Pour se rendre de Nha Trang à Hội An, nous avons pris un long trajet en sleepy bus à travers le centre du Vietnam. C’est une option très courante pour les voyageurs, surtout ceux qui font du backpacking. Le trajet est assez long, environ 10 à 12 heures selon la circulation et les arrêts, mais les bus de nuit sont populaires parce qu’ils permettent de dormir un peu et d’économiser une nuit d’hébergement.
Hoi An est une ancienne ville portuaire du centre du Vietnam qui a vraiment prospéré entre le XVe et le XIXe siècle, à une époque où elle était l’un des grands points d’échange commerciaux d’Asie du Sud-Est. Des marchands chinois, japonais, indiens et européens y passaient pour le commerce de la soie, des épices et de la céramique. Comme le port a fini par s’envaser et perdre son activité, la ville a été relativement figée dans le temps, ce qui explique pourquoi elle est aujourd’hui si bien préservée.
C’est ce mélange d’influences qui rend la vieille ville si particulière. On y retrouve des maisons traditionnelles vietnamiennes en bois, souvent peintes en jaune ocre, avec des façades étroites mais très profondes à l’intérieur, conçues pour le commerce au rez-de-chaussée et l’habitation à l’arrière. Il y a aussi des maisons de marchands chinois avec des cours intérieures décorées de céramiques et de symboles familiaux, ainsi que des temples de congrégations chinoises aux toits courbés, très décorés, avec de l’encens, des dragons sculptés et des couleurs vives. L’influence japonaise est surtout visible dans le célèbre pont couvert japonais, construit au XVIe siècle, qui reliait autrefois les communautés japonaise et chinoise de la ville et servait aussi de lieu spirituel.
Architecturalement, tout est pensé avec une harmonie assez unique : les ruelles sont étroites, sans voitures dans la vieille ville, les bâtiments sont bas, et les lanternes colorées suspendues partout donnent une identité visuelle très forte, surtout le soir. C’est cette combinaison entre architecture ancienne, absence de modernité agressive et lumière douce des lanternes qui crée cette impression presque hors du temps.
Culturellement, Hoi An est aussi connue pour son artisanat très vivant. On y trouve encore des tailleurs traditionnels, des ateliers de fabrication de lanternes en soie, et une cuisine locale très riche. Des plats comme le cao lầu (des nouilles typiques de la région, préparées avec une eau spéciale de la ville), ou le white rose (des raviolis délicats à base de riz) font partie de son identité culinaire.
Ce qui marque aussi, c’est la relation de la ville à l’eau. Les inondations saisonnières font partie de son histoire et de son quotidien. Quand il pleut fort, comme on l’a vécue lol, la ville peut littéralement se transformer : les rues deviennent des canaux, et les lanternes se reflètent dans l’eau comme dans un miroir. Ça donne une atmosphère très particulière, presque irréelle, où l’histoire et la vie moderne se mélangent dans quelque chose de très vivant malgré le chaos.




La cuisine vietnamienne nous a aussi énormément marquées, surtout le bánh mì, qui est un incontournable du pays. C’est un sandwich inspiré de la baguette française, mais revisité à la vietnamienne avec des viandes marinées, des légumes croquants, des herbes fraîches et des sauces savoureuses. Le meilleur bánh mì que j’ai mangé au Vietnam était clairement à Hội An, chez Bánh Mì Phượng. Il y a toujours une longue file d’attente, mais honnêtement ça vaut chaque minute. Ils préparent tout devant toi et il y a une énorme variété de choix. On a aussi beaucoup marché dans le Old Quarter de Hội An, avec son architecture ancienne incroyablement bien préservée. Les bâtiments jaunes, les petites ruelles étroites, les cafés et boutiques créent une atmosphère unique et intemporelle. Une journée, on a fait une grosse tournée de street food, et j’ai goûté un bánh xèo, une crêpe vietnamienne croustillante faite de farine de riz et de curcuma, garnie de crevettes, porc et pousses de soja, qu’on roule ensuite dans des feuilles de laitue avec des herbes fraîches. C’était absolument délicieux, croustillant à l’extérieur et plein de saveurs.


Les lanternes sont vraiment partout à Hoi An, mais ce qui est beau, c’est qu’elles ne sont pas juste décoratives. Elles sont profondément ancrées dans la culture locale. Traditionnellement, elles symbolisent la lumière qui guide, la chance, la prospérité, et une forme d’harmonie. Chaque couleur a aussi sa signification : le rouge pour la chance, le jaune pour la richesse, le bleu pour la paix. Et le fait qu’elles soient encore fabriquées à la main dans la ville ajoute quelque chose de vivant à tout ça, comme si chaque lanterne portait un peu de l’histoire et du savoir-faire des gens d’ici.
Le soir, c’est là que la magie opère vraiment. Dès que le soleil se couche, la ville change complètement. Les lanternes s’allument une à une, les rues deviennent plus douces, presque irréelles, et tout prend une teinte chaude et tamisée. Il y a moins de bruit, plus de lenteur, comme si tout le monde acceptait inconsciemment de ralentir.
Un soir, on a décidé de faire une balade en petite chaloupe sur la rivière Thu Bon River. On s’est laissées glisser doucement sur l’eau, entourées de lanternes qui se reflétaient partout autour de nous. C’était calme, un peu hors du temps. À un moment, on nous a donné une petite lanterne flottante à déposer sur l’eau avec un vœu. Oui, c’est touristique, clairement. Mais en même temps, quand t’es là, dans ce silence, avec la lumière qui danse sur l’eau… c’est difficile de ne pas y croire un peu. Moi j’y crois aux vœux, alors j’ai pris le temps, j’ai pensé à quelque chose de vrai, et je l’ai laissée partir doucement avec le courant.
Après ce moment presque trop parfait, retour à quelque chose de beaucoup plus… nous. On est allées s’asseoir dans un bar, le Tiger Bar, ambiance complètement différente. Lumières fortes, musique, énergie un peu chaotique. Et là, fou rire instantané en voyant les serveurs avec leurs chandails “don’t be a pussy, be a tiger”. Ça nous a fait rire beaucoup trop longtemps pour ce que c’était. Et évidemment, comme si c’était pas déjà assez parfait, il y avait une promo du genre buy one get one free. Donc on s’est retrouvées à étirer la soirée, à jaser, à rire pour rien.





Un autre moment marquant a été notre passage dans un tout petit restaurant familial à Hoi An. Le genre d’endroit que tu ne planifies pas vraiment : quelques tables en plastique, une cuisine ouverte où tu vois tout se préparer, des odeurs incroyables qui sortent des casseroles, et cette ambiance simple, vraie, sans prétention. On s’est assises en pensant y rester une heure… on y a passé des heures.
C’est là qu’on a rencontré Champ An, une petite fille d’environ 4 ans, pleine d’énergie, avec un sourire impossible à ignorer. Elle nous a adoptées instantanément, sans aucune gêne, comme si on faisait déjà partie du décor. Elle venait nous voir entre deux allers-retours, nous parlait dans un mélange de vietnamien et de quelques mots d’anglais, et nous, on répondait comme on pouvait, beaucoup avec des gestes, des rires, des regards. Et bizarrement, ça fonctionnait parfaitement. À un moment, elle a décidé qu’on devait jouer. Donc on a joué. À rien de précis, juste courir un peu autour des tables, inventer des mini-jeux, rire pour absolument rien. Ses parents continuaient de travailler derrière, en nous lançant des regards amusés, comme habitués à ce genre de scène avec des voyageurs de passage.
Puis elle nous a emmenées voir “ses chiens”. D’abord, son vrai petit chien, tout excité, qui tournait autour de nous. Et ensuite… son toutou. Qu’elle nous a présenté avec exactement le même sérieux. Donc officiellement, dans son monde, elle avait deux chiens. Et honnêtement, on a totalement embarqué dans l’histoire.
Le temps passait sans qu’on s’en rende compte. On mangeait tranquillement entre deux interactions, on jasait un peu avec la famille, on observait leur quotidien. Il y avait quelque chose de vraiment touchant dans cette simplicité, dans cette proximité qui se crée sans effort. Pas besoin de grandes conversations ou de se comprendre parfaitement — juste être là, partager un moment.


Malheureusement, la météo a vraiment pris toute la place dans notre expérience. On n’avait jamais vu autant de pluie de notre vie — pas une petite pluie fine, non, un déluge constant, lourd, qui ne s’arrête jamais vraiment. Le genre de pluie qui transforme une ville entière en décor un peu irréel. À Hoi An, les rues étaient complètement inondées, parfois jusqu’aux genoux, et ce qui était censé être des petites ruelles charmantes devenait carrément des canaux improvisés.
Au début, on essayait de rester positives. On riait en marchant pieds nus dans l’eau, en relevant nos pantalons. On se disait que ça faisait partie de l’aventure, que ça rendait le voyage unique. Et c’est vrai… pendant un moment. Mais rapidement, la réalité nous a rattrapées. Tout ce qu’on avait envie de faire devenait compliqué, voire impossible. Même sortir manger demandait une certaine motivation quand tu sais que tu vas finir trempée jusqu’aux os en deux minutes. Et il y a aussi ce petit côté moins glamour auquel tu ne penses pas : l’eau pas toujours très propre, les odeurs, l’humidité constante, les vêtements qui ne sèchent jamais vraiment. Après quelques jours, ça use.
On a donc commencé à se regarder avec ce petit air de “ok… on fait quoi là ?”. Et tranquillement, l’idée s’est installée : rester plus longtemps n’allait rien changer. On n’allait pas voir le vrai visage de la ville dans ces conditions. On avait l’impression d’être à côté de l’expérience, comme si Hoi An nous disait “reviens une autre fois”.
Alors on a pris une décision un peu spontanée, mais très logique : partir plus tôt que prévu. Retourner à Nha Trang, où la météo annonçait enfin du soleil. Et honnêtement, ça n’a pas pris beaucoup pour nous convaincre… surtout quand on a réalisé qu’on s’ennuyait de notre Linda nationale.
C’était un mélange de déception et d’excitation. Déçues de quitter un endroit avec autant de potentiel sans l’avoir vraiment vécu comme on voulait, mais excitées de retrouver la chaleur, la plage, et cette sensation de légèreté qu’on avait laissée derrière nous. Parfois, voyager, c’est aussi ça : accepter que tout ne se passe pas comme prévu, et ajuster le plan sans trop s’accrocher à ce qui “aurait dû être”. Et en même temps, c’est aussi normal en voyage de vivre ce genre de situation. On va quelque part avec des attentes, on imagine ce qu’on va découvrir, puis parfois quelque chose nous échappe — la météo, un imprévu, une fermeture, peu importe. Dans notre cas, c’était la météo qui a changé nos plans et limité notre expérience. Mais ça fait aussi partie du voyage : apprendre à composer avec ce qui ne dépend pas de nous, et à trouver quand même du beau dans ce qui reste possible.
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