J’ai adoré Katmandou. Tellement adoré que j’ai décidé… d’y rester longtemps. Oui, toi qui me lis, imagine : moi, censée courir partout au Népal, changer de ville tous les 2-3 jours, je pose enfin mes valises pour quelques semaines. Déjà, j’y avais passé quelques jours en arrivant, mais au lieu de continuer mon tour du pays, j’ai fait un virage à 180° : retour dans la capitale, cœur battant du Népal.
Ce que j’aime dans le voyage sur le long terme, c’est ça : le luxe de pouvoir s’installer quelque part. Pas juste passer comme une touriste en mode express. Créer une routine, se faire reconnaître par les vendeurs du coin, croiser les mêmes visages tous les jours, et tisser des liens qui restent — même si ce lien, parfois, c’est juste un vendeur qui te sourit parce que tu achètes encore du chai à 50 centimes.
Alors, me voilà à Katmandou, retrouvant ma best bodi Sayanne, rencontrée lors de mes premiers jours au Népal. Benjamin était parti en Inde (tristesse 😢), mais Sayanne et moi étions prêtes pour des aventures locales. Première journée : shopping à la népalaise. Entre deux échoppes colorées, des enfants jouaient avec… un corbeau mort. Oui, vous avez bien lu. 😂 Ajoute à ça des montagnes de déchets et un chaos doux, et tu obtiens l’essence de Katmandou. Mais malgré tout, c’était du pur plaisir. On riait, on marchandait, on goûtait aux saveurs locales — et on s’en fichait de tout le reste. ❤️


Une autre journée, Sayanne s’est fait un ami népalais, et on a décidé de passer la journée avec lui. Et là, wow. Katmandou nous a ouvert son côté magique. Il nous a emmenés jusqu’au Single Tree Hill, un point de vue paisible et perché qui surplombe toute la vallée. La vue ? À couper le souffle. Les montagnes derrière, la ville en contrebas, et cette tranquillité qui te fait oublier le chaos de la capitale.

Pendant qu’on marchait, j’ai réalisé combien Katmandou est une ville chargée d’histoire. La vallée de Katmandou a été le centre du royaume Malla au Moyen Âge, célèbre pour son artisanat du bois et ses temples richement sculptés. Chaque temple, chaque stupa raconte une histoire : les Kumari, la déesse vivante, réside toujours au cœur de la ville, et observer la tradition intacte depuis des siècles donne une sensation étrange, presque hors du temps.
Après la balade, un petit repas dans une échoppe simple mais authentique. Plein d’épices, de chaleur, et ce sentiment que chaque bouchée raconte une histoire. On a goûté au momo — ces raviolis népalais incroyablement addictifs — et au dal bhat, le plat traditionnel à base de lentilles et riz, nourrissant et réconfortant, parfait pour récupérer après une longue marche. Et le hasard a voulu que ce soit la fête de la naissance de Bouddha. Les temples étaient animés, les rues décorées, et des chants flottant dans l’air créaient une atmosphère vibrante et paisible à la fois. C’était beau, authentique, et profondément humain. Une journée simple, mais tellement pleine.

Le soir, Katmandou avait une lumière douce, presque complice. Et là, rencontre improbable : deux gars d’Israël, Omher et son ami. Le courant passe instantanément, et hop, direction notre repaire préféré — le fameux « resto aux pois chiches ». Soirée improvisée, dessert, musique, rires… et puis, quand la ville s’endort, Omher et moi restons éveillés. Ukulélé sorti, chansons partagées, notes nouvelles pour moi. La nuit semblait suspendue hors du temps.
Et puis, quelque part entre deux accords, la conversation a pris une tournure plus lourde, plus vraie. On a commencé à parler du conflit en Israël et en Palestine. J’avoue, j’avais une vision simplifiée, réduite aux gros titres et aux images à la télé. Mais eux, avec une sincérité brute et presque douloureuse, m’ont ouvert un autre monde.

Ils nous ont expliqué à quel point ils ne sont pas fiers de leur pays. Pas juste gênés ; horrifiés, en colère contre ce qui se passe, contre la violence, contre le silence des médias. Ils ont parlé de génocide, de colonies, de leurs journaux qui filtrent l’information, de ce qu’on ne voit jamais à l’extérieur. Ce n’était pas un discours politique abstrait, mais des histoires vécues, des émotions, des culpabilités, des nuits sans sommeil à essayer de comprendre comment on peut être citoyen et en même temps impuissant face à ce que son gouvernement fait.
Ils ont partagé leur désarroi, ce poids constant de savoir qu’ils vivent dans un pays qu’ils aiment mais dont ils désapprouvent profondément les actions. Et moi, je me suis retrouvée à écouter, bouleversée, avec cette sensation étrange de privilège et de responsabilité. On parlait longtemps, à voix basse, dans la douceur de la nuit. Parfois, je devais arrêter de respirer un instant, juste pour laisser entrer ce qu’ils me racontaient, pour sentir l’immense complexité de ce conflit à travers leurs yeux.
Cette discussion m’a donné une vision nouvelle. Ce n’est plus seulement “Israël vs Palestine” dans les journaux ; ce sont des vies, des gens qui doutent, qui souffrent, qui cherchent des solutions, qui s’indignent de ce que leurs dirigeants font. J’ai compris que le monde n’est jamais noir ou blanc, que même ceux qu’on pourrait considérer comme “du côté du pouvoir” peuvent ressentir de la honte, du regret, de l’impuissance. Que la vérité est souvent retenue, filtrée, qu’il faut chercher, écouter, comprendre.

Omher et son ami m’ont montré la fragilité de nos certitudes. J’ai senti combien il est précieux d’écouter sans juger, de laisser les histoires humaines nous bouleverser, et de reconnaître que parfois, ce qu’on croit savoir n’est qu’une fraction d’un tout infiniment complexe.
Après cette longue discussion, on est restés silencieux un moment, juste à regarder la ville endormie en bas, Katmandou paisible sous ses lumières chaudes. Et puis on a repris à chanter doucement au ukulélé, mais cette fois avec une intensité nouvelle. Les notes semblaient porter avec elles cette vérité difficile, cette conscience nouvelle que j’emporterai longtemps avec moi.
Quand Omher est parti le matin suivant, je n’avais pas seulement un souvenir d’une nuit musicale. J’avais un nouvel angle sur le monde, un nouvel écho de ce que signifie vivre dans un pays, aimer sa terre et pourtant en désapprouver les choix. Et ça, c’est un cadeau rare que je n’oublierai jamais.

Fun fact du Népal : la weed pousse un peu partout, surtout dans les montagnes. 🌿 Mais attention, ce n’est pas tout à fait celle que tu pourrais fumer tranquille. En fait, ce qu’on voit pousser, c’est souvent la plante femelle… ou la résine qu’on appelle “gomme” — et celle-là, elle ne se fume pas vraiment crue. En gros, tu peux l’admirer, la sentir, te dire “wow, c’est ça le Nepal high nature !”, mais pour l’expérience de fumette traditionnelle, il faut passer par le marché local (et négocier en mode ninja). 😂
Petit bonus : les Népalais l’utilisent aussi dans certaines traditions et festivals, notamment pour le Shivaratri, donc elle fait un peu partie du patrimoine culturel… oui, même la weed a sa place dans l’histoire !

Et puis, il y a Sayanne. Même ville, même école, mêmes amis, mais surtout ce lien rare. Rencontrer Sayanne à Katmandou, c’est comme croiser un éclat de chez soi à des milliers de kilomètres. Elle porte son identité avec assurance, ouverture et curiosité. Avec elle, tout est simple : rire, parler, partager des silences qui ne sont jamais vides. Dans le chaos doux de Katmandou, elle est ce repère solide et lumineux que je garderai longtemps avec moi.

Katmandou, c’est aussi ses ruelles sinueuses de Thamel, son quartier touristique où l’on peut trouver tout, du t-shirt kitsch aux épices rares, où les chiens se dorent au soleil et où les temples surgissent entre deux cafés hippies. C’est la place Durbar, cœur historique de la ville, avec ses palais, ses statues de divinités et ses façades en bois sculpté, qui ont survécu — de justesse — aux tremblements de terre récents. Et puis, il y a les marchés colorés, les odeurs de curcuma et d’encens, les sons des cloches et des prières, et cette énergie vibrante qui te fait te sentir vivant à chaque coin de rue.
Ce que j’aime ici, c’est ce mélange : traditions anciennes et modernité chaotique, rires des enfants et corbeaux morts, momos fumants et thé sucré, moments suspendus au sommet des collines et bousculade dans les rues. Katmandou, c’est un kaléidoscope humain et spirituel où chaque journée apporte son lot de surprises, de rencontres et d’émerveillement.
Et moi, je reste ici. Parce que Katmandou, c’est exactement là où je devais être. Avec mes amis, mes rires, mes découvertes, et cette sensation douce que, parfois, la plus grande aventure, c’est de se poser et de vraiment vivre un endroit.
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