Trek au Mardi Himal : j’ai souffert, j’ai ri… et j’ai compris deux-trois affaires.
Avant de partir : le Mardi Himal culmine à 5 587 m et fait partie de la région de l’Annapurna au Népal. Moins fréquenté que l’Annapurna Base Camp, ce trek offre une immersion totale dans des forêts de rhododendrons, villages isolés, ponts suspendus et sommets enneigés du Machapuchare et de l’Annapurna. Le trek peut se faire avec ou sans guide, mais avoir un guide est pratique pour repérer les sentiers peu fréquentés et comprendre la vie locale. Une carte topographique ou GPS est recommandé si tu pars en solo, car certains sentiers sont mal balisés. Le trek se fait généralement en 4 à 6 jours, selon ton rythme. Les villages et camps de base offrent des cabanes simples avec lits rudimentaires et repas de base, mais il faut prévoir des vêtements chauds et imperméables : le temps peut changer radicalement en quelques minutes, surtout après 3 500 m d’altitude.
Le trek du Mardi Himal, c’est clairement une des plus belles expériences que j’ai faites… mais ça se prépare un minimum si tu veux en profiter à fond (et pas souffrir inutilement 😅).
Déjà, côté budget, c’est vraiment flexible. Si tu pars sans guide, ça peut te coûter environ 25 à 40$ CAD par jour, tout dépend de comment tu gères tes dépenses. Les lodges (petits hébergements en montagne) sont souvent très abordables — parfois même gratuits ou presque — à condition que tu manges sur place. C’est là que les propriétaires font leur argent. Donc oui, négocier fait partie du game. Tu peux facilement t’entendre avec eux : tu prends tes repas chez eux, et ils te laissent la chambre à petit prix ou gratuite.
Par contre, les repas coûtent plus cher en montant (logique, tout est transporté à dos d’homme ou d’âne). Plus tu montes, plus ton dal bhat ou ton fried rice va coûter cher. Petit tips; dans la majorité des lodges, lorsque tu commandes un dal bhat, le refill est gratuit.
Si tu décides de partir avec un guide, ça monte à environ 30 à 40$ CAD par jour juste pour le guide, sans compter tes dépenses personnelles (logement + nourriture). Donc au total, tu peux t’en sortir autour de 60 à 90$ CAD par jour. Le guide apporte une vraie sécurité, surtout pour l’orientation et le rythme, mais honnêtement, le Mardi Himal est faisable sans guide si tu es un minimum préparé et que tu suis les sentiers.
Côté équipement, pas besoin d’avoir du matériel ultra professionnel, mais certains essentiels font toute la différence :
- bonnes chaussures de randonnée
- vêtements chauds (il fait vraiment froid en altitude, surtout le matin)
- coupe-vent / imperméable
- lampe frontale (les départs à 3-4h du matin… c’est réel)
- bouteille d’eau + pastilles filtrantes
- sac de couchage (souvent recommandé même en lodge)
Et surtout : amène des collations. Sérieusement.
Quand tu montes pendant des heures, ton corps brûle tout. Et les portions dans les lodges, c’est bon, mais parfois pas suffisant quand t’as vraiment faim. Une bonne barre tendre, des noix, du chocolat — ça peut littéralement te sauver un mood (et un mental).
Aussi, petit détail que j’ai trouvé marquant : tout ce que tu manges là-haut… quelqu’un l’a monté. Souvent des ânes, parfois des porteurs. Ça te fait réaliser à quel point la vie en montagne est intense et différente.
Jour 1 et 2 : la réalité du trek
Je pars beaucoup trop confiante. Dans ma tête, c’est un trek de quelques jours, un défi le fun, quelque chose de “rough mais manageable”. Après 30 minutes, je suis déjà essoufflée solide. Pas le petit essoufflement cute, le vrai, celui où tu te demandes pourquoi t’as choisi volontairement de faire ça. Et ça commence direct avec des escaliers. Pas quelques marches… des escaliers sans fin, irréguliers, glissants, qui montent sans jamais vraiment te donner de break. Le sol est humide, l’air est lourd dans la forêt, je transpire, puis dès que le vent embarque j’ai froid. Impossible de trouver un équilibre, t’es soit trop chaude soit trop gelée.
Assez vite, je réalise que ça ne va pas “devenir plus facile”. C’est ça le trek. Monter, respirer fort, continuer. À un moment, je commence à croiser des ânes. Chargés à bloc. Nourriture, matériaux, bonbonnes de gaz, tout ce que les lodges ont besoin pour exister là-haut. Rien ne monte tout seul ici. Les ânes avancent lentement, glissent parfois, mais continuent pareil. Pis moi je suis là à trouver mon sac lourd. Ça remet vite les choses en place. Tu comprends que ton inconfort est vraiment relatif.

En fin de journée, j’arrive au lodge brûlée. Les places sont simples : bois, lits de base, couvertures pas toujours très chaudes. Mais honnêtement, juste s’asseoir enlève 50% de la souffrance. Le soir, tout le monde se retrouve autour du poêle. C’est là que ça devient le fun. Tu jases avec du monde que tu connais pas, tu compares ta journée, tu ris de tes misères. J’ai rencontré un couple de Français, la fille venait du Chili mais parlait français, super gentille. On a parlé longtemps, on a bu du thé (apparemment bon pour l’altitude, mais surtout bon pour se réchauffer), pis juste ce moment-là, ça fait du bien. T’es brûlée, mais t’es bien.

Pendant le trek, y’avait aussi Mika et Guillaume. Deux Français que je connaissais pas au départ. Pendant les jours, on s’est suivis sans être ensemble. Toujours un peu dans le même timing. Des fois je les dépassais, des fois c’était eux, mais on finissait toujours par se recroiser plus loin. Au début on se parlait pas, mais à force de se voir, ça a fini par arriver naturellement. Mika, c’est vraiment le gars bohème, relax, un peu dans son monde, vibe musicale, zéro stress, le genre de personne qui pourrait rester assis à regarder les montagnes pendant des heures. Et clairement le genre à se griller une clope à 5 000 mètres comme si c’était normal. Je vais d’ailleurs le recroiser à Pokhara quelques jours plus tard. Guillaume, c’est complètement l’inverse. Il avait l’air au bout de sa vie en permanence. Fatigué, vidé, comme s’il allait abandonner à chaque pause. Mais il n’a jamais lâché. Jamais. Toujours là, toujours en train d’avancer, un pas à la fois. Honnêtement, c’est lui qui m’a le plus impressionnée.
Le jour 2, c’est là que ça devient vraiment chaotique. Il pleut toute la journée. Le sentier se transforme en boue épaisse, glissante, imprévisible. Tu peux pas marcher normalement, faut constamment regarder où tu mets les pieds. Et là arrivent les sangsues. Personne ne m’avait préparée à ça. Je passe de “wow la nature” à “enlève ça de moi maintenant” en une seconde. Je capote, je ris, je crie, je sais même plus trop quoi faire. Mais en même temps, ça fait partie de l’expérience. T’as pas le choix de dealer avec.

Y’a aussi les chiens. Ça, je m’y attendais pas. Des chiens de trek, un peu comme des guides non officiels. Y’en a un qui a commencé à me suivre pendant un bout, comme s’il avait décidé que j’étais son humaine pour la journée. Il avançait avec moi, m’attendait quand j’étais plus lente, repartait devant. Ça a l’air de rien, mais dans un moment où t’es fatiguée, sale, un peu à bout, cette présence-là, ça fait vraiment du bien.
Plus la journée avance, plus je réalise quelque chose de simple mais frappant : les gens vivent ici. Pas pour une aventure de 4 jours. Pour vrai. À 5 000 mètres et plus. Tout est fait à la main, tout est transporté à pied, tout demande un effort. Pis moi, après deux jours, je suis déjà épuisée. Ça te remet en perspective assez vite. Tu te plains moins. Ou du moins, différemment.
Le soir, encore une fois, tout le monde se retrouve autour du feu. Fatigués, sales, mais contents d’être là. Les conversations sont plus faciles, plus vraies. Peut-être parce que tout le monde est passé à travers la même journée de marde. C’est là que tu réalises que ces moments-là font autant partie du trek que les paysages. J’ai aidé un propriétaire de lodge à cueillir une plante locale pour faire une soupe… disons que l’expérience était plus enrichissante que le goût — pas incroyable, mais au moins j’aurai essayé 😅


Et honnêtement, c’est là que le trek devient vraiment intéressant. Pas juste dans ce que tu vois, mais dans ce que tu vis.
Ça remet ton “c’est difficile” en perspective assez vite.
Jour 3 : pourquoi je fais ça (ah voilà)
Réveil à 3h30. Juste ça, c’est déjà une épreuve. Il fait noir, il fait froid, pis t’as clairement pas assez dormi. Tout le monde bouge au ralenti dans le lodge, on met des couches de vêtements sans trop réfléchir, on boit quelque chose de chaud en essayant de se convaincre que c’est une bonne idée de sortir dehors.
On part avec les lampes frontales. Y’a un silence un peu spécial, personne parle vraiment, tout le monde est concentré à juste… commencer la montée. Le froid te rentre dedans direct, surtout au début, pis tu sais déjà que ça va être tough.


Plus on monte, plus ça devient difficile. Pas juste les jambes, mais la respiration. L’air est plus rare, pis ça se sent vite. Tu fais quelques pas pis t’as besoin de reprendre ton souffle. Ça devient vraiment un rythme de “un pas, une respiration”. Y’a plus de flow, plus de facilité. Juste avancer parce que t’as décidé de monter.
À un moment, t’es tellement dans ta tête que tu comptes presque tes pas. “Ok encore un… encore un…” sans trop regarder combien il reste. Parce que si tu y penses trop, ça devient décourageant.
Quand on arrive en haut, ça frappe direct.
Pas dans un sens dramatique, mais dans un “ok… ça valait vraiment la peine”.



Les montagnes sont là, complètement dégagées, enneigées, énormes. Le Machapuchare est juste devant, massif, vraiment impressionnant. T’as l’impression qu’il est proche, mais en même temps tu réalises à quel point tout est immense autour de toi. Y’a presque pas de bruit, juste le vent. C’est calme, mais pas vide. Juste… apaisant.

Pis tu le sens dans ton corps que t’es en altitude. T’es essoufflée même à l’arrêt, t’as froid, t’es fatiguée solide, mais en même temps t’es bien. Vraiment bien. Comme un genre de calme que t’as pas souvent.
Évidemment, mon téléphone me lâche exactement à ce moment-là. Plus de batterie. Timing parfait.
Heureusement, Mika avait pris des photos de moi, donc au moins j’ai des preuves que je me suis rendue. Mais honnêtement, même sans ça, je savais que ce moment-là allait rester.
Parce que c’est pas juste la vue. C’est tout ce que ça t’a pris pour te rendre là.
Au sommet, je rencontre Min, un Thaïlandais. On se connaît depuis genre 4 heures à peine, mais on est tellement brûlés, tellement contents d’être là, que ça clique instantanément. On commence à jaser, à rire, pis on finit par prendre des photos complètement niaiseuses ensemble. Grimaces, poses weird, petits sauts ratés… zéro sérieux. Pis c’est ça qui est le fun. Comme quoi quand tu passes à travers quelque chose de tough avec du monde, même si tu viens de les rencontrer, ça rapproche vraiment vite.


On reste un peu en haut, à profiter du moment, sans trop parler. Juste regarder autour, essayer de réaliser qu’on est vraiment là.
Puis faut redescendre.
Jour 4 : la descente (le vrai piège)
On parle vraiment pas assez de la descente. Tout le monde te parle de la montée, du sommet, de l’effort… mais la descente, c’est un autre type de souffrance.
Mes genoux ont pris cher. Chaque pas en descendant, c’est un impact. Pis après les jours d’avant, ton corps est déjà fatigué. Mes pieds aussi étaient en mauvais état. Cloques, douleurs, rien de confortable. Chaque pas devient une mini négociation avec toi-même.
Pis bien sûr, la pluie revient. Évidemment. Le sentier redevient boueux, glissant, instable. Faut rester concentrée même si t’es fatiguée, sinon tu peux facilement te planter.
C’est long. Vraiment long.
T’as l’impression que ça finit jamais, que chaque tournant va être le dernier… mais non.
Pis comme si c’était pas assez, j’arrive au lodge et je découvre une énorme araignée dans ma couverture.
Pas une petite. Une vraie.

J’ai jamais réagi aussi vite. J’ai sauté de mon lit en mode panique totale, zéro dignité, zéro contrôle. Honnêtement, après tout ce que j’avais vécu, c’est ça qui m’a presque achevée.
Mais en même temps, ça résume bien le trek.
Un mix de moments incroyables, de galères, de fatigue, de situations absurdes… pis de souvenirs que t’oublieras pas.
Parce qu’au final, c’est pas juste un trek.
C’est tout ce qui vient avec.
Ce que ce trek m’a vraiment apporté
Oui les paysages sont incroyables, genre vraiment impressionnants, mais après quelques jours tu réalises que ce que tu retiens, c’est surtout tout ce qu’il y a autour.
Le trek te remet à ta place assez vite. Dès le début en fait. Quand t’es déjà essoufflée après une montée pis que tu vois quelqu’un passer à côté de toi avec une charge énorme sur le dos comme si c’était normal, tu comprends que ton niveau de difficulté est relatif. Là-bas, tout est transporté à pied. La bouffe, les matelas, les matériaux. Rien arrive facilement, pis ça paraît.
Ça m’a aussi montré que je suis capable de plus que je pense, mais pas dans le sens cliché de “repousser ses limites” parfait et motivant. Plus dans le sens où même quand j’étais brûlée, mouillée, frustrée, avec zéro énergie, j’ai continué pareil. Pas parce que j’étais inspirée, juste parce qu’il fallait avancer pour se rendre. Pis finalement, tu avances.

En même temps, ça m’a ramenée à mes limites aussi. Y’a des moments où j’étais juste à bout. Plus de jus, plus de patience, plus envie de parler à personne. Pis au lieu de me pousser encore plus, j’ai juste accepté que j’étais fatiguée. Pis ça aussi, ça fait partie de l’expérience.
Le trek t’oblige à ralentir. T’as pas le choix. Tu peux pas aller plus vite que ton corps, surtout en altitude. Tu peux pas contrôler la météo non plus. Fait que tu t’adaptes, tu prends ton rythme, pis tu lâches prise un peu. C’est pas naturel au début, mais ça fait du bien.
Pis surtout, ça m’a frappée à quel point on est habitués au confort. Là-bas, rien n’est simple. Chaque chose demande un effort. Pis malgré ça, les gens vivent comme ça tous les jours, sans se plaindre, sans chercher à simplifier à tout prix. C’est juste leur réalité.
Ça te fait revenir avec une perspective différente. Tu réalises tout ce que t’as de facile chez toi sans même y penser.
Je suis partie en me disant que j’allais faire un trek de quelques jours. Je suis revenue avec une meilleure idée de ce que je suis capable d’endurer, mais aussi avec plus de respect pour mes limites. Pis ça, ça donne une confiance différente, plus calme, plus vraie.
Pis le pire là-dedans, c’est que malgré la boue, la pluie, les sangsues, les pieds en sang pis la fatigue, j’ai quand même envie de recommencer.
Pas tout de suite… mais clairement un jour.

Laisser un commentaire