Bohol, ça a commencé… par un imprévu.
Depuis Oslob, on avait simplement pris un des bus qui passent régulièrement sur la route principale. Là-bas, c’est super simple : tu te mets au bord de la route, tu lèves la main, et le bus s’arrête. Pas d’horaires compliqués, pas de réservation — juste toi, ton sac, et un peu de foi en la vie. On a donc embarqué direction le port pour prendre le ferry vers Bohol.
Une fois arrivés… surprise : le ferry était annulé. Personne ne savait trop quoi nous dire, et nous, on était là, à se regarder, un peu perdus. Finalement, on s’est dit : direction Cebu City, on verra bien. Parce que voyager, c’est aussi ça : s’adapter aux imprévus, respirer, et continuer d’avancer.
Un local nous a suggéré de reprendre un bus vers Cebu pour tenter de prendre un autre ferry plus tard dans la journée. On a suivi son conseil… et ça a payé. On a réussi à embarquer, et ce ferry, on y tenait. Aux Philippines, les déplacements sont longs, complexes, et le pays est immense. Avec le peu de temps qu’on avait pour tout voir, chaque trajet comptait.
Sur le bateau, on a eu droit à un magnifique coucher de soleil. Le ciel s’embrasait doucement pendant que le ferry avançait sur une mer presque immobile. Après toute cette journée de stress et de transport, ce moment-là avait quelque chose de très apaisant, comme une récompense.
Gabriel, lui, tentait surtout de survivre à son mal de mer — un combat de chaque instant, discret mais bien réel. Pendant ce temps, Quentin et moi étions sur le pont, à l’air ouverte, chacun avec nos écouteurs, simplement à regarder le soleil descendre lentement sur l’horizon.
C’était silencieux, simple, mais d’une beauté incroyable. Un de ces moments où tout s’aligne sans rien forcer. Vraiment magique.
On est arrivés à Bohol tard, donc on a simplement passé la nuit sur place. Petite soirée au marché de nuit, à goûter des choses… dont je serais incapable de vous dire le nom. Mais c’est ça aussi, voyager : manger des trucs mystérieux en espérant que ton estomac coopère.
Le lendemain matin, direction Carmen, le cœur de l’île, pour voir les célèbres Chocolate Hills. Pour s’y rendre, on a pris ces fameuses petites vans locales — je ne me souviens plus du prix exact, mais c’était vraiment pas cher. Par contre, le confort… on repassera. Imaginez : 10 places prévues, 16 personnes à bord, des sacs, des genoux dans le dos, et zéro espace personnel. On était entassés comme des sardines, mais tout le monde trouvait ça normal. Bienvenue dans les transports philippins.
Premier arrêt : les Chocolate Hills.
C’est un paysage absolument irréel composé de plus d’un millier de collines presque parfaitement coniques, réparties sur une vaste zone de Bohol. Leur hauteur varie généralement entre 30 et 50 mètres, et elles semblent toutes avoir été posées là de façon symétrique, comme si quelqu’un les avait sculptées à la main.
L’accès principal se fait via un point de vue aménagé (Chocolate Hills Complex ou Sagbayan Peak selon l’itinéraire), avec une petite entrée payante — généralement autour de 50 à 100 pesos philippins (1,20 $ à 2,40 $, donc vraiment abordable). Une fois en haut, il y a des escaliers menant à une plateforme d’observation 360°, quelques installations touristiques simples, et parfois des stands locaux, mais l’essentiel reste la vue.
Sur place, il n’y a pas “grand-chose à faire” au sens activité : c’est surtout un site d’observation. Tu montes, tu prends le temps de regarder, de comprendre, de t’imprégner. Et honnêtement, c’est suffisant.
Côté formation, ce n’est pas un mystère récent mais un processus géologique très ancien. Les Chocolate Hills sont composées de calcaire marin, formé il y a des millions d’années lorsque la région était encore sous la mer. Avec le temps, l’érosion, la pluie et les mouvements tectoniques ont sculpté ces formations en formes presque identiques. L’eau de pluie légèrement acide a lentement dissous le calcaire, créant ces dômes réguliers — un phénomène de karst très rare à une telle échelle.
Pendant la saison sèche, l’herbe qui recouvre les collines devient brun chocolat, d’où leur nom. Pendant la saison des pluies, elles redeviennent vert vif, donnant un tout autre visage au paysage.
Et même si la science explique bien leur existence, les légendes locales ajoutent une touche plus poétique : larmes d’un géant amoureux, bataille entre créatures mythiques… Bref, peu importe l’explication, sur place, tu te retrouves surtout face à quelque chose de tellement étrange et harmonieux que ça dépasse un peu les mots.

Après cette visite, on a repris un autre bus local pour se rendre à Alicia. Une fois arrivés, petite pause bien méritée… et là, on a mangé la pire pizza de ma vie. Vraiment. Je ne pensais pas qu’on pouvait rater une pizza à ce point. C’était un exploit culinaire, mais pas dans le bon sens.
Cette journée-là avait été un véritable marathon : bus, ferry, van, encore bus… on avait les turbos dans le cul. Donc une fois à Alicia, on s’est posés tranquillement à la piscine de notre hébergement, trop fatigués pour faire quoi que ce soit d’autre.
Le lendemain, on partait à la découverte du Alicia National Park, aussi appelé les Alicia Panoramic Hills. Pour s’y rendre, on a décidé de marcher… deux heures sous la chaleur, parce que les tricycles nous demandaient un prix qu’on trouvait abusé. Sur la route, on a eu droit à la vraie vie locale : des noix de coco fraîchement cueillies, des enfants qui nous suivaient en riant, et un soleil qui nous tapait dessus comme si on lui devait de l’argent.

Mais une fois arrivés et après la montée — parce que oui, ça monte fort — la vue était tout simplement magnifique. Des collines vertes à perte de vue, beaucoup moins touristiques que les Chocolate Hills, mais tout aussi impressionnantes. La randonnée a été longue et fatigante, mais ça valait chaque goutte de sueur.










Le retour, lui, a été une autre aventure. Comme on était venus à pied, un local nous a proposé de nous prendre sur sa moto pour nous ramener au centre d’un petit village, d’où on pouvait reprendre un bus. On a donc fait un retour en mode backpackers sur une moto, cheveux au vent. Au final, on a pris deux lifts aller-retour — Gabriel avec moi, et Quentin en solo — pour 250 pesos. Honnêtement, c’était une aubaine.
Et c’est comme ça qu’on a fini notre après-midi : assis sur le bord de la route à Alicia, à manger un poulet complet à 190 pesos, avec du riz, directement avec les mains. Simple, local, délicieux. Merci encore au gars du stand qui nous a aidés et liftés, c’était un vrai moment de gentillesse philippine.
Le soir, trouver un restaurant a été… compliqué. Dans ce coin-là, il n’y a vraiment pas grand-chose. On est tombés sur un genre de fast-food style PFK, mais ça ne nous tentait pas. Finalement, on a trouvé un petit restaurant vide. Mauvais signe. Très mauvais signe. On a commandé un pork sisig parce que la dame nous disait que c’était délicieux. Résultat : un tas de gras avec des piments. Je vous épargne la note.

Le lendemain matin, l’ambiance était différente. Plus calme, plus lourde. C’était la dernière journée avec Quentin et Gabriel. De mon côté, je devais reprendre un ferry vers Manille — plus de 24 heures de traversée — pour ensuite prendre mon avion vers l’Inde. La suite de mon voyage m’attendait, mais ça voulait aussi dire dire au revoir.
La veille, Quentin et moi avons décidé de profiter d’un dernier coucher de soleil ensemble. Rien de spectaculaire, juste Quentin et moi, face à l’horizon, à laisser la journée tomber doucement dans la mer.
On s’est installés sans trop parler au début. Le genre de silence qui n’est pas gênant, juste rempli. Le soleil descendait lentement, colorant le ciel de tons orangés et rosés, et l’eau reflétait tout ça comme un miroir un peu tremblant. Il y avait le bruit des vagues, quelques vents légers, et cette impression que le temps ralentissait pour une fois.
Quentin était là, posé, regard fixe vers l’horizon. Fidèle à lui-même : calme, observateur, un peu dans sa bulle, mais profondément présent. Avec lui, pas besoin de remplir l’espace. Et ça faisait du bien. On a fini par parler, doucement, sans forcer les choses. De voyage, de ce que ça change en nous sans qu’on s’en rende compte, de ces moments où tu te reconnais un peu plus loin de chez toi que dans ta vie habituelle.
À un moment, on a juste arrêté de parler et on a regardé le soleil disparaître complètement. C’était simple, mais chargé. Le genre de moment qui n’a rien d’extraordinaire sur papier, mais qui reste accroché quelque part en toi après.
Et dans tout ça, j’ai réalisé à quel point Quentin était devenu une présence importante de ce voyage.

Les routes se séparent toujours en voyage, mais certaines rencontres restent. Quentin fait partie de ces personnes qu’on n’oublie pas, même quand les kilomètres s’accumulent. Et en quittant Bohol, je savais que cette île ne serait pas seulement associée à ses collines et à ses galères de transport, mais aussi à cette amitié improbable née au bout du monde.
Laisser un commentaire