C’est un peu fou de repenser à tout ça, mais le Vietnam est le premier pays de mon grand voyage autour du monde — une décision prise un peu sur un coup de tête, en laissant tout derrière au Canada. Un matin je me suis juste dit « et si… je partais ? » et…

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Hô Chi Minh-Ville

C’est un peu fou de repenser à tout ça, mais le Vietnam est le premier pays de mon grand voyage autour du monde — une décision prise un peu sur un coup de tête, en laissant tout derrière au Canada. Un matin je me suis juste dit « et si… je partais ? » et quelques semaines plus tard j’étais dans un avion, direction Hô Chi Minh‑Ville. Simple, pas si simple en réalité, mais ça sonnait bien dans ma tête de rêveuse.

C’est même la deuxième fois que je viens au Vietnam, ce que j’adore parce que le Nord avait déjà complètement volé une petite partie de mon cœur. Les montagnes de Sapa, les rizières de Ha Giang, les visages souriants dans les villages — impossible de l’oublier. Mais cette fois‑ci, c’est le Sud que je visite, et rien que l’air ici te dit que tout est différent : plus chaud, plus vert, plus vivant d’une manière frénétique.

Et cette fois‑ci, je ne voyage pas seule. Ce qui est une énorme première pour moi, parce que presque toujours je suis partie seule dans mes aventures. Là, je suis avec ma meilleure amie, Mélodice, et on partage tout pendant un mois au Vietnam — ça, c’est une histoire à part entière. Voyager avec une amie, c’est comme découvrir un pays deux fois plus vite, parce que tout ce que tu vis est doublé d’éclats de rire, de comparaisons de goûts, de décisions de dernière minute, de « tu veux goûter ça ? », de « attends, prends une photo de moi dans cette rue ! ». Et j’avais jamais vécu ça, alors autant te dire que chaque matin elle est un peu mon soleil de voyage.

Après des vols interminables on est finalement arrivées à Hô Chi Minh‑Ville. Dès que tu débarques, c’est une explosion sensorielle : les scooters qui circulent par milliers comme si chacun avait passé un deal secret avec les autres pour ne jamais s’arrêter, les vendeurs ambulants qui crient leurs plats comme s’ils faisaient du stand‑up, les lumières partout, les 7‑Eleven à chaque coin de rue où tu peux acheter des snacks improbables genre jelly de fruit que personne n’a jamais goûté. C’est bruyant, c’est vivant, c’est déroutant — et j’étais complètement là pour ça.

On est tombées dans un hostel tellement haut et étroit que chaque marche ressemblait à une échelle pour escalader l’Everest. Sérieusement, à un moment j’ai cru que j’avais signé pour un bootcamp de jambes, pas pour un voyage relax.

La première vraie journée à explorer la ville a été comme si on avait ouvert un livre inconnu. Je connaissais déjà un peu l’Asie, mais pour Mélodice, c’était sa première fois ici, ce qui rendait tout encore plus drôle — surtout lorsqu’on donnait des explications approximatives du style « attention, ici on traverse comme ça… euh… c’est pas la science exacte mais fais moi confiance », et ensuite on se retrouvait à traverser comme deux aventurières dans un jeu vidéo chaotique de scooters. On s’est arrêtées à chaque 7‑Eleven possible pour goûter des boissons locales (le café glacé au lait concentré ici est une révélation) et on a mangé autant de street food que nos estomacs pouvaient contenir : des pho fumants, des banh mi croustillants, des brochettes épicées, et j’en passe. Chaque bouchée avait sa propre histoire, son propre parfum, son propre “wow”.

Une journée, on est allé au Lamphat Company Handicapped Handcrafts. Là‑bas, des artisans, dont plusieurs vivent avec un handicap, créent des objets magnifiques — des lanternes en bambou, des petites sculptures, des tissus colorés, des curiosités artisanales incroyables. L’endroit lui‑même avait une énergie douce : chaque pièce racontait un morceau de vie, chaque artisan avait une histoire à partager. C’est pas juste acheter un souvenir, c’est rencontrer une personne, toucher une création qui porte une part de son âme.

Et puis il y a eu cette journée dédiée à comprendre l’histoire profonde de la guerre du Vietnam, une journée qui m’a retourné l’esprit, le cœur et surtout la façon dont je regarde ce pays maintenant. Parce que la guerre du Vietnam, ce n’est pas juste une série de dates dans un manuel scolaire ou un film qu’on a vu quelque part — c’est une réalité encore vivante, encore sentie, encore racontée dans les voix des Vietnamiens eux‑mêmes.

Avant d’arriver sur les sites historiques, j’avais une idée générale : oui, j’avais entendu parler de la guerre à l’école, du conflit entre le Nord et le Sud, de l’implication américaine, des images iconiques de la télévision… mais voir, marcher, toucher l’endroit même où tout s’est déroulé, c’est autre chose. Ça te fait réaliser que dans ce pays, les cicatrices de la guerre ne sont pas juste des pages archivées — elles sont dans les rues, dans les musées, dans les regards de certaines personnes âgées, même dans la façon dont la ville s’est reconstruite.

À Hô Chi Minh‑Ville, on a visité des sites qui racontent cette histoire en profondeur : des expositions interactives, des galeries de photos d’époque, des lettres manuscrites de soldats, des objets personnels retrouvés sur les champs de bataille. Chaque salle te plonge un peu plus dans l’atmosphère de l’époque : photos en noir et blanc de villageois fuyant les bombardements, uniformes usés, documents stratégiques, souvenirs personnels accrochés comme dans un sanctuaire. Ce n’est pas froid, ce n’est pas distant — c’est vivant.

Ce que j’ai appris, c’est que la guerre du Vietnam n’était pas juste une guerre entre le Nord et le Sud, mais un conflit très complexe mêlant idéologies politiques, luttes d’indépendance, stratégies internationales, et surtout des vies humaines brisées et transformées. Le Nord était soutenu par l’Union soviétique et la Chine, tandis que le Sud était soutenu par les États‑Unis et leurs alliés. Les combats n’étaient pas seulement des batailles rangées sur un champ de bataille classique — ils étaient souvent dans les villages, dans les rizières, dans les forêts épaisses, dans les tunnels secrets creusés sous terre.

Ces tunnels, appelés tunnels de Cu Chi, sont une des parties les plus fascinantes (et éprouvantes) de l’expérience. Les Vietnamiens, particulièrement les soldats du Viet Cong, ont construit un réseau souterrain incroyablement vaste — des kilomètres et des kilomètres de galeries, cachettes, postes de commandement, zones de stockage et même des zones de vie. Ces tunnels n’étaient pas de simples passages : c’était des maisons souterraines, des centres médicaux, des rue commerçantes miniatures, des plans stratégiques vivants. Ils permettaient aux soldats de se cacher des bombardements, de communiquer sans être repérés, de tendre des embuscades, de se replier, puis de réapparaître ailleurs comme des ombres furtives.

Quand on est entrées dans ces tunnels, j’ai senti une réalité que même les livres ne peuvent pas transmettre : l’air était chaud, étouffant, légèrement humide, presque comme si les murs eux‑mêmes retenaient chaque voix, chaque pas, chaque instant vécu dans ces passages étroits. Tu devais marcher courbé, lentement, en comprenant que des centaines de personnes l’avaient fait avant toi, pendant des jours, parfois des semaines, sans jamais voir le soleil. J’ai pensé à leurs peurs, à leurs stratégies, à leur détermination. C’était physique, c’était émotionnel, c’était réel.

Et puis il y avait la nourriture : oui, on nous a fait goûter ce qu’ils mangeaient là‑dedans. Un repas simple, rustique, fait de manioc et d’épices — rien de sophistiqué, mais nourrissant. Je me souviens encore du goût, surprenamment bon, et je me suis dit que c’était peut‑être une des façons dont les Vietnamiens transformaient la pauvreté de la guerre en force de survie. C’était pas un repas gastronomique, mais c’était un morceau d’histoire dans ma bouche, un pont entre le passé et le présent.

Le manioc

Dans les musées, il y avait des expositions sur les bombardements intensifs, sur l’utilisation de substances comme l’agent orange — un produit chimique dévastateur utilisé pour défolier les forêts, mais qui a aussi causé des dommages humains irréversibles, affectant des milliers de civils et de soldats, avec des conséquences encore visibles aujourd’hui.

Ce qui frappe aussi, c’est de voir comment le Vietnam a choisi de commémorer cette période sans haine apparente, mais avec une volonté de mémoire et d’éducation. Tu ne ressens pas un appel à la vengeance dans ces musées ou sites historiques, mais plutôt un profond désir de compréhension, de paix, de transmission. C’est comme si le pays disait : “Regarde ce que nous avons vécu, comprends ce que cela signifie, souviens‑toi pour que cela ne se reproduise jamais.”

Je ne peux pas décrire le poids de marcher dans ces lieux sans ressentir une combinaison d’humilité, de respect et d’empathie. C’est une expérience qui te prend aux tripes et qui te change subtilement — comme si tu avais collecté quelques petites vérités du passé qui te suivent encore après.

Ce jour‑là, j’ai appris que comprendre l’histoire d’un endroit, c’est comprendre ses gens, ses rues, son présent.

Après cette plongée historique, on a besoin de tranquillité, de quelque chose de plus lent, de plus en mouvement naturel. Alors on est parties pour une balade sur le fleuve Mékong. Si la ville est un tourbillon d’énergie, le Mékong est une respiration profonde. On s’est retrouvées dans une embarcation légère, glissant sur l’eau brune, entourées de villages flottants, de pêcheurs calmes, de palmiers se balançant doucement. C’était presque hypnotique, comme si le temps ralentissait juste pour nous laisser regarder chaque vaguelette, chaque oiseau voler au‑dessus.

Et bien sûr, il y a eu l’expérience de l’alcool de serpent — parce que si tu viens au Vietnam et que tu refuses l’inattendu, t’as raté la moitié de la vie. Oui, c’est exactement comme ça que ça sonne : un serpent entier dans une bouteille d’alcool. Certains disent que ça donne de la force, d’autres que ça donne juste une bonne histoire à raconter.

Qui veut un shot?

Je dois te parler aussi du café vietnamien, parce que c’est tout un monde. Les cafés eux‑mêmes sont partout, du petit coin de rue où un vieux monsieur prépare ton café glacé pendant qu’un chat se prélasse en haut du toit, jusqu’aux cafés modernes remplis de jeunes vietnamiens au look stylé avec leurs laptops. Le café ici est fort, sucré, glacé, parfumé au lait concentré.

Le egg coffee, ou café aux œufs, c’est un truc totalement fou mais délicieux que tu ne trouves quasiment qu’au Vietnam. Imagine un café vietnamien fort et chaud, surmonté d’une mousse épaisse faite d’œuf battu avec du sucre et parfois un peu de lait concentré. Oui, tu as bien lu : œuf. Mais attention, pas de goût d’œuf bizarre ou d’omelette liquide. Au contraire, la mousse est douce, sucrée, presque crémeuse comme une petite crème dessert, et contraste parfaitement avec l’amertume du café.

La première fois que tu goûtes, tu te dis : “Sérieusement ? Du café avec de l’œuf ?”… et la deuxième gorgée te fait dire : “Ok, je comprends pourquoi tout le monde en parle.”

C’est un peu comme boire un dessert dans une tasse, et croyez-moi, après une journée à arpenter les rues chaotiques et parfumées de Hô Chi Minh, un egg coffee te fait un bien fou. C’est l’incontournable café vietnamien à tester absolument, même pour ceux qui ont peur des expériences culinaires un peu folles !

Un de mes coups de cœur à Hô Chi Minh, c’est les Café Apartments au 42 Nguyen Hue, dans le District 1. Si tu passes devant, ça ressemble juste à un immeuble d’appartements banal, mais dès que tu rentres, tu réalises que chaque étage est un petit monde à explorer. Chaque appartement a été transformé en café, boutique ou studio créatif, et certains étages ont jusqu’à six ou sept cafés différents, tous avec leurs propres ambiances et spécialités.

Café Apartments

Tu montes les escaliers ou l’ascenseur étroit et tu tombes sur des lieux incroyables : murs remplis de photos, de notes de voyageurs, de souvenirs, de décorations vintage ou modernes, et bien sûr une odeur de café torréfié omniprésente. Tu peux t’asseoir sur un petit balcon, observer la rue animée en contrebas, ou te perdre dans un coin cosy à l’intérieur avec ton egg coffee ou café glacé.

Ce qui est génial avec ces cafés, c’est que chacun a sa propre identité : un étage peut être minimaliste avec une déco japonaise et des plantes suspendues, un autre totalement vintage avec des meubles rétro, et tous proposent des boissons typiquement vietnamiennes, parfaites pour goûter des spécialités locales comme le fameux egg coffee.

Les Café Apartments ne sont pas juste un endroit pour boire un café, c’est une expérience à la fois architecturale, sensorielle et culturelle. Tu te promènes, tu explores chaque étage, tu prends des photos, tu goûtes à tout, et tu as l’impression de découvrir des micro‑univers cachés dans un seul immeuble. C’est exactement ce genre d’endroit qui te fait tomber amoureux de Hô Chi Minh, même après une seule visite.

Et au final, ce qui rend Hô Chi Minh‑Ville inoubliable, ce n’est pas juste la nourriture, ce n’est pas juste l’histoire, ce n’est pas juste les scooters qui roulent avec une chorégraphie que seule cette ville comprend, ce n’est même pas juste les rires avec Mélodice dans chaque ruelle. C’est que chaque jour ici est une aventure complète, un micro‑univers à découvrir : c’est l’odeur d’épices au marché, c’est les vendeurs qui te sourient même quand tu prononces mal leur langue, c’est les nuits chaudes où la ville scintille comme un jeu vidéo en ultra‑HD, c’est le moment où tu comprends que chaque seconde est une chance de vivre quelque chose de nouveau.

Et tu sais quoi ? Je suis juste au début.

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