Après Chiang Rai, j’ai décidé de descendre vers Kanchanaburi. Plusieurs voyageurs rencontrés sur la route m’en avaient parlé avec ce petit sourire complice qui veut dire : « c’est pas sur la bucket list, mais tu vas comprendre pourquoi j’insiste ». Je ne savais pas trop à quoi m’attendre, mais j’ai tenté. Et honnêtement ?…

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Kanchanaburi

Après Chiang Rai, j’ai décidé de descendre vers Kanchanaburi. Plusieurs voyageurs rencontrés sur la route m’en avaient parlé avec ce petit sourire complice qui veut dire : « c’est pas sur la bucket list, mais tu vas comprendre pourquoi j’insiste ». Je ne savais pas trop à quoi m’attendre, mais j’ai tenté. Et honnêtement ? Aucun regret. C’est une ville moins connue que Bangkok ou Chiang Mai, mais qui a une ambiance tranquille, historique et profondément humaine.

Pour y aller depuis Chiang Rai, il n’y a pas de trajet direct simple, donc ça se fait en plusieurs étapes. La plupart des voyageurs commencent par un bus ou un minivan de nuit vers Bangkok (souvent autour de 10 à 12 heures de route, selon les arrêts et la compagnie). C’est généralement la partie la plus longue et la moins glamour du trajet : sièges inclinables, climatisation agressive et pauses imprévisibles en station-service. Une fois arrivés à Bangkok, il faut ensuite prendre un autre bus depuis la gare routière de Mo Chit Bus Terminal ou un train depuis la gare centrale de Bangkok Railway Station (Hua Lamphong). Le trajet jusqu’à Kanchanaburi dure environ 2 à 3 heures. C’est beaucoup plus simple, plus local, et tu commences déjà à sentir le rythme ralentir en quittant la capitale. Au total, on parle donc d’un voyage d’environ 14 à 18 heures, selon les connexions et les temps d’attente entre les segments. C’est long, un peu fatigant, mais assez classique en Thaïlande quand tu traverses le pays du nord au sud.

Et quelque part, cette longueur fait aussi partie de l’arrivée à Kanchanaburi : tu sens que tu as quitté les zones les plus touristiques, que tu t’éloignes du bruit, pour arriver dans quelque chose de plus calme, plus posé, presque suspendu.

Le lendemain de mon arrivée, je me suis rendu au parc national d’Erawan. On peut s’y rendre facilement en transport en commun : il suffit d’aller à la station de bus de Kanchanaburi et de prendre le bus local qui part en direction du parc. Le trajet dure environ 1 h 30, et déjà là, l’aventure commence. Le bus était vieux, bringuebalant, peint en violet délavé… avec des pancartes « Attention aux éléphants » sur la route. La Thaïlande dans toute sa splendeur.

Le parc lui-même est tout simplement… wow.

Les chutes d’eau d’Erawan National Park sont composées de sept niveaux, et chaque niveau a sa propre piscine naturelle d’un turquoise presque irréel. L’eau est claire, fraîche, et la jungle est partout autour : dense, verte, vivante. On avance étape par étape, comme si le sentier nous révélait le parc progressivement, sans jamais tout donner d’un coup. À chaque niveau, l’ambiance change un peu. Les premiers étages sont plus accessibles, donc plus animés : des familles thaïlandaises viennent y passer la journée, on voit des enfants sauter dans l’eau, des groupes pique-niquer sur les rochers, des gens qui rient, qui discutent, qui se reposent à l’ombre. C’est très vivant, mais jamais stressant. Tout le monde semble juste… profiter.

Plus on monte, plus ça devient calme. Le bruit des gens diminue, remplacé par celui de l’eau qui tombe, des oiseaux, et de la jungle. Les bassins deviennent aussi plus sauvages, parfois entourés de rochers glissants, de racines, de petites cascades qui se faufilent entre les pierres. Tu te retrouves à marcher dans un décor qui devient presque irréel, comme si tu t’éloignais du monde. Et puis il y a ces fameux poissons. Dans plusieurs bassins, des petits poissons viennent te grignoter la peau morte des pieds. C’est totalement déroutant au début : tu trempes les pieds, et soudain ça picote partout. Tu regardes, tu vois des dizaines de petits poissons autour de toi, concentrés comme s’ils faisaient un spa collectif. C’est une sensation bizarre, entre chatouillement et surprise, mais tellement drôle que tu finis par t’y habituer… voire à t’asseoir exprès pour les laisser faire.

Arrivée tout en haut, trempée, fatiguée, fièrement, je tombe sur un gars de mon auberge — un Israélien. Et c’est là que ma journée a pris une tournure que je n’avais pas prévue (je le recroiserai des mois plus tard au Népal — le monde est minuscule, visiblement). On a continué la journée ensemble. Il m’a raconté son service militaire, la guerre, un ami à lui capturé pendant plusieurs mois à Gaza… et là, j’ai réalisé à quel point nos réalités sont différentes. Moi, je voyage, je regarde des chutes d’eau. D’autres vivent la guerre. Ça m’a secouée.

J’ai rencontré énormément d’Israéliens pendant ce voyage. Beaucoup voyagent longtemps après leur service militaire. Avec le contexte actuel en Palestine, les discussions étaient souvent lourdes, complexes, remplies d’émotions. Je garde ces conversations pour un autre vlog, parce qu’elles méritent leur propre espace.

Plus tard, on a loué des motos et décidé d’aller voir un sanctuaire d’éléphants. Fermé. Un local nous en recommande un autre. On s’y rend… et là, mauvaise ambiance instantanée. Des éléphants attachés, l’air fatigué. Des touristes qui montaient sur leur dos. Rien à voir avec un sanctuaire. Juste une affaire. On est reparti presque aussitôt. La réalité, c’est que l’exploitation des éléphants en Thaïlande reste un problème majeur. Beaucoup sont encore utilisés pour le tourisme, malgré les campagnes de sensibilisation. Les vrais sanctuaires existants, mais il faut vraiment bien chercher avant d’y aller.

En fin de journée au skywalk de Kanchanaburi, un pont de verre avec vue sur la rivière. C’est beau, oui. Mais honnêtement ? Payer pour monter… pas indispensable. Le coucher de soleil, lui, était gratuit et parfait.

Le lendemain, je suis partie seule pour faire la mythique Death Railway construction, le fameux chemin de fer construit pendant la Seconde Guerre mondiale par des prisonniers de guerre et des travailleurs forcés.

C’est un projet lancé par l’armée japonaise en 1942, avec un objectif stratégique très concret : relier la Thaïlande à la Birmanie pour sécuriser une route d’approvisionnement terrestre pendant la guerre. Mais ce projet s’est transformé en l’un des épisodes les plus tragiques de la région. Des dizaines de milliers de prisonniers alliés (Britanniques, Australiens, Néerlandais) et de travailleurs asiatiques ont été forcés de construire cette ligne à travers la jungle, les montagnes, les rivières, dans des conditions extrêmes. La réalité était brutale : chaleur écrasante, maladies tropicales (choléra, dysenterie, malaria), famine, manque total de matériel, violences constantes. Les estimations varient, mais environ 100 000 personnes auraient perdu la vie pendant la construction. C’est pour ça que cette ligne est restée connue sous le nom de “Death Railway”, et que certains témoignages parlent d’une logique glaçante où chaque section de voie aurait coûté des vies humaines.

Aujourd’hui, une partie de cette ligne est encore utilisée comme train local et touristique, et c’est celui que j’ai pris depuis la gare de Kanchanaburi Railway Station en direction de Nam Tok. Il y a quelques départs par jour, et les billets s’achètent directement sur place, sans réservation compliquée. Le train est très simple : wagons en bois, fenêtres ouvertes, sièges durs. Mais c’est justement ce côté brut qui rend l’expérience si forte. Tu n’es pas isolé de l’extérieur — tu fais partie du paysage. Le vent entre, le bruit des rails est constant, et la jungle défile lentement, presque comme si le temps lui-même ralentissait.

Ce qui rend le trajet si particulier, c’est ce contraste permanent entre la beauté et la mémoire. La nature est spectaculaire : falaises abruptes, rivière en contrebas, végétation dense, villages paisibles. Mais impossible de regarder sans penser à ce que ces rails représentent historiquement. Tu voyages littéralement sur une ligne construite dans la souffrance.

Le moment le plus impressionnant reste le passage du viaduc de Wang Pho. Le train avance lentement sur une structure en bois accrochée à la falaise, surplombant la rivière Kwaï Noi. Ça grince, ça tremble légèrement, et tu réalises à quel point tout cela semble fragile… et pourtant encore debout. Impossible de ne pas penser aux hommes qui ont construit ça à la main, dans la jungle, sans machines modernes, dans des conditions inimaginables.

À la station de Tham Krasae, on peut descendre du train et marcher directement sur la voie ferrée, collée à la falaise. Il y a une petite grotte avec une statue de Bouddha, quelques stands locaux, et une vue incroyable sur la rivière en contrebas. C’est un endroit où tout coexiste : le tourisme, la spiritualité, la mémoire, et la vie quotidienne.

C’est à la fois magnifique et lourd. Un de ces lieux où tu prends des photos… puis tu ranges ton téléphone sans réfléchir, parce que tu réalises que tu es devant quelque chose qui mérite surtout d’être ressenti.

Et c’est dans ce train que j’ai rencontré Dawson. Un Américain d’origine philippine, qui vit maintenant aux Philippines et travaille en ligne, en mode nomade digital. On a parlé pendant tout le trajet : voyages, famille, liberté, choix de vie. Ce genre de rencontre, c’est exactement ce qui me fait vibrer en voyage. Deux inconnus, assis dans un train chargé d’histoire, à parler de la vie comme si elle était simple pendant quelques heures. On a échangé nos numéros. Et quelques mois plus tard, Dawson m’hébergera pendant plusieurs semaines aux Philippines, dans son appartement à Manille. Mais ça… c’est une autre histoire. Va voir mon blogue pour en savoir plus 😉

Le soir, je suis retournée dans le centre de Kanchanaburi, là où les rails passent en plein milieu de la rue. Il y a des horaires précis à respecter, parce que quand le train arrive… tout le monde doit se pousser. Des vendeurs installaient leurs étals directement sur les rails. J’ai vu des anguilles se tortiller dans des bassins pendant qu’un train passait à quelques centimètres. Surréaliste, mais très thaï. Et puis il y avait ces trois enfants : un qui dansait, deux autres à la guitare. Un petit groupe improvisé, un public de routards et de locaux. Un moment simple, doux, inattendu. Un de ces moments qui ne coûte rien mais qui reste longtemps.

Kanchanaburi n’est pas la ville la plus spectaculaire de Thaïlande. Mais elle mélange nature, histoire, rencontres et réflexions profondes d’une manière unique. C’est une destination qu’on ne voit pas toujours sur les itinéraires… et pourtant, pour moi, elle valait largement le détour.


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