrange entre calme et grandeur. Il y a quelque chose de presque irréel : le silence, la propreté impeccable, les jardins parfaitement entretenus… alors qu’à quelques rues de là, la ville est bruyante, vivante, parfois chaotique.

Juste à côté, il y a la Silver Pagoda, aussi appelée Wat Preah Keo Morokat. Et là, on entre encore dans une autre dimension.

Son nom vient de son sol, composé de plus de 5 000 dalles en argent massif — même si aujourd’hui, la majorité est recouverte pour les protéger. Mais au-delà de ce détail impressionnant, la pagode est surtout un lieu sacré qui abrite des trésors religieux et nationaux d’une valeur inestimable.

Parmi eux, une statue du Bouddha en or massif incrustée de milliers de diamants, et surtout le fameux Bouddha d’émeraude (qui est en réalité fait de cristal). Ces objets ne sont pas seulement riches matériellement : ils incarnent la spiritualité, la continuité culturelle et la résilience du peuple cambodgien.

Et ça, c’est particulièrement marquant quand tu connais un peu l’histoire récente du pays.

Parce que contrairement à beaucoup d’autres sites religieux au Cambodge, la Silver Pagoda a été relativement épargnée pendant le régime des Khmer Rouge. Entre 1975 et 1979, une immense partie du patrimoine culturel et religieux du pays a été détruite, dans une tentative radicale d’effacer les traditions, les croyances et même les élites intellectuelles.

Le fait que ce lieu ait survécu, presque intact, lui donne aujourd’hui une valeur encore plus symbolique. C’est comme un témoin silencieux de ce que le Cambodge a été… et de ce qu’il a réussi à préserver malgré tout.

Mais ce qui m’a le plus frappée, ce n’est pas juste la beauté ou l’histoire. C’est le contraste.

Parce qu’en sortant du palais, tu retombes directement dans la réalité de Phnom Penh. Les rues animées, la chaleur, le bruit… et aussi la pauvreté visible. Ce décalage entre l’opulence du palais et les conditions de vie de certains habitants est difficile à ignorer.

Et ça te pousse à réfléchir. À la complexité d’un pays qui porte à la fois une richesse culturelle immense et les cicatrices profondes de son histoire récente.

C’est le genre d’endroit qui ne te laisse pas indifférente. Pas juste “beau”, mais profondément marquant.

Parce qu’en marchant, tu vois aussi une autre réalité. Les enfants des rues, très présents au Cambodge. Certains vendent des bracelets, d’autres mendient. C’est confrontant. Ce phénomène est lié à plusieurs facteurs : la pauvreté, les séquelles du passé, le manque d’accès à l’éducation, et parfois des réseaux organisés. Et ça te ramène à une certaine humilité. À quel point ton quotidien est différent.

Le soir, j’ai rencontré Harcène, un gars de l’auberge… assez particulier. Une conversation très sérieuse sur son désir de se faire tatouer un pénis avec un stamp “approved”. Voilà. Je vous laisse digérer ça.

On est quand même allés manger ensemble dans un petit resto local, pas cher du tout, et vraiment bon. Et c’est là que tu réalises aussi quelque chose : au Cambodge, ils utilisent beaucoup le USD. Ce qui, pour nous Canadiens, revient cher. Mais tu peux aussi payer en riel cambodgien, souvent pour les petites dépenses.

Le troisième jour… honnêtement, c’est une journée que je n’oublierai jamais.

J’ai visité le Tuol Sleng Genocide Museum, aussi connu sous le nom de S-21. Une ancienne école secondaire, banale en apparence, transformée en l’un des centres de détention et de torture les plus terrifiants du régime des Khmer Rouge, entre 1975 et 1979, sous le contrôle de Pol Pot.

Mais pour comprendre ce lieu… il faut comprendre ce qu’étaient réellement les Khmers rouges.

Les Khmers rouges, c’était un mouvement communiste radical, obsédé par l’idée de repartir de zéro. Leur vision, appelée “l’Année Zéro”, visait à effacer complètement la société cambodgienne telle qu’elle existait : plus de villes, plus d’éducation, plus de culture moderne, plus d’individualité. Tout le monde devait devenir paysan, travailler la terre, obéir sans poser de questions.

Salle de torture

Dans cette logique extrême, toute personne perçue comme “différente” devenait une menace : intellectuels, enseignants, médecins, personnes parlant une langue étrangère… parfois même simplement porter des lunettes suffisait à être suspecté. Le régime voyait des ennemis partout, nourri par une paranoïa constante.

Et c’est dans ce climat que S-21 a été créé.

Ce n’était pas une prison ordinaire. C’était un lieu conçu pour briser les gens.

Les prisonniers étaient enfermés dans des cellules minuscules, souvent construites à la hâte. Certains étaient isolés, d’autres entassés, attachés les uns aux autres par des barres de fer aux chevilles. Les conditions étaient inhumaines : chaleur étouffante, manque d’hygiène, presque pas de nourriture, interdiction de parler ou même de bouger sans permission.

Les interrogatoires… c’était une mécanique de destruction. Les prisonniers étaient forcés d’avouer des crimes imaginaires, accusés d’être des espions ou des traîtres. Et pour obtenir ces aveux, ils utilisaient différentes formes de violence physique et psychologique. Tout était fait pour pousser les gens à bout, jusqu’à ce qu’ils signent n’importe quoi.

Ce qui rend l’expérience du musée encore plus bouleversante, c’est que tu ne lis pas seulement l’histoire… tu la vois.

Il y a des photos d’archives, prises par les Khmers rouges eux-mêmes. Des visages. Des regards. Des gens juste avant d’être plongés dans l’horreur. Il y a aussi des documents, des témoignages, et parfois des images ou des vidéos qui montrent la réalité des traitements infligés. Et ça… ça te rentre dedans d’une façon que tu ne peux pas vraiment anticiper.

Tu avances dans les salles, une par une, avec un poids qui devient de plus en plus lourd. Ce n’est pas une visite “rapide”. Ce n’est pas un endroit où tu prends des photos et tu passes à autre chose. Btw la prise de photo est interdite dans les salles.

Moi, j’ai passé la journée complète là-bas.

Et honnêtement, je le recommande.

Pas parce que c’est “le fun” — loin de là. Mais parce que c’est important de prendre le temps de comprendre. Il y a un audio guide, disponible en plusieurs langues, qui t’accompagne tout au long de la visite. Il explique chaque pièce, chaque bâtiment, chaque histoire. Et si tu l’écoutes vraiment, si tu prends le temps de t’arrêter, de regarder, de ressentir… ça te prend des heures.

C’est long. C’est lourd. Mais c’est nécessaire.

À la fin, j’étais épuisée émotionnellement. Vraiment. J’ai pleuré.

Pas juste à cause de ce que j’avais vu, mais à cause de ce que ça représente. Le fait que tout ça ait réellement existé. Que ces gens aient vécu ça. Que ce ne soit pas si loin dans le temps.

Quand le régime est tombé en 1979, seulement 12 survivants ont été retrouvés à S-21. Douze. Sur des milliers.

Des cellules

Aujourd’hui encore, certains sont en vie. Et parfois, ils sont là, à la sortie du musée. Tu peux les rencontrer, acheter leur livre, entendre leur histoire. Et là, tout devient encore plus réel. Ce n’est plus une exposition. Ce n’est plus du passé abstrait.

C’est humain.

Et les conséquences de cette période sont encore visibles aujourd’hui au Cambodge. Beaucoup de familles portent encore ce traumatisme, souvent en silence. Il y a des blessures qui ne se voient pas, mais qui se transmettent. Une histoire qui reste difficile à raconter, même entre générations.

Le système éducatif, les structures sociales, l’économie… tout a été profondément affecté. Et malgré tout ça, le pays continue d’avancer.

C’est ce qui rend cette visite encore plus marquante. Parce que tu comprends non seulement ce qui s’est passé… mais aussi la force qu’il faut pour continuer après.

Et en sortant de là, tu ne vois plus le Cambodge de la même façon.

Tu ne voyages plus tout à fait de la même manière non plus.

Le soir, j’ai retrouvé James et Safae, une Française rencontrée à l’auberge. On a passé la soirée à rire, à parler de tout et de rien… et à découvrir que le film Ratatouille ne s’appelle absolument pas Ratatouille au Cambodge. Le nom était tellement différent que ça nous a pris un bon 10 minutes pour comprendre qu’on parlait du même film.

Les sunset ici… 10/10

Et puis le quatrième jour… le Nouvel An cambodgien, avec Safae.

Le nouvel an est l’un des événements les plus importants du pays. Et Phnom Penh s’est transformée en quelque chose de complètement fou.

Des rues remplies de monde. Littéralement. Je n’ai jamais vu autant de personnes au même endroit. À un point où le réseau cellulaire ne fonctionnait plus du tout. Impossible d’envoyer un message, d’appeler… juste vivre le moment.

Il y avait des défilés, de la musique, des danses traditionnelles, une énergie collective incroyable. Et à minuit : des feux d’artifice gigantesques. Tellement proches que ça en devenait presque irréel.

À un moment, une projection du roi a pris feu accidentellement à cause des feux d’artifice. Et là… malaise. Parce que la monarchie est extrêmement respectée au Cambodge. C’est une figure centrale, presque sacrée. Donc forcément, ça a créé une certaine controverse, même si c’était clairement un accident.

Mais au-delà de ça, cette soirée… c’était quelque chose. Une intensité, une joie collective, une immersion totale dans une culture qui n’est pas la tienne, mais qui t’accueille quand même.

Et Phnom Penh, au final, c’est exactement ça.

Une ville de contrastes. De beauté et de douleur. De chaos et de moments suspendus.

Une ville qui te brasse un peu… mais qui te laisse avec beaucoup plus que ce que tu pensais venir chercher.

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