Dès que l’avion a atterri à Katmandou, une vague d’émotion m’a submergée. Pas une petite émotion discrète — une vraie décharge. Comme si mon cœur avait compris avant ma tête que j’étais en train d’arriver quelque part d’important. Je regardais par le hublot avec les yeux humides, incapable de cacher ce que je ressentais.
Et pourtant… ce Népal n’était même pas prévu. À la base, je devais aller en Inde. J’attendais mon visa, tout était planifié dans ma tête. Puis rien ne s’est passé comme prévu. Refus, délais, imprévus de voyage… et en quelques heures, j’ai dû complètement changer de direction. Me revirer sur un 10 cennes, choisir un nouveau pays presque sur un coup de tête, avec peu de temps et encore moins de certitudes. Et finalement, j’ai choisi le Népal. Sans trop savoir à quoi m’attendre. Ce que j’ai découvert, c’est un pays qui m’a complètement surprise. Même après plusieurs mois à voyager en Asie, j’avais l’impression de redécouvrir quelque chose de nouveau. Ce n’était pas l’Asie du Sud-Est que je connaissais déjà — c’était différent, plus brut, plus dense, plus spirituel aussi.
Katmandou m’a frappée dès les premières minutes. Tout est nouveau : les visages, les sons, les odeurs, les couleurs. Un mélange de fumée, d’épices, de terre humide… Il y a une vibe à la fois chaotique et profondément vivante, presque spirituelle, comme si la ville te disait sans mots : “ok, t’es ici maintenant.”
Et honnêtement… ça m’a fait un bien fou. Aujourd’hui, avec du recul, je peux le dire : le Népal est entré directement dans mon top 3 de mes pays préférés, avec les Philippines. Parce que parfois, les plans qui tombent à l’eau te mènent exactement là où tu devais être.


À peine arrivée au BigTree Hostel, situé près de Thamel — ce quartier bruyant, coloré et rempli de backpackers qui ont tous l’air de revenir d’une révélation spirituelle — j’ai rencontré Sayanne, une Montréalaise, et Benjamin, un Français. Trois secondes après avoir posé mon sac, on parlait déjà comme si on se connaissait depuis des années. Les hostels ont ce pouvoir étrange de transformer des inconnus en colocataires émotionnels en moins de temps qu’il n’en faut pour ouvrir un cadenas de casier. Je recommande cet hostel à tout le monde; beau, bon, pas cher.
Benjamin avait cette énergie impossible à suivre, comme s’il était constamment en transit, autant dans sa tête que dans sa vie. Il était toujours en mouvement, jamais vraiment ancré nulle part, comme s’il appartenait un peu à chaque endroit sans appartenir complètement à aucun. Il vivait entre les fuseaux horaires, les aéroports et les décisions prises à la dernière minute. Et ce qui était presque drôle, c’est que même encore aujourd’hui, quand je lui écris, il est rarement au même endroit que la dernière fois. Un jour en Europe, le lendemain en Asie ou ailleurs, toujours avec cette impression qu’il suit quelque chose d’invisible que lui seul comprend. Il avait cette manière de parler du monde comme d’un terrain ouvert, sans frontières fixes, et ça rendait ses idées aussi mouvantes que ses déplacements.

Sayanne, c’était tout l’inverse dans la façon d’être, mais tout aussi marquante. Un vrai coup de cœur humain, dans le sens le plus simple et le plus honnête. Elle avait cette fougue tranquille, une manière de s’assumer sans effort, sans chercher à convaincre qui que ce soit. Elle disait les choses comme elles étaient, souvent avec un sourire et ce fameux « It’s not that deep » qui désamorçait absolument tout. Au début, ça surprend, puis on comprend que derrière cette phrase il y a une forme de sagesse : ne pas tout suranalyser, laisser respirer les choses, ne pas toujours chercher un sens caché à chaque moment. Elle dégageait quelque chose de libre, de solide, comme quelqu’un qui s’est déjà un peu trouvée, même en étant encore jeune.
Le lendemain matin, j’ai participé à une séance de Yoga. Le yoga de guérison avec bols chantants fait partie de ce qu’on appelle souvent les pratiques de sound healing, une approche méditative très ancienne inspirée de traditions himalayennes, notamment tibétaines et népalaises. L’idée de base est simple, mais l’effet est étonnamment profond : utiliser le son et les vibrations comme point d’ancrage pour calmer le système nerveux et ramener le corps dans un état de relâchement.
Les bols chantants eux-mêmes sont généralement faits d’un alliage de métaux (souvent sept, associés symboliquement à différentes planètes dans certaines traditions). Ils ont la forme de bols épais que l’on fait résonner soit en les frappant doucement avec un maillet, soit en frottant leur bord dans un mouvement circulaire régulier. Ce geste crée un son continu, presque hypnotique, qui semble tourner sur lui-même sans jamais vraiment s’arrêter.
Mais ce n’est pas seulement le son qui agit. C’est surtout la vibration. Dans une salle silencieuse, quand plusieurs bols résonnent ensemble, tu ne fais pas que les entendre : tu les ressens. Comme une onde qui traverse doucement le corps, parfois dans la poitrine, parfois dans le ventre, parfois même jusque dans les extrémités. Ça ramène automatiquement l’attention vers quelque chose de très simple : le souffle, les sensations, le moment présent.

Pendant la séance, j’étais accompagnée d’une fille de mon dortoir, une chinoise. On ne se connaissait pas vraiment, et la barrière de la langue faisait en sorte qu’on a très peu communiqué verbalement. Quelques mots, des sourires, rien de plus. Mais il y avait quelque chose de très naturel dans le fait de vivre ça ensemble. Pas besoin de phrases longues ou d’explications. Dans ce genre de moment, tout passe autrement. Les regards, surtout, disaient tout. Une forme de compréhension silencieuse, presque instinctive. Quand la musique montait ou que le silence revenait entre deux vibrations, il suffisait de croiser ses yeux pour sentir qu’on était un peu dans le même état, comme deux inconnues reliées par la même expérience sans avoir besoin de la traduire.
Ce qui est frappant avec ce type de pratique, c’est la façon dont elle ralentit tout. Le corps s’alourdit doucement, la respiration devient plus profonde sans effort, et l’esprit, habituellement en train de courir dans tous les sens, finit par se poser. Il n’y a plus vraiment de narration intérieure, juste une présence très simple.
Après la séance, on s’est retrouvés, Benjamin, Sayanne et moi, autour d’un café chez Mira’s Coffee, un petit endroit caché à Katmandou qui donne l’impression d’être à la fois un refuge et un point de rencontre pour voyageurs perdus dans leurs itinéraires. L’ambiance y est douce, presque suspendue : des plantes partout, des coussins dépareillés, des livres empilés, et cette musique toujours un peu en arrière-plan, jamais trop forte, comme si elle faisait partie du décor sans jamais l’envahir. On avait cette impression étrange d’être dans une bulle où tout le monde ralentit sans s’en rendre compte.
Le café en lui-même était incroyable. Le masala tea surtout… c’était une explosion douce d’épices, chaud, réconfortant, avec ce mélange de cannelle, cardamome, gingembre et clou de girofle qui reste longtemps en bouche. Il y avait quelque chose de presque enveloppant dans chaque gorgée, comme si ça réchauffait autant le corps que l’humeur. Et puis les pâtisseries… simples mais parfaitement exécutées, avec ce côté fait maison qui donne l’impression qu’on prend le temps ici, qu’on ne fait rien dans la précipitation.

Et puis, il y a eu ce moment qui a tout rendu encore plus mémorable. Une femme rousse, installée dans un coin, a sorti un ukulélé sans vraiment prévenir. Elle a commencé à jouer “La Vie en Rose”, doucement, presque timidement au début, puis avec plus d’assurance. La salle entière s’est comme arrêtée sans s’arrêter vraiment. Et naturellement, sans plan, sans mise en scène, Benjamin et moi avons commencé à chanter. Pas parfaitement, pas sérieusement, juste porté par le moment.
Je vous recommande vraiment ce café.
Fun fact : je m’y suis rendue tous les matins, sans exception, comme si c’était devenu un petit rituel que je n’avais même pas décidé consciemment, mais qui s’est imposé tout seul au fil des jours.
Notre première grande sortie a été la visite du temple de Pashupatinath, et j’y suis allée avec Sayanne, Benjamin et le local qui m’avait donné mon cours de yoga. C’était assez drôle comme situation : quelques heures plus tôt, j’étais allongée sur un tapis à essayer de respirer correctement, et là, j’étais en train de suivre ce même gars à travers l’un des lieux les plus sacrés du Népal, comme si j’avais engagé un guide spirituel à temps plein sans le savoir.
Dès qu’on s’est approchés du site, l’air était chargé d’encens, de chants, de fumée et de quelque chose de plus difficile à nommer — une forme de solennité, presque palpable. Le temple, dédié à Shiva sous sa forme de Pashupati, « le seigneur des êtres vivants », s’élève en bordure de la rivière Bagmati. Dans l’hindouisme, Shiva est à la fois le destructeur et le transformateur, celui qui met fin aux cycles pour en permettre de nouveaux. Ce n’est donc pas un hasard si l’un des plus grands sites de crémation du pays se trouve juste à côté de son temple.
Nous avons traversé un petit pont en pierre en observant les sadhus, ces ascètes hindous au corps recouvert de cendres, vêtus de tissus safranés. Ils étaient immobiles, presque irréels, assis en silence ou en train de bénir les passants. Leur regard était si intense que j’avais l’impression qu’ils lisaient directement dans mes pensées.
À l’entrée du sanctuaire principal, nous avons dû nous arrêter, car seuls les hindous peuvent y entrer. Notre ami népalais nous a expliqué que ce n’était pas par exclusion, mais par respect pour la pureté rituelle du lieu. Nous sommes donc restés à l’extérieur à admirer les portes dorées finement sculptées, les statues de Nandi — le taureau sacré et monture de Shiva — et les toits en pagode recouverts de cuivre et d’or, typiques de l’architecture népalaise.









En descendant vers la rivière, nous sommes arrivés sur les ghats, ces grandes marches de pierre qui mènent jusqu’à l’eau sacrée. Dans la culture hindoue, ces lieux ont une importance immense : on y prie, on s’y purifie, on y médite… mais surtout, on y accomplit les rites funéraires. Les crémations y sont vues non pas comme une fin tragique, mais comme une étape essentielle du cycle de la vie et de la réincarnation. Et honnêtement… assister à une crémation hindoue faisait partie de ma bucket list depuis longtemps. C’était même une des raisons qui me faisaient rêver de l’Inde. Comprendre cette relation complètement différente à la mort, voir ces rituels de mes propres yeux, ressentir cette spiritualité-là plutôt que juste en lire sur Internet.
Alors me retrouver là, au Népal, devant cette scène que j’avais imaginée pendant des années… wow. J’étais complètement absorbée par le moment. Nous sommes restés à distance, silencieux, respectueux. Le corps, enveloppé dans des tissus colorés, reposait sur un bûcher de bois pendant que le feu crépitait doucement. Un prêtre récitait des mantras, la famille restait près de l’eau, recueillie. Et autour… la vie continuait. Des gens priaient, d’autres marchaient. Rien n’était caché. Rien n’était dramatique. La mort faisait simplement partie de la vie.
Et c’est ça qui m’a bouleversée.
Dans beaucoup de cultures, la mort est éloignée, presque taboue. Ici, elle était visible, intégrée, acceptée. Pas froide ou déshumanisée — au contraire. Il y avait quelque chose de profondément paisible dans cette façon de dire au revoir. Notre ami nous expliquait que la rivière Bagmati est sacrée parce qu’elle rejoint le Gange en Inde, et qu’être incinéré sur ses rives est considéré comme une bénédiction spirituelle. Les cendres sont ensuite dispersées dans l’eau, comme un retour aux éléments. Nous sommes restés là pendant des heures. À observer, écouter, poser des questions. Sayanne était inhabituellement silencieuse, complètement plongée dans ce qu’elle voyait. Benjamin analysait chaque symbole, chaque rituel avec fascination.
Et moi… je ne voulais pas partir.
J’étais émue, fascinée, profondément touchée d’assister à quelque chose d’aussi intime et culturellement fort.







À la fin de notre visite, on est tombés sur un énorme banc de pigeons. Le genre de scène complètement banale… sauf quand t’as 5 ans dans ta tête. Benjamin et moi, on s’est regardés, avec ce petit sourire de “mauvaise idée imminente”, et là, sans même réfléchir : « pas game de courir dedans ».
Erreur. Monumentale.
Deux secondes plus tard, j’étais en train de sprinter en plein milieu des pigeons, provoquant une explosion de plumes, de battements d’ailes et de chaos digne d’un film dramatique… sauf que c’était juste moi, en train de rire comme une débile. Les pigeons paniqués, les gens qui regardent, et moi au centre de tout ça, zéro dignité, 100 % bonheur. Et Benjamin ? Monsieur a préféré capturer ce moment pour l’éternité. Donc oui, il existe une preuve vidéo de moi en train de perdre toute crédibilité face à une armée de pigeons. Et franchement… aucun regret.
Cette visite a été l’un des moments les plus marquants de mon séjour à Katmandou. Pas parce que c’était spectaculaire, mais parce que c’était vrai, brut et profondément humain. Pashupatinath n’est pas seulement un temple ou un site touristique. C’est un lieu vivant, où la spiritualité, la mort, la famille et la tradition se rencontrent chaque jour, au bord d’une rivière qui, elle, continue de couler comme si de rien n’était.
Les jours suivants, Benjamin, Sayanne et moi avons commencé à errer sans but précis, à explorer les ruelles, à se perdre volontairement. À un moment donné, on s’est retrouvés, Benjamin et moi, à se lancer des fruits comme deux enfants — je ne pourrais même pas te dire pourquoi. Juste parce que ça faisait rire. Parce qu’il n’y avait rien d’autre à faire que d’être là, dans ce moment-là.
C’est aussi ça, voyager avec quelqu’un comme Benjamin : tout devient prétexte à jouer, à observer, à improviser. Il n’y a pas de plan rigide, juste une succession de petites scènes qui n’ont pas vraiment de sens… mais qui finissent par en créer un.
Et puis, au détour d’une ruelle, on a croisé Josée. Une Québécoise. Honnêtement, je ne sais même pas comment la conversation a commencé. Peut-être un accent reconnu, un regard, une phrase lancée au hasard. Mais en quelques secondes, c’était comme si on se connaissait déjà. Cette facilité un peu magique qu’il y a entre voyageurs, encore plus quand tu tombes sur quelqu’un de chez toi à l’autre bout du monde.

On a jasé comme si on s’était donné rendez-vous sans le savoir. Elle nous a parlé de son trek, de son expérience, des défis, des petits trucs qu’on n’apprend pas dans les guides. Et à un moment donné, presque naturellement, elle m’a proposé ses crampons pour mon propre trek. Comme ça. Sans attente, sans hésitation. Un geste simple, mais tellement significatif.
C’est le genre de moment qui résume parfaitement le voyage : des inconnus qui deviennent des repères, des rencontres improbables qui laissent une trace bien réelle. Alors vraiment, merci Josée — si jamais tu tombes sur ces mots — pour ta générosité, pour ce moment, et pour les crampons. xox
On a aussi visité Swayambhunath, le fameux temple des singes. Rien que pour y accéder, il faut grimper une longue série de marches — plus de 300 — bordées de drapeaux de prières colorés qui flottent dans le vent, chacun portant des mantras censés être “diffusés” par l’air. Et tout au long de la montée, les singes te regardent, se déplacent autour de toi, parfois un peu trop proches, comme s’ils te rappelaient que tu es clairement sur leur territoire.
Mais ce lieu, ce n’est pas juste une belle vue ou un spot impressionnant.
C’est l’un des sites religieux les plus anciens et les plus importants du Népal. Selon la tradition, Swayambhunath aurait émergé de lui-même (d’où son nom, qui signifie “auto-manifesté”) à une époque où la vallée de Katmandou était encore un lac. Le stupa principal, cette grande structure blanche surmontée d’une flèche dorée, représente l’univers selon la cosmologie bouddhiste. Et les fameux yeux du Bouddha, peints sur les quatre côtés, ne sont pas là juste pour l’esthétique. Ils symbolisent une forme de conscience éveillée, une présence qui “voit tout”, avec calme et lucidité. Entre les deux yeux, il y a un symbole qui ressemble à un nez, mais qui est en réalité le chiffre 1 en écriture népalaise — une référence à l’unité de toute chose.
Une fois en haut, la vue sur la vallée de Katmandou est immense. Mais ce qui frappe surtout, c’est l’atmosphère. Il y a une vraie vie spirituelle : des pèlerins qui tournent autour du stupa, des moines, des familles, des gens qui viennent prier, méditer ou simplement être là. Le rituel de tourner autour du stupa dans le sens des aiguilles d’une montre s’appelle la circumambulation, et il est central dans le bouddhisme. En marchant ainsi, en faisant tourner les moulins à prières alignés tout autour, tu participes à une pratique qui vise à accumuler du mérite, à purifier l’esprit, à se connecter à quelque chose de plus grand.
Et même si je ne savais pas exactement si je faisais les gestes correctement, je me suis laissée porter par le mouvement. À observer, à imiter doucement, avec respect. C’est ça qui m’a marquée : ce n’était pas juste un lieu à visiter. C’était un lieu vivant, chargé de symboles, où la spiritualité n’est pas mise en scène — elle est simplement là, intégrée dans le quotidien.






C’est là que j’ai rencontré Julia, grâce à Benjamin. Une Hollandaise… et honnêtement, le genre de personne que tu remarques tout de suite. Super belle, oui, mais surtout d’une douceur et d’une gentillesse rares, avec un humour un peu décalé qui sort quand tu t’y attends le moins. On avait exactement le même vibe, ça a cliqué instantanément, sans effort. Comme si on s’était déjà connues quelque part.
Julia était dans une période un peu floue de sa vie. Elle voyageait parce qu’elle ne savait pas trop quoi faire avec ses études, ni dans quelle direction aller. Il y avait quelque chose de touchant dans cette façon d’être un peu perdue, mais en même temps totalement ouverte à ce que le monde pouvait lui offrir. Elle posait des questions, réfléchissait beaucoup, mais sans se fermer. J’espère sincèrement qu’elle a trouvé sa voie depuis, parce qu’elle mérite quelque chose qui lui ressemble vraiment.
On n’a passé que deux jours ensemble, mais certaines personnes laissent une trace plus profonde en 48 heures que d’autres en plusieurs années. On a partagé un gâteau sur un toit, un matin où il faisait à peine 16 degrés, avec un café de Mira’s à la main et la ville encore endormie sous nous. C’était simple, mais parfait.
Un soir, Julia nous a invités à rejoindre des amis qu’elle avait rencontrés pendant son trek. Et c’est comme ça qu’on s’est retrouvés à manger… un banh mi au Népal. Oui, vraiment (lol). Assis tous ensemble, un mélange de nationalités, d’accents, d’histoires de voyage qui s’entrecroisent. C’était un peu improbable, mais tellement représentatif de ces moments-là : tu ne sais pas exactement comment tu t’es retrouvé là, mais tu sais que t’as bien fait d’y être. Après ça, on est allés dans un bar, et la soirée s’est étirée entre discussions, rires et confidences avec ces gens qu’on ne connaissait pas quelques heures plus tôt. Une de ces soirées qui ne cherchent pas à être mémorables, mais qui le deviennent quand même.
Le lendemain, direction Bhaktapur. Avec Benjamin et Julia, on a décidé d’y aller en bus local. Assis tout à l’avant, juste derrière le pare-brise, on avait l’impression d’être dans un film, sauf que le chauffeur roulait comme s’il essayait de battre un record mondial. Le bus était plein, bruyant, la musique népalaise jouait fort, et pourtant, c’était l’un de mes trajets préférés. C’était vivant, chaotique, authentique.


Bhaktapur, c’était comme entrer dans une autre époque. Dès qu’on franchit les portes de la vieille ville, le rythme ralentit. Les rues pavées, les façades en brique rouge foncé, les temples aux toits superposés… tout donne l’impression que la ville a été figée quelque part entre le Moyen Âge et aujourd’hui, sans jamais perdre son âme.
La Bhaktapur Durbar Square est le cœur battant de cette atmosphère. Les palais des anciens rois Malla, les statues de divinités, les colonnes finement sculptées et les temples à étages s’y entremêlent dans un chaos parfaitement harmonieux. Chaque bâtiment semble raconter une histoire, chaque porte en bois est décorée de motifs incroyablement précis — des fleurs, des divinités, des scènes de la vie quotidienne — sculptés à la main il y a des siècles. On comprend vite pourquoi la ville est classée par l’UNESCO : Bhaktapur n’est pas seulement belle, elle est un véritable musée vivant de l’architecture newari.
Les maisons traditionnelles sont construites en briques rouges séchées au soleil, avec des cadres de fenêtres en bois sombre, souvent sculptés avec une finesse presque irréelle. Les ruelles sont étroites, sinueuses, et parfois si calmes qu’on entend seulement le bruit des pas et le tintement lointain d’une cloche de temple. Sur certaines places, des femmes font sécher du riz au soleil, étalé directement sur les pavés, pendant que des potiers façonnent leurs jarres à la main dans le quartier de Pottery Square. Voir ces gestes répétés, transmis de génération en génération, donne vraiment l’impression d’assister à une tradition qui refuse de disparaître.





Et puis, il y a les moments imprévus — ceux qui font toute la magie d’un voyage. À un moment donné, sans trop comprendre comment, on s’est retrouvés dans un hôpital, en train de visiter une salle d’urgence. On avait simplement dit oui, suivi quelqu’un, et on s’était laissés porter par la curiosité. Sur le moment, c’était absurde, un peu surréaliste… mais avec le recul, c’est exactement ce genre de situation qui rend un voyage mémorable.
Le moment le plus marquant, pourtant, a été cette invitation inattendue. Un couple de locaux nous a proposé de visiter leur maison. On a enlevé nos chaussures à l’entrée et on a grimpé par un escalier étroit, aux marches usées par des années de passages. À l’intérieur, la maison était simple mais chaleureuse : des murs en brique apparente, des pièces petites mais bien organisées, et souvent un petit autel familial décoré de fleurs, d’encens et d’images de divinités hindoues. Voir l’intérieur d’une maison newari, loin des hôtels et des restaurants, c’était comme passer de l’autre côté du décor, découvrir la vraie vie derrière les façades historiques.



On a partagé quelques mots, beaucoup de sourires, et ce moment-là, très simple, est resté gravé. Parce qu’au-delà des temples et des monuments, ce sont les gens qui donnent une âme à un endroit.
Et oui, il a quand même fallu payer 2000 roupies pour entrer dans la ville — ce qui m’a fait rire et pleurer en même temps — mais une fois à l’intérieur, j’ai compris que ce n’était pas juste un droit d’entrée touristique. C’était presque comme payer pour préserver un monde qui existe encore, fragile, mais incroyablement vivant.
Ce que Katmandou m’a appris, au-delà des temples et des paysages, c’est que le voyage n’est pas seulement une succession de lieux à cocher sur une liste. Ce sont les gens que tu rencontres, les conversations tard le soir, les cafés partagés, les moments de silence devant un feu sacré ou un stupa doré. C’est apprendre à être inconfortable, à être émerveillée, à être perdue — et à comprendre que ces trois états peuvent coexister en même temps.
Je suis arrivée à Katmandou avec un sac trop lourd et une tête remplie de questions. J’en suis repartie avec le même sac, probablement encore plus lourd à cause des souvenirs et des achats inutiles, mais avec un cœur plus léger et une certitude nouvelle : le monde est immense, imprévisible, et incroyablement beau. Et parfois, tout ce qu’il faut pour se sentir à sa place, c’est un dortoir bruyant, un café bohème, et des inconnus qui deviennent, le temps d’un voyage, ta petite famille improvisée.


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