On avait quitté les montagnes du nord avec encore la boue des rizières sur nos chaussures et le cœur un peu lourd de tourner une page. Quentin et moi avons pris un bus de nuit direction Manille. Les bus de nuit en Asie, c’est toute une expérience : clim trop forte, sièges qui ne s’inclinent…

By

Coron

On avait quitté les montagnes du nord avec encore la boue des rizières sur nos chaussures et le cœur un peu lourd de tourner une page. Quentin et moi avons pris un bus de nuit direction Manille. Les bus de nuit en Asie, c’est toute une expérience : clim trop forte, sièges qui ne s’inclinent jamais assez, et cette étrange capacité à réussir à dormir malgré les klaxons, les arrêts aléatoires et les films d’action diffusés à fond à 3 h du matin. Mais j’adore ces trajets. Il y a quelque chose de magique à traverser un pays pendant que tout le monde dort, à regarder les lumières des villages défiler comme des étoiles filantes.

Arrivés à Manille, encore un peu zombies, on a enchaîné avec la prochaine étape : un ferry de 12 heures pour Coron. Mais avant d’embarquer, on a dû traverser des quartiers que beaucoup qualifieraient de bidonvilles. Et c’est là que j’ai eu une réflexion que je n’ose pas toujours dire à voix haute : j’ai trouvé ces endroits magnifiques.

Près du ferry

Pas magnifiques dans le sens carte postale ou Instagram. Magnifiques dans le sens humain. Des maisons faites de tôle, de bois récupéré, de morceaux de plastique, assemblées avec une créativité et une débrouillardise impressionnantes. Des enfants qui courent pieds nus en riant, des gens assis devant leur porte à discuter, des odeurs de nourriture qui s’échappent de petites cuisines improvisées. Il y avait de la vie partout. Ça m’a fait réfléchir à notre vision occidentale du “beau” et du “laid”. Là où nous voyons la pauvreté, il y a aussi de la résilience, de la solidarité et une chaleur humaine qu’on perd parfois dans nos grandes maisons bien propres. Je ne romantise pas la misère, loin de là, mais j’ai ressenti une certaine admiration pour ces gens qui arrivent à créer un foyer avec presque rien.

Manille, dans toute sa splendeur

Puis est venu le moment d’embarquer. Et nous voilà dans le ferry.

Et là… truc de dingue. Je marche tranquilou pipou sur le pont, encore en train de me demander où poser mon sac, et je vois deux têtes familières. Maëva et son copain, le couple que j’avais rencontré au Laos. Sur ce même ferry. Dans ce même océan de voyageurs. Je me suis approché, j’ai plissé les yeux, et j’ai lâché un : « Mais… vous êtes sérieux ? » On s’est mis à rire comme des débiles. Le monde est vraiment minuscule quand tu voyages.

Du coup, notre petit groupe s’est agrandi naturellement. Maéva et son copain Adrien, de vrais explorateurs : toujours en mouvement, insatiables, ouverts à tout, prêts à se perdre dans n’importe quelle ruelle pour découvrir un secret caché. Leur énergie était contagieuse, impossible de rester immobile à côté d’eux.

Le bateau en question

On a aussi fait la connaissance de Dylan, un Suisse qui débute dans le monde du voyage. Ce mec est encore tout excité par tout ce qu’il voit, comme un enfant découvrant un parc d’attractions pour la première fois, et ça nous faisait rire à chaque fois qu’il s’extasiait devant quelque chose de banal pour nous, mais magique pour lui. On a passé un long moment sur le pont du ferry, à regarder les étoiles et à parler de nos vies, de ce qui nous avait poussés à tout plaquer dans nos pays respectifs pour vivre cette aventure incroyable. Ces moments étaient à la fois profonds et légers, remplis de confidences et de rires.

C’est d’ailleurs à l’embarquement du ferry que Quentin et moi avons rejoint Gabrielle, un Québécois comme moi. On ne s’était jamais vus avant, mais on avait des amis communs. Et puis, de fil en aiguille, il avait besoin de vacances et a décidé de venir me rejoindre aux Philippines. Ce fut le début d’un voyage à trois entre Gabrielle, Quentin et moi… et laissez-moi vous dire, voyager avec deux garçons, ce n’est pas de tout repos ! Entre nos fous rires, nos chamailleries et nos moments d’émerveillement, chaque journée était mémorable.

Revenons à l’embarquement sur le ferry. Nous avons passés la soirée à jouer au trou du cul. Comment vous dire… les règles n’étaient pas les mêmes selon les pays. Le Canada, la France et la Suisse n’avaient visiblement jamais signé de traité international sur ce jeu. Résultat : disputes, incompréhensions, cris, accusations de tricherie… c’était L’ENFER. Mais un enfer hilarant. On riait tellement qu’on en pleurait. On a même eu droit à un petit spectacle organisé sur le ferry. Franchement, 10/10 pour l’ambiance. ❤️

Maéva, Adrien, Gabrielle et moi

Après 12 heures de ferry, nous voici enfin à Coron. Honnêtement, 10/10 pour l’expérience. Oui, il faisait chaud dans la cabine des pauvres, et oui, on collait un peu aux draps, mais c’était tellement fun. Les levers et les couchers de soleil sur la mer étaient tout simplement irréels. Le ciel passait du rose au violet, puis à un noir profond rempli d’étoiles. Et tout ça, partagé avec une petite gang improbable : des Français, un Canadien et un Suisse.

Le ferry, c’est toute une expérience en soi. Pour les réserver, il faut prévoir à l’avance, surtout si vous voyagez pendant la haute saison : sur 2Go ou d’autres plateformes de booking locales, vous pouvez trouver les trajets, mais les horaires ne sont pas hyper fréquents. Certains ferries ne passent qu’une ou deux fois par semaine selon la destination, alors il faut bien checker les jours et heures avant de planifier. Les tarifs et les types de cabines varient beaucoup : il y a la classe “touriste” la moins chère, souvent composée de petits lits superposés empilés sur un pont, sans murs, où la brise marine te caresse le visage ; la classe intermédiaire avec un peu plus de confort et d’intimité ; et la classe “VIP” avec cabines privées, douche chaude et climatisation.

Bonne nuit

Quentin, Gabrielle et moi avons décidé de tenter l’aventure avec la classe la moins chère… et je ne regrette rien ! C’était incroyable : des petits lits serrés les uns sur les autres, empilés comme des matelas sur un pont ouvert, où l’on sentait la brise marine en permanence. Chaque mouvement du bateau faisait un petit roulis sur nos lits, et on se réveillait avec l’odeur de l’océan et le soleil qui caressait nos visages. C’était brut, simple, et tellement magique.

Fun fact de la nuit : à un moment, des enfants se sont mis à pleurer non-stop. Et là, dans le silence moite du pont, j’entends Quentin, à moitié endormi, lâcher un énorme : « Ta gueule ! » … et je vous jure, ça a fonctionné. Silence total. J’ai dû enfouir ma tête dans mon oreiller pour ne pas exploser de rire.

Et puis, autre détail qui m’a marqué : il y avait des douches dans le ferry. Des vraies douches. Dans ma tête, c’était du luxe cinq étoiles. Après une nuit collante, pouvoir se rincer à l’eau froide au milieu de l’océan, c’était le bonheur absolu.

Mais ce ferry, c’était bien plus qu’un simple bateau : c’est un gigantesque navire, une vraie petite ville flottante. Dedans, tu pouvais trouver de tout : un salon de coiffure pour te refaire une beauté avant d’arriver, une salle de karaoké (le sport national aux Philippines, et je vous jure que ça se voit), un dépanneur pour acheter snacks et boissons, une salle de spectacle pour les animations… et j’en passe ! Une vraie croisière, mais version aventure low-cost et avec des lits suspendus en prime.

Entre les rires, le vent marin, les lits empilés et les étoiles au-dessus de nos têtes, ce ferry restera gravé comme un moment pur de liberté et d’aventure.

Une fois arrivés, on s’est posés dans un petit café tous ensemble, le temps de regarder les hôtels, manger un truc et, surtout, aller aux toilettes. Et quand je dis toilettes, je veux dire : toilettes bouchées. Un moment d’anthologie où tout le monde attend son tour en faisant des blagues douteuses et en priant pour que la chasse d’eau fonctionne 😂

Très vite, on a tous loué des scooters et on est partis à l’aventure sur les routes de Coron, cheveux au vent et lunettes de soleil de travers.

Notre bolide pour la journée

Premier arrêt : un restaurant où tu fais tes propres nouilles, le fameux Lolo Nonoy’s Food Station. Le principe est simple : tu coches les ingrédients que tu veux, et tu prépares ton bol de nouilles personnalisé. Après des heures de ferry, c’était exactement ce qu’il nous fallait : chaud, savoureux, réconfortant.

Coron, en soi, est une petite ville qui s’est développée grâce au tourisme, mais qui garde une vibe très locale. Historiquement, la région est connue pour ses épaves japonaises de la Seconde Guerre mondiale, coulées lors d’un bombardement. Aujourd’hui, ces épaves sont devenues des sites de plongée parmi les plus réputés au monde. La population locale, majoritairement Tagbanua, a une relation très spirituelle avec la nature, notamment avec les lacs et les montagnes qu’ils considèrent comme sacrés.

Mais ce qui m’a le plus marqué, c’est un endroit en particulier : Siete Pecados Marine Park. Un spot de snorkeling à seulement quelques minutes en bateau de Coron. 250 pesos philippins. Rien du tout pour ce que tu vois sous l’eau.

Et ce qui est fou, c’est que ce n’est pas un endroit “grandement mis en avant” comme certaines excursions touristiques classiques. Tu arrives presque par hasard, sur un petit bord d’île un peu désordonné, sans grand panneau évident, sans foule organisée. Il faut un peu faire confiance au processus : marcher, regarder autour, et repérer cette petite pancarte qui indique le site. Et là, seulement là, tu comprends que tu es au bon endroit.

On te dirige ensuite vers une des petites barques locales. Rien de luxueux, rien de sophistiqué. Juste un bateau simple, des gens tranquilles, et cette impression d’aller vers quelque chose de plus authentique que “touristique”.

Puis le trajet commence. Quelques minutes sur l’eau. Et déjà, la couleur change. Le bleu devient plus clair, plus vivant. Et quand tu arrives sur le site… c’est là que ça bascule.

L’eau est d’une clarté presque irréelle. Tu regardes vers le fond et tu as l’impression de flotter dans le vide, comme si la mer avait disparu pour laisser place à un monde suspendu. Les coraux apparaissent lentement, les poissons passent en bancs entiers, sans peur, comme si tu faisais partie du décor.

On te laisse environ 3 heures sur place, et honnêtement, le temps disparaît complètement. Tu plonges, tu ressors, tu dérives, tu observes. Il n’y a pas vraiment de logique à suivre, juste l’envie de rester sous l’eau encore un peu plus longtemps.

Ce qui rend Siete Pecados encore plus spécial, c’est justement son côté presque discret. Pas de grande infrastructure, pas de sensation de parc “sur-organisé”. Juste un point sur la mer, accessible, simple, et incroyablement vivant.

Et quand tu remontes sur le bateau, tu réalises que ce genre d’endroit ne marque pas seulement pour ce que tu as vu… mais pour la sensation d’avoir eu accès, pendant un instant, à quelque chose de pur, presque intact.

Le site de snorkeling

On a vu :

  • des tortues majestueuses qui glissaient lentement entre les coraux
  • des milliers de gigantesques étoiles de mer
  • des oursins noirs cachés dans les rochers
  • des poissons multicolores qui semblaient tout droit sortis d’un dessin animé
  • des clams géantes, ouvertes comme des fleurs sous-marines
  • et même des méduses, heureusement pas trop agressives

Je recommande à tout le monde d’y aller, mais surtout : amenez votre propre matériel. Louer sur place, c’est possible, mais avoir son masque bien ajusté change tout.

Le soir, on s’est retrouvés avec la petite gang franco-suisse pour une autre soirée tranquille, qui s’est transformée en spectacle improvisé. Un des gars présents était finaliste de The Voice Philippines, et il s’est mis à chanter devant nous, guitare à la main. On était là, assis sur des chaises en plastique, une bière tiède à la main, à écouter une voix incroyable résonner dans la nuit tropicale. Des moments simples, mais magiques.

On n’est restés qu’une seule journée à Coron, parce que le vrai objectif, c’était la prochaine aventure : un bateau de 3 jours pour rejoindre El Nido en traversant les îles de Palawan. Mais même en 24 heures, Coron a réussi à me marquer profondément. Entre les rencontres improbables, les paysages sous-marins hallucinants et cette sensation constante d’être exactement là où je devais être, cette escale restera comme un des moments les plus intenses et joyeux de mon voyage.

Coron, c’est un vrai bijou pour les amoureux de la nature et de l’aventure. Les incontournables sont bien sûr les lacs et lagons cristallins, comme le Kayangan Lake, souvent décrit comme le lac le plus pur des Philippines. L’eau est tellement claire qu’on dirait du verre, et les montagnes karstiques qui l’entourent donnent l’impression d’être dans un rêve.

Pour les amateurs de plongée et de snorkeling, Coron est un paradis sous-marin. Les épaves japonaises de la Seconde Guerre mondiale, reposant au fond de la baie, attirent les plongeurs du monde entier. Les coraux colorés, les poissons multicolores et les tortues marines garantissent des heures d’émerveillement.

Si tu préfères rester sur la terre ferme, il y a plein de treks et viewpoints à explorer. Le sommet de Mt. Tapyas offre une vue à 360° sur l’île et la mer environnante, surtout magnifique au coucher du soleil. Les sources chaudes de Maquinit Hot Springs, elles, sont parfaites pour se détendre après une journée bien remplie.

Et puis, il y a les îles autour de Coron, accessibles en boat tour : Banol, Malcapuya, Bulog… plages de sable blanc, eaux turquoise et solitude quasi garantie si tu t’éloignes un peu des spots touristiques. Chaque journée ici peut être une combinaison parfaite de plongée, farniente, exploration et paysages de carte postale.

Enfin, côté ville, le petit centre de Coron a un marché local, quelques restos sympas et cafés où goûter des spécialités locales, et cette ambiance décontractée des îles philippines qui te fait sentir immédiatement en vacances. Bref, Coron, c’est le mix parfait entre aventure, beauté naturelle et moments chill.

Laisser un commentaire