Arriver à Ubud, c’est un peu comme changer de planète sans quitter Bali. Je pars de Uluwatu avec encore du sel dans les cheveux, l’odeur de l’océan collée à la peau, et cette impression que la vie est simple tant qu’on regarde des vagues toute la journée. Puis je monte dans un taxi commandé via…

By

Ubud

Arriver à Ubud, c’est un peu comme changer de planète sans quitter Bali. Je pars de Uluwatu avec encore du sel dans les cheveux, l’odeur de l’océan collée à la peau, et cette impression que la vie est simple tant qu’on regarde des vagues toute la journée. Puis je monte dans un taxi commandé via Grab ou Gojek, un peu au hasard, un peu fatiguée, un peu excitée aussi. Le genre de trajet où tu sais que tu ne vas pas juste changer de ville, mais changer d’état d’esprit.

Le prix tourne autour de 250 000 à 450 000 IDR, donc environ 22 à 40 CAD, et honnêtement ça vaut chaque dollar. Parce que ce n’est pas juste un transport : c’est une transition. On passe des falaises sèches et du vent salé d’Uluwatu aux routes qui se referment lentement dans la jungle. Les scooters deviennent plus nombreux, les temples apparaissent entre les arbres, et la vie ralentit sans prévenir. Le temps lui-même semble prendre une respiration.

Ubud, c’est le cœur spirituel de Bali. Historiquement, c’était un lieu de guérisseurs, d’artistes, de traditions profondément enracinées dans la culture balinaise hindoue. Ici, tout parle de connexion : à la nature, aux ancêtres, aux dieux, et parfois à soi-même, ce qui peut être la partie la plus intimidante. Les offrandes en feuilles de palmier sont posées partout, les temples vivent au rythme des prières, et même les rues semblent respirer différemment. On ne traverse pas Ubud, on s’y laisse absorber.

En arrivant, je pose mon sac dans mon hostel et je ne fais pas grand-chose du reste de la journée. Et pourtant, c’est exactement ce qu’il fallait. Je passe des heures à la piscine, à flotter entre deux pensées, à regarder les nuages s’étirer au-dessus des palmiers. C’est drôle comme parfois, voyager ne demande pas d’action spectaculaire. Juste être là, immobile, et laisser l’endroit faire son travail sur toi.

Un des moments les plus marquants de mon passage à Ubud, c’est clairement la virée en scooter jusqu’aux rizières de Tegallalang.

Je pars seule, sans plan précis, juste avec un scooter, la chaleur douce de Bali et cette envie de rouler jusqu’à disparaître un peu dans le paysage. En quittant Ubud, la route commence à s’ouvrir sur quelque chose de plus vert, plus profond, presque irréel. Et puis, progressivement, j’arrive aux rizières de Tegallalang.

C’est difficile de décrire l’effet que ça fait la première fois. Tu passes d’une route banale à une sorte d’amphithéâtre naturel gigantesque, sculpté en terrasses sur les collines. Le vert est partout, mais jamais le même vert : parfois tendre, parfois presque fluorescent, parfois profond comme une forêt humide. Tout est vivant, mais en même temps parfaitement organisé.

Ce qui rend ces rizières encore plus impressionnantes, c’est leur histoire. À Bali, la culture du riz ne se résume pas à une simple agriculture : c’est une tradition ancestrale, profondément liée à la spiritualité et à la communauté. Depuis des siècles, les Balinais utilisent un système d’irrigation collectif appelé subak, un réseau ingénieux de canaux, de sources et de temples d’eau. Ce système n’est pas seulement technique, il est aussi spirituel : l’eau est partagée selon des principes d’équilibre, de respect et d’harmonie entre les villages, la nature et le divin.

Et quand on regarde les rizières de Tegallalang, on comprend que ce n’est pas juste un paysage “beau”. C’est un travail humain colossal, répété génération après génération. Les agriculteurs passent leurs journées dans l’eau, penchés, les pieds dans la boue, à planter, entretenir, récolter. Tout est manuel, lent, précis. Rien n’est automatisé ici. C’est une vie rythmée par les saisons, la pluie, le soleil, et surtout par une patience que le monde moderne a presque oubliée.

En scooter, je roule lentement entre les routes étroites qui surplombent les rizières. Par moments, je m’arrête. Pas pour “faire une photo parfaite”, mais juste pour regarder. Et c’est là que tout prend son sens. Les paysans au loin, minuscules dans le paysage, avancent doucement dans les champs. Les oiseaux tournent au-dessus des terrasses. L’eau reflète le ciel comme un miroir imparfait.

Il y a quelque chose de très humble dans cet endroit. Rien ne crie. Rien ne presse. Même le vent semble parler doucement.

Et je me rends compte que la vraie expérience ici, ce n’est pas une activité à cocher. C’est simplement de rouler dans ces paysages, de s’arrêter souvent, et de laisser les rizières de Tegallalang faire leur travail : ralentir le temps, remettre les choses à leur place, et rappeler que la beauté peut être silencieuse, mais incroyablement puissante.

Le lendemain, tout change.

Je rencontre Florian.

Un Français, rencontré presque par hasard, comme ces rencontres qui semblent trop simples pour être anodines. Florian, AKA Flo, c’est un personnage qu’on ne peut pas vraiment inventer. Un bohème moderne, sans attaches visibles, sans maison fixe, sans voiture, souvent sans chaussures. Toujours pieds nus, peu importe le sol, peu importe la ville. Au début, ça me déstabilise un peu. Puis ça intrigue. Puis ça désarme.

Flo, c’est quelqu’un qui vit au jour le jour, avec une simplicité presque déconcertante. Il parle de la vie comme d’un courant dans lequel on peut apprendre à surfer plutôt qu’à résister. Il aime les arbres, la nature, la liberté, les rencontres humaines vraies. Il n’a pas l’air pressé de construire quelque chose de rigide, il préfère ressentir, bouger, s’adapter.

Ce qui m’a frappée en premier, ce sont ses pieds nus dans les rues parfois chaotiques d’Ubud. Et je me souviens très clairement de ce moment où je me disais que ce n’était “pas pour moi”. Mais Florian, sans jamais forcer quoi que ce soit, t’amène doucement ailleurs. Dans sa façon de parler, dans son absence de jugement, dans sa manière d’habiter le monde, il crée un espace où tout devient un peu plus léger.

Et sans trop comprendre comment, je me retrouve moi aussi à enlever mes chaussures. À marcher dans Ubud autrement. À sentir la terre différemment. Et à rire de ce que ça change en moi, comme si quelque chose de très simple venait de déverrouiller une sensation de liberté que j’avais oubliée.

Avec Flo, les journées prennent une autre couleur. On se déplace sur sa motocross, cheveux au vent, poussière sur les jambes, direction un endroit qu’il connaît déjà. Il me fait découvrir le Omma Dayclub Bali, un endroit caché dans la jungle. Et là, tout ralentit encore plus.

Perché dans la jungle autour d’Ubud, Omma Dayclub Bali donne l’impression d’avoir été posé là sans vraiment déranger le paysage, comme si la nature avait accepté de faire une exception pour un lieu comme celui-là. On y descend par une route étroite qui s’enfonce progressivement entre les arbres, et déjà, le bruit change. La ville disparaît complètement, remplacée par le son de la rivière en contrebas, les oiseaux, et ce silence humide propre à la jungle balinaise.

Le lieu est construit à flanc de vallée, en plusieurs niveaux qui épousent le relief naturel au lieu de le dominer. Rien n’est plat ici. Tout descend, tout suit la pente, comme si l’architecture avait été forcée d’apprendre la géographie avant de se dessiner. Depuis l’entrée jusqu’aux bassins, tu sens que tu t’enfonces littéralement dans la verdure.

Et puis tu arrives aux piscines infinies.

Elles semblent suspendues au-dessus de la jungle, avec une eau qui se confond presque avec l’horizon des arbres. Le bord disparaît dans le vide, donnant cette sensation étrange que la piscine se prolonge directement dans la vallée. En contrebas, la rivière trace une ligne sombre entre les rochers et la végétation dense, presque comme un autre monde plus sauvage, plus ancien.

Autour des bassins, tout est pensé pour ralentir. Des lits larges, des coussins, et surtout ces fameux hamacs suspendus dans les airs, accrochés entre des structures en bois et la végétation. Tu t’y allonges avec un livre, et tu te retrouves littéralement entre ciel et jungle, bercé par le vide et la chaleur. Le temps devient flou. Tu ne sais plus si tu lis depuis dix minutes ou depuis une heure.

La musique est douce, jamais envahissante. Elle flotte quelque part entre les feuilles et les conversations basses. Par moments, tu lèves les yeux et tu vois la jungle qui s’étend partout autour, comme si le monde extérieur n’avait plus vraiment d’importance ici.

Flo, lui, connaît déjà l’endroit. Il y était venu lors d’un ancien voyage à Bali et avait gardé un lien particulier avec le lieu. Il connaît même la propriétaire, avec qui il prend le temps d’échanger quand on arrive. Ils discutent naturellement, comme deux personnes qui se retrouvent après un moment sans se voir, et on finit tous par rester un peu là, à parler avec elle, à écouter des anecdotes sur l’endroit, son évolution, et la façon dont ce coin de jungle a été transformé sans jamais être trahi. Il y a quelque chose de simple et humain dans cet échange, loin de l’image “beach club” classique. Ça fait partie de l’expérience autant que la piscine elle-même.

C’est un endroit qui ne cherche pas à impressionner par le bruit ou l’excès, mais par l’équilibre entre le luxe et la nature brute. Tout est ouvert, aéré, vivant. On y retrouve une chute incroyable, Tegenungan Waterfall où tu peux te baigner.

Ensuite, on s’est retrouvés à passer dans des mini ruelles au milieu des villages, des chemins tellement étroits que je ne sais même pas comment c’est possible qu’un véhicule passe là-dedans. Sans exagérer, parfois il devait rester à peine quelques centimètres de chaque côté. Juste assez pour nous faufiler.

On roulait lentement, concentrés, les jambes collées collées à la moto cross, le corps presque en mode “Tetris humain” pour réussir à passer sans toucher les murs, les plantes, ou je ne sais quoi d’autre qui dépassait dans le chemin.

C’était à la fois stressant et hilarant.

On avait ce mélange de concentration extrême et de rires nerveux, parce qu’à chaque virage on se disait “ok là ça passe pas”… et pourtant ça passait. Toujours. Comme si Bali avait été conçue pour tester notre capacité à rester vivants et détendus en même temps.

Le soir, sur un coup de tête, on décide de se faire tatouer l’oreille. Une idée simple, presque impulsive, comme si la journée n’était pas encore assez pleine de souvenirs. On se retrouve dans un petit tattoo shop, à discuter avec les artistes, à choisir quelque chose de symbolique, pendant qu’une musique traditionnelle balinaise joue en arrière-plan. Je me souviens encore de cette ambiance : intime, chaleureuse, un peu irréelle. Cette musique s’est retrouvée dans ma playlist depuis, et chaque fois qu’elle joue, elle ramène Ubud avec elle.

Et comme si la journée n’était pas déjà assez absurde, on s’est aussi fait arrêter par la police.

À Bali, il y a pas mal de barrages policiers sur les routes principales et même parfois dans des endroits un peu inattendus. Ils vérifient surtout deux choses : si tu as un permis de conduire international et si tu portes un casque. Deux détails assez importants… qu’on avait un peu “oubliés”.

Nous, évidemment, on n’avait pas de casque.

Quand on voit le barrage au loin, il y a ce petit moment de silence. Flo ralentit, moi je sens déjà mon niveau de stress monter en flèche. Lui reste étonnamment relax, fidèle à lui-même, comme si c’était juste une autre scène de la vie.

On s’arrête.

Flo commence à discuter avec le policier, dans son style habituel : souriant, détendu, essayant presque de créer une connexion humaine, comme si on pouvait transformer un contrôle routier en échange amical. Il tente de négocier, de sourire, de parler, de rendre le moment léger.

Moi pendant ce temps-là… je suis en panique totale. Genre vraiment. Je me dis qu’on est foutus, que ça va coûter cher, que c’est la fin de notre liberté sur deux roues, et que clairement je n’ai aucune compétence en négociation avec la police balinaise.

Le contraste était assez comique : Flo ultra chill qui tente de “devenir ami avec le policier”, et moi complètement crispée sur la moto, prête à accepter n’importe quelle amende, n’importe quelle décision, tant que ça se règle vite.

Au final, évidemment, amende oblige. Pas de grande surprise. On a payé, on a souri, on a continué notre route un peu plus légers… et surtout avec une nouvelle règle de vie : à Bali, le casque n’est pas optionnel, même si ton mood est “liberté bohème”.

Flo est aussi quelqu’un qui désarme les gens. Il met les autres à l’aise sans effort. Il ne juge pas, il observe, il écoute, il existe avec une légèreté rare. Même dans ses galères — comme voyager avec presque rien en poche ou improviser sa vie dans des pays inconnus — il garde cette confiance étrange que tout finira par s’arranger.

Le plus surprenant, c’est peut-être ça : la facilité avec laquelle je me suis sentie moi-même avec lui.

Un soir à Ubud, on tombe sur un petit bar un peu caché, ambiance tamisée, musique douce, genre endroit parfait pour finir la journée tranquillement.

Au début, tout est parfait : on commande un verre, on s’assoit, on parle, on rigole. L’atmosphère est vraiment chill, presque magique après une journée à rouler partout dans Ubud.

Puis, petit à petit… on réalise qu’on n’est pas les seuls clients.

Des grosses coquerelles commencent à se promener un peu trop librement autour de nous. Genre vraiment grosses. Le genre que tu essaies d’ignorer pendant 10 secondes, puis 20, puis ton cerveau décide que non, impossible d’ignorer ça.

Flo, fidèle à lui-même, reste assez relax, genre “ça fait partie de l’expérience tropicale”. Moi par contre, j’essaie de garder une dignité minimale en continuant ma conversation tout en surveillant chaque mouvement suspect dans mon champ de vision.

On alterne entre rire et petits sursauts, entre “ok ça va” et “non en fait ça va pas du tout”.

Plus tard, j’apprends que ses parents sont à Bali, du côté de Seminyak. Flo doit partir quelques jours avec eux pour aller sur les îles, profiter de ce moment en famille, prendre une petite pause dans son propre voyage.

On se retrouvera donc à ajuster nos chemins sans vraiment les couper. On convient simplement de se revoir un peu plus tard, à Seminyak, après cette parenthèse. Une sorte de point de rendez-vous tranquille, sans pression, comme si le voyage continuait de s’écrire tout seul.

Et si je devais résumer tout ça, je dirais que parfois, les voyages ne sont pas faits pour cocher des endroits sur une carte, mais pour rencontrer des personnes qui te montrent une autre façon d’exister.

Voici une liste de choses à faire à Ubud :

  • Se perdre dans les rizières de Tegallalang sans objectif précis
  • Aller à une session de yoga au lever du soleil
  • Visiter les temples et observer les offrandes du matin
  • Se baigner dans des cascades autour de la jungle
  • Travailler / lire dans un café avec vue sur la végétation
  • Explorer les marchés locaux et goûter des fruits inconnus
  • Passer une journée dans un jungle resort avec piscine
  • Se faire masser dans un petit spa local
  • Assister à un spectacle de danse traditionnelle balinaise
  • Juste marcher, sans plan, et laisser Ubud décider du reste

Laisser un commentaire