On a repris la route vers le soleil avec un autre bus de nuit pour retourner à Nha Trang. Après plusieurs heures de route, on est arrivés vers 4 h du matin, un peu détruits, un peu perdus… mais clairement pas prêts à aller dormir. Donc, décision très logique (ou pas) : on est allés directement voir le lever du soleil sur la plage. Encore en mode backpack, sacs sur le dos, cheveux en bataille, mais honnêtement… c’était parfait. Le ciel qui s’éclaircit doucement après une nuit de bus, avec la mer calme devant nous.


Évidemment, on est retournés au Pho Bien Hostel, notre maison à Nha Trang, avec notre Linda nationale. Et là, c’était comme retrouver une routine étrange mais réconfortante. Dès les premiers jours, on a enfin pu profiter du soleil. Pour la première fois depuis notre arrivée au Vietnam, le temps était parfait. Direction plage. Simple. Efficace. On s’est posés, on a rien fait, et ça faisait du bien. Après les tempêtes et les bus de nuit, juste exister au soleil devenait une activité en soi.

Un soir, Linda nous a invités à souper, et rien que ça, c’était déjà spécial. On est arrivées à l’hotel en fin de journée, encore salées de la plage, un peu fatiguées, mais contentes de retrouver cette petite routine qu’on avait créée avec elle à Nha Trang. Sa cuisine était simple, chaleureuse, avec cette odeur réconfortante qui te fait sentir un peu comme à la maison, même à l’autre bout du monde.
Elle nous a préparé du porridge, ce qu’on appelle là-bas du cháo — une bouillie de riz chaude, lente, presque méditative à manger. Le riz avait été cuit longtemps dans un bouillon, jusqu’à devenir ultra crémeux. Il y avait des petits morceaux de viande, des herbes fraîches, un peu d’oignons verts, et chacun pouvait ajuster avec des sauces, du poivre, un peu de piquant. C’est le genre de plat qui ne paie pas de mine, mais qui fait un bien fou. Simple, doux, réconfortant.
On mangeait tranquillement, en jasant, en mélangeant anglais, gestes et rires. Et c’est là que, dans un moment de confiance (ou d’inconscience), j’ai eu une idée brillante : leur faire découvrir un repas québécois. Genre vraiment québécois. Pas un truc adapté. Non. Direct dans le classique : pâté chinois. Dans ma tête, c’était évident. Dans la réalité… beaucoup moins. Donc plan immédiat : mission épicerie le lendemain. Trouver du maïs, de la viande hachée, des pommes de terre… dans un pays où rien n’est exactement comme chez nous. Déjà, juste imaginer expliquer pâté chinois à quelqu’un qui n’a jamais vu ça, c’était une expérience en soi.
Après ce souper tout en douceur, on est allées à notre QG, un bar au bord de la plage. L’ambiance était parfaite : musique pas trop forte, le bruit des vagues juste à côté, les lumières un peu tamisées, cette sensation que la soirée peut aller n’importe où. On était bien, juste à rire, à décompresser, à profiter. Jusqu’à ce qu’un gars décide qu’il faisait maintenant partie de notre groupe. Sans invitation, sans subtilité, malgré un non assez clair. Le genre de moment un peu awkward où tu ne sais pas trop comment réagir sans casser l’ambiance. Et puis, solution simple, efficace, presque élégante : il est parti aux toilettes, on a pris ses affaires, on les a déplacées sur une autre table. Comme ça. Sans drame. Sans confrontation. Juste un message très clair.
Message reçu. Fin de l’histoire. Et honnêtement, ça nous a fait rire presque autant que tout le reste.
Et là, la soirée a tranquillement changé de rythme. On est passées d’un bar posé au bord de la plage à quelque chose de plus… local, plus spontané. On s’est retrouvées devant un petit dépanneur avec quelques tables en plastique dehors, des néons un peu trop blancs, des gens qui passent, d’autres qui s’arrêtent, et cette ambiance très vivante, presque improvisée. C’est là que tout a vraiment commencé.
C’est là qu’on a rencontré Su et Huy.
Su, c’est le genre de personne que tu remarques pas tout de suite, mais qui finit par te marquer plus que les autres. Plus réservé, plus silencieux, mais avec un regard attentif, comme s’il analysait tout. Il parlait moins, mais quand il parlait, c’était toujours juste. On a compris assez vite qu’il n’avait pas eu une vie facile, sans qu’il ait besoin d’entrer dans les détails. Et malgré ça, ou peut-être à cause de ça, il avait quelque chose de très créatif. Il faisait du rap, écrivait, réfléchissait beaucoup. Le genre de personne avec qui tu peux rester assise sans parler pendant quelques minutes sans que ça devienne awkward.
Huy, c’était l’opposé complet. Dès les premières minutes, il était à fond. Expressif, intense, drôle, attachant, mais zéro filtre. Très rapidement, il avait décidé qu’il y avait une histoire entre nous. Pas “peut-être”. Non. Confirmée. Validée. Sérieuse. Au point de me présenter à sa mère en appel vidéo, comme si c’était la suite logique de la soirée. C’était à la fois hilarant, un peu absurde, et étrangement touchant. Malheureusement pour lui, c’était que mon ami lol. Mais derrière tout ça, il y avait une vraie sincérité. Il travaillait dans le restaurant de sa famille, parlait avec passion, vivait ses émotions à 100 %, même si la communication était parfois… créative.
Su et Huy se connaissaient depuis longtemps, depuis l’école, et ça paraissait. Une dynamique naturelle, des blagues internes, une loyauté tranquille. Et sans trop s’en rendre compte, on s’est mises à les revoir. Une soirée est devenue deux, puis trois. Et rapidement, on s’est retrouvées plongées dans leur quotidien. Ils nous ont présenté Vlad, un Français d’origine russe, complètement à part. Un genre de nomade moderne, installé au Vietnam sans vraiment l’être. Il avait une business de vêtements en ligne, bossait de son ordi, bougeait quand ça lui tentait. Aucun plan fixe, aucune attache, juste une façon de vivre au jour le jour. Et pourtant, il était là, avec eux, comme s’il faisait partie du décor depuis toujours. C’était un mélange improbable, mais ça fonctionnait.
Sans qu’on s’en rende compte, une petite “squad” s’est formée à Nha Trang. Un mélange de voyageurs et de locaux, de réalités complètement différentes, mais réunies par le moment présent. On passait nos soirées à parler de la vie au Vietnam, de leurs rêves, de nos parcours, à comparer nos cultures… et à boire clairement un peu trop.
Une nuit, vers 4 h du matin, ils nous ont dit : “on va manger”. Pas une suggestion, une décision. On s’est retrouvées tassées sur une moto, Mélodie et moi derrière Su, sans trop réfléchir. C’était à la fois hilarant, un peu stressant, et complètement normal pour eux d’être 3 sur une mopette lol. Le vent, les rues presque vides, la sensation de faire partie de quelque chose de différent. Arrivées au restaurant, on était les seules touristes. Les regards discrets, un peu curieux. Et là, au milieu de tout ça, j’ai goûté du chien pour la première fois. Le goût en soi n’était pas choquant… mais mentalement, c’était autre chose. Une expérience qui te sort de ta zone, clairement. Une fois m’a suffi. Pour Mélodice… ce fût une toute autre expérience lol.
Une autre soirée, complètement différente, on s’est retrouvés sur la plage. Pas de plan, juste là, assis dans le sable. Et là, sans prévenir, Su et Huy partent en freestyle. Un rap battle improvisé, avec Vlad qui embarque, nous qui comprenons à moitié, mais qui rions à 100 %. C’était absurde, spontané, vivant. Le genre de moment que tu ne peux pas prévoir. C’est aussi pendant une de ces soirées-là que Su et Huy nous ont fait découvrir deux chansons vietnamiennes : She Said de WEAN et Vaicaunoicokhiennguoithaydoi de GREY D. Sur le coup, on comprenait pas vraiment les paroles, mais ça n’avait même pas d’importance. L’ambiance, la vibe, la musique… tout était là. Maudit que ces chansons-là sont bonnes. Encore aujourd’hui, moi et Mélo, on les écoute, et instantanément, on est ramenées à ce moment précis : assises sur la plage à Nha Trang, la nuit, avec ces trois amis rencontrés complètement par hasard, à rire, à jaser, sans savoir que ça allait devenir un souvenir aussi marquant.
Et évidemment, il fallait qu’on apporte notre touche. Une soirée, on leur a appris du québécois. Mauvaise idée. Des mots comme “tabarnak” sont devenus leur nouveau vocabulaire préféré. Des expressions complètement absurdes se sont mises à circuler avec un sérieux impressionnant. Le mélange des accents, des cultures, des références… c’était du pur chaos, mais du bon chaos. Encore aujourd’hui, juste d’y penser, ça nous fait rire. « GROSSE COCHONE TABARNAK ». (Déso, slm Mélodice et moi avons la ref).
Avec le recul, ce n’est pas juste ce qu’on a fait qui rend ces moments-là importants. C’est avec qui on les a vécus. Ces rencontres improbables, ces soirées sans plan, ces échanges imparfaits mais sincères. C’est ça qui donne un fil à tout le reste. Une impression d’avoir, pendant quelques jours, fait partie d’un petit monde à part.





Un autre soir, on a finalement décidé de passer à l’action avec notre fameux projet : cuisiner un pâté chinois pour tout le monde à notre hotel. Déjà, juste trouver les ingrédients avait été une petite aventure en soi. Chercher du maïs, de la viande hachée et des pommes de terre dans une épicerie vietnamienne, essayer de comprendre les produits, improviser avec ce qu’on trouvait… disons que ce n’était pas exactement la recette de grand-maman.
La cuisine de l’hostel était petite, pas super équipée, et on devait un peu s’adapter à ce qu’il y avait. On coupait, on faisait bouillir, on pilait les patates à peu près comme on pouvait, en goûtant au fur et à mesure pour ajuster. Il faisait chaud, on riait, il y avait du monde qui passait, curieux de voir ce qu’on préparait. On expliquait tant bien que mal ce qu’était un pâté chinois — et encore là, expliquer steak, blé d’Inde, patates à quelqu’un qui n’a jamais vu ça, c’est toute une expérience. Quand on l’a finalement sorti, ce n’était pas parfait visuellement, mais pour nous, c’était une petite victoire. Un bout de chez nous, recréé à l’autre bout du monde. Et surtout, un moment de partage. Linda a goûté avec curiosité, puis avec un sourire qui voulait tout dire. Peut-être que c’était nouveau pour elle, peut-être même un peu étrange, mais on sentait qu’elle appréciait l’intention autant que le plat.
Et comme si l’échange culturel ne pouvait pas être plus équilibré, ce même soir, elle nous a fait découvrir le balut. Juste le voir, déjà, ça demande un certain courage. Un œuf de canard fécondé, avec un embryon partiellement développé, bouilli et mangé directement dans la coquille. C’est un classique là-bas, quelque chose de normal, presque banal pour eux. On l’a pris dans nos mains, un peu hésitantes. Il y a une façon de le manger : on casse doucement le dessus, on boit un peu du bouillon chaud à l’intérieur, puis on mange le reste. Et là… c’est vraiment mental. Le goût en soi n’est pas nécessairement mauvais, c’est même assez riche, mais c’est la texture, et surtout ce que tu sais que tu es en train de manger, qui rend l’expérience intense. On s’est regardées avec Mélo, entre rire nerveux et courage forcé. C’était clairement pas notre comfort food. Mais en même temps, c’était exactement ça, le voyage : sortir de sa zone, essayer, comprendre, partager. Et même si ce n’est pas quelque chose qu’on mangerait tous les jours… c’est le genre de moment qui reste.

On a passé énormément de temps à l’hôtel avec Linda à Nha Trang : à rire pour rien, à parler de tout et de rien, à faire des niaiseries jusqu’à tard, à transformer des journées normales en petits moments de vie. C’était simple, mais c’était exactement ce dont on avait besoin à ce moment-là — une espèce de routine douce au milieu du voyage.
Et un soir, dans un élan complètement spontané (et un peu irréfléchi aussi), Mélodie et moi sommes allées nous faire tatouer. Pas un grand plan réfléchi depuis des semaines, non. Juste une idée qui apparaît, et on se dit “pourquoi pas”. Vietibaby à jamais sur notre peau xoxo
Une autre soirée, Linda nous a cuisiné des ramen maison avec de grosses crevettes. Le genre de plat qui te prend complètement par surprise. Le bouillon était riche, chaud, rempli de saveurs, les crevettes fraîches donnaient quelque chose de vraiment réconfortant. C’était simple, mais tellement bon que tu manges lentement juste pour faire durer le moment. Encore une fois, on était dans cette vibe de partage, de cuisine maison, de petites attentions qui marquent plus que n’importe quel resto fancy.
À côté de notre hostel, il y avait un petit dépanneur où on voyait toujours le même employé. Au début, c’était juste un gars qu’on saluait en passant. Puis, petit à petit, en revenant encore et encore, on a commencé à jaser. Rien de forcé, juste des petits échanges, des sourires, des discussions simples. Jusqu’à ce que ça devienne un vrai lien. Son nom : Tra Dinh Lan.
C’était un gars super charmant, gentil, drôle, respectueux, avec une présence très naturelle. Le genre de personne avec qui tu te sens bien sans trop savoir pourquoi. À un moment, on a fini par l’inviter à sortir avec nous, et il a accepté. Il nous a fait découvrir le hot pot vietnamien : un grand bouillon chaud placé au centre de la table, où tu fais cuire toi-même les aliments — légumes, viandes, fruits de mer — en les plongeant au fur et à mesure. C’est à la fois un repas et une expérience sociale. On passe autant de temps à manger qu’à parler, à attendre que ça cuise, à partager ce qu’il y a dans le pot. C’était incroyablement convivial, simple et vivant. On a tellement aimé sa compagnie qu’on est retournés manger avec lui avant de partir, cette fois dans un buffet. Et là, moment un peu absurde mais trop drôle : en mode “je dois lui faire découvrir mes classiques”, j’ai réalisé qu’il n’avait jamais mangé de gaufres ni de crêpes. Donc mission immédiate. On lui a fait goûter les deux, avec un sérieux presque comique. Verdict : la gaufre, gros succès. Il a vraiment aimé. La crêpe aussi, mais la gaufre clairement gagnante.
Et au-delà des découvertes culinaires, ce qui reste surtout, c’est la personne. Un des gens les plus humains, simples et inspirants que j’ai rencontré. Le genre de rencontre qui n’a pas besoin d’être longue pour être marquante.




On a aussi rencontré deux Coréens à l’hôtel qui se joignaient souvent à nos soirées avec Linda. L’un d’eux, que Mélodie a rapidement surnommé “Appa”, était un homme d’affaires qui voyageait constamment pour le travail. Il avait ce contraste assez incroyable : un côté très sérieux dans son rôle professionnel, mais en même temps une présence ultra chaleureuse une fois la soirée commencée. Et oui… il avait clairement une relation un peu trop proche avec la vodka pure chaque soir, mais malgré ça, il restait toujours souriant, généreux, très drôle, et étonnamment présent pour tout le monde. Son ami, plus discret, parlait peu, observait beaucoup, mais faisait partie de cette petite dynamique tranquille qui s’était créée autour de nous. Même avec la barrière de la langue — surtout du coréen, un peu d’anglais cassé, beaucoup de gestes et de rires — on arrivait à se comprendre d’une façon assez magique. Pas besoin de longues conversations pour créer une ambiance. C’était des regards, des réactions, des rires spontanés, des toasts improvisés. Et ça suffisait largement. Mai bon, pour Mélodice c’était facile, car elle connait bien le coréen.
Et puis est venu le moment de partir.
Quitter le Pho Bien Hostel, quitter les routines, quitter les visages devenus familiers… mais surtout quitter Linda. Et là, ça a été un peu plus lourd que prévu.
Linda, ce n’était pas juste quelqu’un qui travaillait là. C’était une présence constante dans notre quotidien. Toujours là, toujours active, toujours en train de nourrir quelqu’un — parfois même trop, au point où on devait littéralement dire non sinon elle continuait. Elle avait cette énergie très vivante, très directe, toujours en train de rire fort, de dire “what the hell”, de commenter la vie autour d’elle comme si tout était un peu absurde et drôle en même temps. Elle avait ce rôle un peu difficile à expliquer : entre employée, amie, grande sœur, figure maternelle improvisée sur la route. Elle créait une atmosphère où tout le monde se sentait rapidement chez soi. Les soirées devenaient des extensions de la journée, les discussions s’étiraient naturellement jusqu’à tard, les repas improvisés arrivaient sans qu’on les demande, et les moments simples prenaient une importance démesurée.
Ce qui rend le départ difficile, ce n’est pas juste de quitter un lieu. C’est de quitter une dynamique, une routine humaine, des petites habitudes partagées sans même s’en rendre compte. C’est de se dire que pendant un moment, on a vraiment vécu quelque chose ensemble, dans un même rythme. Dire au revoir à Linda, c’était chargé. Pas dramatique, mais profondément touchant. Il y avait des rires, évidemment, parce que c’est comme ça qu’elle était, mais aussi ce petit moment suspendu où tu réalises que ça fait partie des gens que tu n’oublieras pas.
Et quelque part, ce n’est pas vraiment un adieu. On se l’est dit naturellement, sans trop forcer les mots. Peut-être à Singapour pour son mariage, peut-être ailleurs dans le monde, peut-être au hasard d’un autre voyage. Mais certains liens n’ont pas besoin d’un endroit précis pour continuer.



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