La route de Chiang Mai à Chiang Rai s’est faite dans un bus confortable, où j’ai eu la chance de rencontrer mon compagnon de siège. Je vous le présente : prénom ? Ça je n’en sais absolument rien. Nom de famille ? Encore moins. Profession ? Photographe, parcourant la Thaïlande à capturer des moments uniques. Âge ? Impossible à dire, un vrai mystère. Ce que je sais : sa passion pour les photos est contagieuse, et dès notre première conversation, j’étais hypnotisée par la spontanéité de ces rencontres que la vie nous offre. Si je n’étais pas sortie de chez moi ce matin-là, jamais je ne l’aurais croisé.
Le backpack oblige à économiser, et parfois ça se traduit par marcher des heures pour sauver deux dollars. Alors j’ai marché : de la station de bus à mon hostel, une bonne heure sous le soleil brûlant. Mais c’est dans ces moments que je trouve la beauté du voyage : contempler les rues, observer les passants, sentir l’effervescence de la ville, tout en économisant quelques sous.

À mon arrivée, surprise : deux gars français font leur check-in à la réception. L’un se retourne vers moi et me lance : « Hey, t’es pas la French Canadian de Tinder ? » Je reste bouche bée… jusqu’à ce que je comprenne que c’était Romain, alias Chifumi ! Il m’invite à sortir avec lui et son ami, mais j’étais plus dans un mood solo, alors je pars explorer le Night Bazaar.

Ah, le Night Bazaar : un dédalesde lumière et de sons, de musique qui pulse et d’odeurs de nourriture de rue alléchantes. Des magasins à perte de vue, de l’artisanat, des snacks sucrés et salés : pour moi, un must pour passer une soirée vibrante et colorée à Chiang Rai.
Le lendemain, je cède à l’aventure avec Romain. Chifumi, c’est un électron libre : bohème, passionné de musique, festivals, et explorations spontanées. On a tout de suite vibré sur la même longueur d’onde. Romain, lui, avait cette énergie tranquille de ceux qui ont déjà vu beaucoup de routes et qui ne cherchent plus à impressionner qui que ce soit. Toujours partant, mais jamais pressé, il avançait avec une curiosité douce, posant mille questions, s’arrêtant pour observer un détail que la plupart des gens auraient ignoré. Il avait ce talent rare de rendre chaque moment plus léger, de transformer une simple marche en petite aventure, et de lancer une blague au moment exact où la fatigue commençait à se faire sentir.
Avec lui, les journées prenaient un rythme différent : plus spontané, plus libre, comme si le plan importait moins que le chemin lui-même. Et c’est peut-être pour ça que je me suis laissée embarquer si facilement — parce qu’à ses côtés, l’inconnu n’était plus inquiétant, il devenait simplement une promesse de nouvelles histoires à raconter.

Premier arrêt : le Temple Blanc (Wat Rong Khun). MAGNIFIQUE. Blanc immaculé, détails sculptés à couper le souffle, miroirs étincelants et symbolisme surprenant. Chaque coin raconte une histoire, chaque reflet brille sous le soleil. La foule est dense, mais le spectacle en vaut chaque seconde. Il a été conçu et construit par Chalermchai Kositpipat, un artiste thaïlandais contemporain, à partir de 1997. Il a voulu créer un temple qui symbolise la pureté de Bouddha et l’illumination spirituelle. Tout est d’un blanc éclatant pour représenter cette pureté, et les miroirs incrustés dans les sculptures reflètent la lumière, symbolisant la sagesse et la bonté qui éclairent le monde. Contrairement aux temples traditionnels, il mélange architecture classique et éléments modernes, avec des touches surprenantes comme des figures inspirées de la pop culture et des symboles de la société contemporaine. C’est à la fois un lieu spirituel et une œuvre d’art monumentale, unique en Thaïlande. Astuce : y aller tôt le matin pour vraiment profiter.

Ensuite, notre moto nous mène à un temple chinois immense, trouvé un peu par hasard sur la route. L’architecture est un pur délire : dragons sculptés, pagodes colorées, détails si fins qu’on pourrait passer des heures à contempler. Eh bien, on a passé trois heures là, perdus dans l’émerveillement, comme de vrais explorateurs.

Le dernier arrêt de la journée : une petite waterfall, tranquille et presque secrète. Romain m’explique qu’il s’amuse depuis l’enfance à suivre le trajet d’une goutte d’eau jusqu’à l’atterrissage dans la rivière… trop mignon. Nous étions seuls, à rire et jouer à Monopoly Deal, et à profiter du moment. La soirée se termine au Night Bazaar, bières à la main, musique dans l’air, ambiance parfaite. Petite parenthèse : à l’hostel, nous avons rencontré « Madame Fourmis », en plein psychodrame avec un million de fourmis, assise par terre dans la salle de bain… un moment de pure comédie humaine.

Encore une journée en moto : première halte, le Temple Bleu (Wat Rong Suea Ten). Encore une explosion de couleurs et de détails. Bleu profond, dorures étincelantes, statues majestueuses : on y est restés des heures, simplement à contempler. Le Temple Bleu a été construit plus récemment, vers 2005, par un disciple de l’artiste qui a créé le Temple Blanc, inspiré par son style mais avec sa propre touche.
Le bleu intense représente la sagesse de Bouddha et la sérénité, tandis que les dorures et les sculptures finement travaillées ajoutent un contraste spectaculaire. On y retrouve des motifs floraux et des statues impressionnantes de Bouddha, et chaque détail est pensé pour émerveiller et inviter à la contemplation. C’est un lieu où l’art et la spiritualité se rencontrent dans un éclat de couleurs unique.


Puis direction le musée de Baan Dam. Un lieu unique : des œuvres d’art noires, sculpturales, parfois étranges, mais toujours fascinantes. Un musée comme je n’en avais jamais vu : chaque pièce est une découverte, une expérience sensorielle. Le musée de Baan Dam, créé par l’artiste Thawan Duchanee, est un lieu étonnant et atypique : un ensemble de bâtiments sombres abritant des sculptures, des peintures et des installations artistiques. Le musée mélange art contemporain et éléments traditionnels thaïlandais, avec parfois des œuvres surprenantes ou même dérangeantes, mais toujours fascinantes. On y découvre des animaux naturalisés, des bois sculptés, des peintures puissantes : chaque pièce raconte une histoire, et l’ensemble reflète la vision unique de l’artiste sur la vie, la mort et la spiritualité. C’est une expérience qu’on ne trouve nulle part ailleurs.

Après, cap sur le Triangle d’Or — ce point presque irréel où trois frontières se rencontrent. Debout là, face au fleuve, tu vois la Thaïlande, le Laos et le Myanmar se partager le paysage. Il n’y a pas de ligne tracée au sol, pas de barrière spectaculaire — juste le Mékong qui serpente doucement, et au loin, les collines couvertes de jungle. Et pourtant, tu sais que là, exactement là, trois mondes coexistent. C’est simple, presque calme… mais symboliquement, c’est puissant.
Le point de vue principal est aménagé, avec une grande arche dorée qui marque l’endroit. Des bateaux passent lentement sur le fleuve, parfois prêts à t’emmener pour une courte excursion — certains proposent même de s’approcher du Laos, ou de faire une escale rapide sur une petite île. Tout est très touristique par contre. Nous, on a décidé de faire autrement.
On a ensuite visité le Hall of Opium, et honnêtement, c’est bien plus qu’un simple musée. C’est une immersion. L’endroit est sombre, presque solennel, et te fait traverser toute l’histoire de l’opium dans la région. On y apprend comment, pendant des décennies, cette zone reculée est devenue l’un des plus grands centres mondiaux de production d’opium, alimentant un commerce international immense.
Mais ce qui marque vraiment, c’est l’impact humain derrière tout ça. Le musée montre comment des communautés entières dépendaient de cette culture pour survivre, coincées dans un système économique et politique complexe. On parle de colonisation, de conflits, de trafics, mais aussi de transformation. Parce qu’aujourd’hui, la région a énormément changé. La culture de l’opium a été en grande partie remplacée par des alternatives agricoles, et le Triangle d’Or s’est tourné vers le tourisme.
À l’extérieur, le contraste est frappant. Tu passes d’une histoire lourde, presque dérangeante, à des paysages paisibles, lumineux. Des temples brillent au soleil, des statues dorées dominent les rives, et des marchés vendent souvenirs et street food. C’est beau, vraiment. Mais tu sais qu’il y a quelque chose de plus profond derrière cette beauté.
Le Triangle d’Or, ce n’est pas juste un spot photo — même si, oui, c’est incroyablement photogénique. C’est un lieu chargé d’histoire, de tensions, de résilience aussi. Un endroit où passé et présent cohabitent, où tu peux ressentir à la fois la complexité d’une région… et la simplicité d’un instant, debout, à regarder trois pays se rencontrer en silence.
Sur le chemin du retour, on s’arrête dans un temple perdu pour allumer des vœux : personne autour, juste nous et le soleil qui se couche. L’aventure pure.

Romain prolonge son séjour, et moi aussi : trois jours magiques au total. On visite le Temple Rouge, un autre chef-d’œuvre. Pause dans un café au bord de la rivière : premier moment de détente au cœur de la nature, parfait pour une petite partie de Tic-Tac-Toe.

Nous essayons un spot de sunset que nous avions repéré depuis deux jours… mais flop : fermeture à 18h30 ! Malgré tout, la route est belle, et on rigole quand Romain casse une planche sur sa tête. La soirée se poursuit au samedi market de Chiang Rai : déambulations, snacks, achats et même un salon de piercing improvisé ! On termine dans un bar reggae : bières, Monopoly Deals, et nos musiques préférées. C’est justement dans ce petit bar reggae que j’ai découvert Chronixx, et sa chanson Here Comes Trouble.

Depuis, chaque fois que je l’écoute, il se passe quelque chose de particulier. Oui, ça me donne du plaisir, ça me fait du bien — sa musique est entraînante, vivante, presque solaire. Mais surtout, elle me ramène instantanément là-bas.
À ce moment précis.
À cette ambiance un peu floue, un peu chaude.
Aux lumières, aux rires, aux regards.
Et à Chifumi.
C’est fou comme une chanson peut devenir un portail. En quelques notes, je ne suis plus ici — je suis de retour dans ce bar, à ressentir exactement la même chose, comme si rien n’avait vraiment disparu. Comme si tout continuait d’exister quelque part, suspendu dans le temps.

Le lendemain, vient le moment de se quitter. Celui qu’on repousse un peu, sans vraiment le dire. Le cœur lourd, chargé de tout ce qui s’est vécu en si peu de temps. Lui, vers le Laos. Moi, vers une autre ville thaïlandaise. Deux directions différentes, comme souvent en voyage. Comme si les routes se croisaient juste assez longtemps pour laisser une trace, puis continuaient chacune de leur côté.
Les adieux étaient simples, mais remplis de non-dits. Pas besoin de grands discours. Juste ce regard qui dit “on sait”. Peut-être une étreinte un peu plus longue que les autres, un sourire qui essaie de rester léger, même si à l’intérieur ça tire un peu. On se promet de se revoir.
Ces trois jours avec Chifumi… c’était un condensé de tout ce que j’aime dans le voyage. De la spontanéité, des détours imprévus, des conversations qui partent de rien et qui deviennent profondes sans prévenir. Il m’a appris à ralentir un peu, à être plus dans le moment, à ne pas toujours chercher à “faire” quelque chose, mais simplement à être là. À apprécier ce qui est, sans vouloir le capturer ou le contrôler.
Avec lui, j’ai réalisé que certaines rencontres n’ont pas besoin de durer longtemps pour être marquantes. Qu’il y a des gens qui passent dans ta vie comme des éclats — courts, mais lumineux. Et que parfois, ces moments-là te laissent plus que des souvenirs : ils te laissent une nouvelle façon de voir.
Trois jours intenses, pleins de rires, d’émerveillement et de spontanéité. Trois jours qui résument parfaitement ce que voyager en mode backpack signifie : accepter l’imprévu, s’ouvrir aux autres, et comprendre que certaines des plus belles connexions sont aussi les plus éphémères.








Chifumi et moi, en plein délire xoxox
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