Après mon passage à Hanoi, j’ai pris la route vers Ninh Binh… et laissez-moi vous dire que j’ai rapidement compris pourquoi on appelle cet endroit la baie d’Halong terrestre. Pour s’y rendre, c’est assez simple (et presque reposant comparé à d’autres trajets au Vietnam). Depuis Hanoi, tu peux prendre un bus, ou même le train.…

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Ninh Binh

Après mon passage à Hanoi, j’ai pris la route vers Ninh Binh… et laissez-moi vous dire que j’ai rapidement compris pourquoi on appelle cet endroit la baie d’Halong terrestre.

Pour s’y rendre, c’est assez simple (et presque reposant comparé à d’autres trajets au Vietnam). Depuis Hanoi, tu peux prendre un bus, ou même le train. Personnellement, j’ai opté pour le bus, 2 heures, avec ce paysage qui change tranquillement : la ville dense laisse place à des rizières, puis à des formations rocheuses qui commencent à apparaître comme sorties de nulle part.

Et là… Ninh Binh.

C’est un autre monde.

Ici, tout ralentit instantanément. Tu passes d’un Vietnam vivant, bruyant, dense, à quelque chose de beaucoup plus ouvert, plus respirable. Des rizières à perte de vue qui changent de couleur selon la lumière, des montagnes calcaires qui surgissent du sol comme des géants silencieux, des petites routes étroites bordées d’eau, et des buffles qui se promènent tranquillement, comme s’ils avaient déjà tout compris à la vie et qu’ils n’avaient plus rien à prouver. Culturellement, c’est aussi différent. Plus rural, plus simple, plus ancré dans la terre. Les gens vivent au rythme des champs, des saisons, du travail manuel. Tu sens un Vietnam plus ancien, plus brut dans le bon sens du terme. Moins de chaos urbain, plus de silence, plus d’espace pour respirer. Et après plusieurs villes, ce contraste fait vraiment quelque chose à l’intérieur.

Et puis il y a un moment qui reste gravé : l’ascension de Hang Múa. Honnêtement, ce n’est pas une petite montée tranquille, peu importe ce que les gens peuvent laisser croire. C’est environ 500 marches, peut-être un peu plus, peut-être un peu moins selon comment tu les comptes et surtout selon ton niveau de fatigue très personnel rendu à la moitié. Des marches en pierre, parfois irrégulières, parfois très abruptes, qui montent directement dans la chaleur, sans trop d’ombre pour négocier avec ton souffle. Au début, tu es motivée. Tu montes, tu regardes autour, tu te dis que ça va aller. Puis assez vite, la réalité s’installe. La montée devient un rythme : marcher, s’arrêter, respirer, recommencer. Le cœur qui s’accélère, les jambes qui commencent à négocier, le mental qui essaie de convaincre le corps que c’est pas si pire. Et puis petit à petit, le paysage change. Plus tu montes, plus tu vois les rizières s’étendre en dessous, les montagnes qui prennent de la place dans l’horizon, les chemins qui deviennent des lignes minuscules. Tu réalises que l’effort fait partie de ce que tu es en train de voir. Sans cette montée, tu ne verrais pas ça.

Et finalement, tu arrives en haut.

Le souffle encore un peu court, les jambes qui brûlent légèrement, mais devant toi, une vue complètement ouverte sur toute la vallée de Ninh Binh. Les rizières découpées comme des patchworks verts, les montagnes karstiques qui sortent du sol, et ce silence étrange qu’on ne trouve pas dans les villes. C’est un moment simple, mais très puissant. Pas spectaculaire dans le sens wow artificiel. Et en redescendant, il y a toujours ce petit mélange étrange : la fatigue dans le corps, mais une sorte de calme dans la tête. Comme si la montée avait remis quelque chose en place sans trop le dire.

Mais.

Chaque.

Marche.

En.

Vaut.

La.

Peine.

Et comme si ça ne suffisait pas, c’est là que j’ai rencontré trois Singapouriens.

Trois amis d’école, inséparables, avec une énergie tellement naturelle ensemble que ça se sentait dès les premières minutes. Ils étaient déjà là-haut quand je suis arrivée à Hang Múa, et la conversation s’est créée sans effort : un commentaire sur la montée, une blague sur la chaleur, un regard partagé sur la vue… et d’un coup, ça ne faisait plus des inconnus qui se croisent, mais un groupe improvisé. Sans vraiment se poser de questions, on a décidé de continuer la journée ensemble. Et c’est devenu une de ces journées longues et simples, mais qui restent en tête.

On a passé beaucoup de temps au sommet, à regarder le paysage de Ninh Binh changer selon la lumière, à prendre des photos chacun à notre tour, à essayer de trouver les meilleurs angles comme si on était des guides touristiques improvisés. Mais entre deux photos, il y avait surtout beaucoup de rires. Des petites blagues, des conversations qui partent dans tous les sens, des silences confortables aussi, juste à regarder autour.

Le soir, on est allés manger dans un petit restaurant local dans Ninh Binh. Rien de sophistiqué : des tables simples, des plats locaux, une ambiance très calme. Mais exactement ce qu’il fallait après une journée comme ça. Et là, petit moment inattendu : ils avaient préparé un jeu pour apprendre à se connaître. Rien de compliqué, juste des questions, des anecdotes, des petits défis légers. C’est là que j’ai découvert un peu plus leur réalité. À Singapour, le système scolaire est extrêmement structuré, compétitif, très exigeant. Et pourtant, eux étaient à l’opposé de l’image rigide que tu pourrais imaginer. Drôles, ouverts, spontanés, curieux de tout. Ils avaient une énergie très légère, presque insouciante, malgré un parcours clairement intense derrière eux. C’était fascinant de voir ce contraste entre ce qu’ils vivent chez eux et la manière dont ils étaient ici, en voyage.

Un des singapouriens

Un autre jour, j’ai décidé de louer un vélo à Ninh Binh. Sans itinéraire précis, sans objectif particulier, juste avec l’envie de me perdre un peu dans les paysages. Et dès que je me suis mise en route, tout a changé de rythme. Le bruit de la ville a disparu presque instantanément. À la place, il y avait des routes étroites, parfois un peu cabossées, qui traversent des rizières d’un vert presque irréel. Le vent était chaud mais doux, et tout devenait plus lent, plus simple. Le seul vrai son, c’était le vélo sur la route, parfois quelques oiseaux, et au loin des buffles immobiles dans les champs, complètement indifférents à tout ce qui se passe autour. Je roulais sans direction précise, juste en suivant les chemins qui semblaient beaux ou intéressants sur le moment. Parfois je m’arrêtais sans raison, juste pour regarder. Je traversais de petits villages où la vie se déroule tranquillement, sans mise en scène. Des enfants qui saluent en souriant, des gens qui travaillent dans les champs avec des gestes répétitifs et calmes, des scènes très simples mais incroyablement vivantes dans leur quotidien.

Un autre jour, je suis partie explorer le Cuc Phuong National Park.

Le trajet pour y arriver est déjà une expérience en soi. On quitte progressivement les zones habitées, et plus on avance, plus tout devient vert, dense, silencieux. La route est calme, entourée de végétation, avec parfois des petits villages isolés, des maisons simples, des gens qui te saluent sans surprise, comme si ta présence en vélo était parfaitement normale dans leur paysage quotidien. Et puis tu entres dans le parc. Là, c’est un autre niveau. La forêt est dense, ancienne, vivante. L’air change légèrement, plus humide, plus frais, plus chargé. On a vraiment l’impression de rentrer dans quelque chose de plus profond, presque intact. Les sons deviennent différents aussi : plus d’oiseaux, plus de vent dans les arbres, moins de présence humaine.

J’ai passé la journée à pédaler autour, à marcher un peu, à m’arrêter souvent. Il n’y avait aucune pression de voir absolument quelque chose. Juste être là, dans cet espace immense, à laisser le temps passer autrement. Et c’est probablement ce qui m’a le plus marqué : cette sensation que la nature ne demande rien, mais qu’elle te ramène quand même à quelque chose de très simple en toi.

Et puis il y a eu les balades en barque. Que ce soit à Trang An Landscape Complex ou à Tam Coc, c’est une expérience complètement différente. Tu t’assois dans une petite barque, souvent guidée par une personne locale, avec ses pieds lol, et tu te laisses glisser sur l’eau entre les montagnes karstiques. Tout devient lent. Le silence prend une place énorme. L’eau est calme, presque miroir par moments. Les montagnes t’entourent de chaque côté comme des murs naturels gigantesques. Et parfois, tu entres dans des grottes : quelques secondes de noir complet, juste le son de l’eau et des pagaies, puis la lumière réapparaît et le paysage s’ouvre à nouveau.

Et c’est ça, finalement, Ninh Binh. Ce n’est pas une destination qui cherche à impressionner par le bruit ou l’intensité. C’est un endroit qui te ralentit naturellement, qui t’enlève un peu le besoin de performance, et qui te ramène à des choses beaucoup plus simples : respirer, regarder, exister sans courir.


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