La route de Chiang Mai à Chiang Rai s’est faite dans un bus confortable, où j’ai eu la chance de rencontrer mon compagnon de siège. Je vous le présente : prénom ? Ça je n’en sais absolument rien. Nom de famille ? Encore moins. Profession ? Photographe, parcourant la Thaïlande à capturer des moments uniques. Âge ? Impossible à…

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Chiang Rai

La route de Chiang Mai à Chiang Rai s’est faite dans un bus confortable, où j’ai eu la chance de rencontrer mon compagnon de siège. Je vous le présente : prénom ? Ça je n’en sais absolument rien. Nom de famille ? Encore moins. Profession ? Photographe, parcourant la Thaïlande à capturer des moments uniques. Âge ? Impossible à dire, un vrai mystère. Ce que je sais : sa passion pour les photos est contagieuse, et dès notre première conversation, j’étais hypnotisée par la spontanéité de ces rencontres que la vie nous offre. Si je n’étais pas sortie de chez moi ce matin-là, jamais je ne l’aurais croisé.

Le backpack oblige à économiser, et parfois ça se traduit par marcher des heures pour sauver deux dollars. Alors j’ai marché : de la station de bus à mon hostel, une bonne heure sous le soleil brûlant. Mais c’est dans ces moments que je trouve la beauté du voyage : contempler les rues, observer les passants, sentir l’effervescence de la ville, tout en économisant quelques sous.

À mon arrivée, surprise : deux gars français font leur check-in à la réception. L’un se retourne vers moi et me lance : « Hey, t’es pas la French Canadian de Tinder ? » Je reste bouche bée… jusqu’à ce que je comprenne que c’était Romain, alias Chifumi ! Il m’invite à sortir avec lui et son ami, mais j’étais plus dans un mood solo, alors je pars explorer le Night Bazaar.

Le Chiang Rai Night Bazaar est plus petit, plus tranquille, mais tout aussi vivant à sa façon que celui de Chiang Mai. On est loin du côté très étendu et parfois un peu écrasant des grands night markets : ici, tout est plus concentré, plus accessible, presque plus humain.

Dès que la soirée commence, les rues autour du centre s’animent doucement. Les stands s’installent, les lumières s’allument une à une, et l’ambiance monte tranquillement. Il y a une scène centrale où des musiciens locaux jouent souvent en live — parfois des reprises connues, parfois de la musique thaïlandaise plus traditionnelle — et ça donne une énergie vraiment chaleureuse au lieu. La nourriture reste évidemment au cœur de l’expérience : petites brochettes grillées sur le moment, pad thaï préparé à la minute, soupes, fruits frais coupés, smoothies, et plein de snacks sucrés un peu improbables. Tout est simple, rapide, et incroyablement abordable. Tu manges en marchant, tu t’assois sur un banc improvisé, ou tu restes debout à côté d’un stand en regardant ce qui se passe autour. Il y a aussi pas mal d’artisanat local : textiles des communautés des montagnes, sacs faits main, bijoux, objets en bois, vêtements colorés.

Le lendemain, je cède à l’aventure avec Romain. Chifumi, c’est un électron libre : bohème, passionné de musique, festivals, et explorations spontanées. On a tout de suite vibré sur la même longueur d’onde. Romain, lui, avait cette énergie tranquille de ceux qui ont déjà vu beaucoup de routes et qui ne cherchent plus à impressionner qui que ce soit. Toujours partant, mais jamais pressé, il avançait avec une curiosité douce, posant mille questions, s’arrêtant pour observer un détail que la plupart des gens auraient ignoré. Il avait ce talent rare de rendre chaque moment plus léger, de transformer une simple marche en petite aventure, et de lancer une blague au moment exact où la fatigue commençait à se faire sentir. Avec lui, les journées prenaient un rythme différent : plus spontané, plus libre, comme si le plan importait moins que le chemin lui-même. Et c’est peut-être pour ça que je me suis laissée embarquer si facilement — parce qu’à ses côtés, l’inconnu n’était plus inquiétant, il devenait simplement une promesse de nouvelles histoires à raconter.

Premier arrêt : le Wat Rong Khun (le temple blanc). MAGNIFIQUE.

Dès l’entrée, tu comprends que ce n’est pas un temple “classique”. Tout est blanc, d’un blanc presque irréel, comme si le lieu avait été figé dans la lumière. Les sculptures semblent vivantes, les détails sont partout, et les miroirs incrustés dans le plâtre accrochent le soleil et le renvoient dans tous les sens. C’est éclatant, presque aveuglant par moments.

Le temple a été imaginé et construit par l’artiste thaïlandais contemporain Chalermchai Kositpipat à partir de 1997. Son intention est forte : représenter la pureté de Bouddha et le chemin vers l’illumination. Le blanc symbolise cette pureté, et les petits miroirs intégrés dans les sculptures représentent la sagesse et la bonté qui reflètent la lumière dans le monde. Rien n’est laissé au hasard. Et pourtant, ce qui rend l’endroit encore plus fascinant, c’est le contraste entre le sacré et le contemporain. On retrouve des éléments inattendus, presque déroutants : des références à la pop culture, des figures modernes intégrées dans une architecture spirituelle. C’est comme si le passé et le présent discutaient ensemble à chaque coin du temple.

Le prix d’entrée est d’environ 100 bahts par personne, donc vraiment accessible, surtout pour un site aussi unique.

Mais au-delà de tout ça… il y a aussi ce qu’on en a fait, nous.

Avec Chifumi, on n’a clairement pas aidé à garder une ambiance très “zen” en mode contemplation silencieuse. Deux adultes avec un âge mental qui fluctue entre 7 et 14 ans selon les moments, on a passé une bonne partie de la visite à faire des niaiseries, rire pour rien, prendre des poses ridicules devant les sculptures, et inventer des scénarios complètement absurdes au milieu d’un des temples les plus impressionnants qu’on ait vus.

Et honnêtement… c’était parfait.

Parce que même si le lieu est profondément spirituel et impressionnant, il y avait aussi quelque chose de très vivant dans notre manière de le découvrir. Entre deux crises de rire et trois photos douteuses, on s’arrêtait quand même pour observer. Longtemps. Vraiment longtemps. On a facilement passé plusieurs heures sur le site, à tourner, revenir, remarquer de nouveaux détails, se perdre un peu dans les reflets et les symboles. C’est probablement l’un des plus beaux temples que j’ai vus de ma vie. Pas seulement pour son esthétique, mais pour l’expérience complète : ce mélange de beauté, de symbolisme, et de moments complètement absurdes qui rendent le souvenir encore plus vivant.

Ensuite, notre moto nous mène un peu par hasard vers un endroit complètement irréel : le complexe de Wat Huay Pla Kang.

On ne l’avait même pas vraiment planifié. C’est apparu sur la route comme un décor sorti de nulle part : une énorme statue blanche perchée sur une colline, visible de loin, entourée de pagodes colorées et de structures d’inspiration chinoise. Et forcément… on a tourné.

Le site est impressionnant dès l’arrivée. Des escaliers gardés par des dragons sculptés gigantesques, des détails dorés, rouges et verts partout, une architecture très chinoise-bouddhiste, presque théâtrale. Et au centre de tout ça, une immense statue de Guanyin, la déesse de la compassion, d’un blanc éclatant, qui domine tout le paysage. Ce qui rend l’endroit encore plus fou, c’est qu’on peut entrer dans la statue. On monte à l’intérieur par un ascenseur (oui, un ascenseur dans une statue de Bouddha), et plus tu montes, plus tu réalises à quel point le lieu est démesuré. À l’intérieur, il y a des étages décorés, de la musique douce, des sculptures, des détails lumineux… une ambiance presque surréelle, entre temple et installation artistique. Et quand tu arrives tout en haut, tu sors sur une plateforme avec une vue panoramique sur toute la région. Le vent, le silence, la sensation d’être minuscule au milieu de tout ça… c’est assez marquant.

Et évidemment, avec Chifumi, on n’a pas exactement vécu ça comme une retraite spirituelle silencieuse. On a ri, on a fait des blagues absurdes dans les couloirs de la statue, on s’est perdus volontairement dans les escaliers, on a pris des photos ridicules entre deux moments où on s’arrêtait quand même, sincèrement, pour regarder. Parce que malgré les niaiseries, il y avait aussi ça : des moments de vraie contemplation. On se taisait parfois, juste pour observer les détails, la grandeur du lieu, le contraste entre l’extravagance de l’architecture et la sérénité qu’elle dégage malgré tout. On y est restés longtemps. Beaucoup plus longtemps que prévu. Facilement plusieurs heures à tourner autour, monter, redescendre, explorer chaque recoin, comme de vrais petits explorateurs un peu perdus mais complètement fascinés.

Et au final, ce temple improvisé sur la route est devenu l’un des moments les plus mémorables du voyage. Parce que parfois, les endroits les plus marquants sont ceux que tu ne cherchais même pas.

Le dernier arrêt de la journée nous amène à une petite cascade tranquille, presque cachée sur la route. Khun Korn Waterfall, un endroit entouré de jungle, accessible après une courte marche dans la forêt.

C’est le genre d’endroit qui ne fait pas de bruit pour attirer ton attention. Pas de foule, pas de stands, juste le son de l’eau qui tombe, la verdure dense, et une atmosphère incroyablement apaisante. On s’est retrouvés complètement seuls, assis près de l’eau, à juste exister un peu sans rien chercher à faire de spécial.

Et là, Romain me raconte un truc complètement adorable : depuis qu’il est petit, il s’amuse à suivre symboliquement le trajet d’une goutte d’eau, en imaginant son parcours jusqu’à la rivière. Genre une mini méditation d’enfant qui n’a jamais disparu.

On a aussi sorti un jeu de Monopoly Deal. Je n’avais jamais joué avant. Absolument aucune stratégie, juste de l’instinct et un peu de chaos. Résultat : j’ai complètement torché Romain. Aucun respect, aucune pitié. Une victoire un peu trop confiante pour quelqu’un qui découvrait le jeu cinq minutes plus tôt. On en rit encore.

La journée s’est ensuite glissée doucement vers le Night Bazaar de Chiang Rai. Bières à la main, musique dans l’air, lumière chaude partout. Une ambiance parfaite pour finir sans pression. Et il y avait aussi ce moment un peu plus doux. Chifumi cherchait un petit objet pour moi, quelque chose à acheter, pas grand-chose… juste un souvenir. Quelque chose qui resterait. Parce que moi, je lui avais déjà donné un bracelet plus tôt dans le voyage. Alors on a arpenté les stands, encore et encore, sans trop trouver. On regardait, on hésitait, mais rien ne semblait “juste”.

Puis, presque à la fin, on tombe dessus.

Une petite épingle, un petit appareil photo miniature. Simple. Parfait. Exactement ce qu’il fallait. Et sans hésiter, il me l’achète.

Je l’ai encore aujourd’hui.

Et à chaque fois que je le vois, je repense à ce moment précis à Chiang Rai. À la lumière du night bazaar, à la fatigue douce de la journée, et à Chifumi qui voulait juste laisser une trace de ce moment-là.

Fun fact : quand on est revenus à l’hostel, on est tombés sur “Madame Fourmis” en plein psychodrame. Elle était assise par terre au milieu de la salle de bain, complètement dépassée, entourée de ses affaires ouvertes dans tous les sens. Son sac était défait, ses produits étalés partout… parce qu’elle avait littéralement des FOURMIS partout.

Et le plus absurde dans tout ça ? Romain et moi… on n’a jamais vu une seule fourmi. Genre zéro. Rien. On était là, debout, à essayer de comprendre la scène pendant qu’elle vivait manifestement une invasion digne d’un film d’horreur miniature.

Un autre jour sur la route, encore en moto, encore cette sensation de liberté un peu poussiéreuse, un peu parfaite.

Première halte : le Wat Rong Suea Ten, le Temple Bleu.

Et honnêtement… wow.

Dès l’arrivée, tu comprends que tu n’es pas dans un temple “classique”. Tout est bleu profond, presque électrique, comme si la couleur elle-même avait été saturée au maximum. Le contraste avec les dorures est incroyable : du bleu intense partout, relevé par de l’or brillant qui accroche la lumière du soleil comme des éclats. Le temple est relativement récent, construit vers 2005, et il a été réalisé par un artiste local, élève de celui qui a créé le Temple Blanc. On sent clairement l’inspiration du Wat Rong Khun, mais avec une identité propre : ici, c’est moins “éblouissant blanc pur” et plus “profondeur spirituelle bleue”. Le bleu symbolise la sagesse de Bouddha et la sérénité. Et ça se ressent vraiment dans l’atmosphère. Malgré les couleurs intenses, il y a quelque chose de calme, presque enveloppant. Les statues de Bouddha sont majestueuses, les motifs floraux ultra détaillés, les sculptures tellement fines que tu pourrais passer des heures juste à observer un seul mur.

Et c’est exactement ce qu’on a fait.

On s’est assis par terre, littéralement au sol, sans trop réfléchir, et on a juste… regardé. Longtemps. Très longtemps. À tourner la tête, à remarquer des détails qu’on n’avait pas vus deux minutes avant, à suivre les formes, les textures, les reflets de lumière sur l’or. C’était un de ces moments où tu ne fais rien, mais où tu es complètement dedans. On parlait peu. Ou pas beaucoup. Parce que le lieu se suffisait à lui-même. Juste des “wow” de temps en temps. Des silences. Et cette impression un peu étrange d’être devant quelque chose qui dépasse la simple beauté.

Puis direction le Baan Dam Museum, aussi appelé la “Black House”.

Et là… changement total d’énergie.

Après les temples blancs et bleus éclatants, on tombe dans quelque chose de sombre, brut, presque dérangeant par moments. Le musée a été créé par l’artiste thaïlandais Thawan Duchanee, et c’est un ensemble de bâtiments noirs disséminés sur un grand terrain, comme un village artistique un peu hors du temps. L’architecture elle-même est déjà impressionnante : bois sombre, formes traditionnelles thaïes revisitées, toits pointus, structures massives. Mais ce qui marque vraiment, c’est ce qu’il y a à l’intérieur.

Chaque bâtiment est une sorte d’univers en soi. On passe d’une pièce remplie de bois sculpté extrêmement détaillé à des installations contemporaines presque abstraites, puis à des espaces où sont exposés des objets inattendus : cornes, peaux, os, animaux naturalisés, instruments, œuvres symboliques… C’est un mélange très fort entre art, nature et provocation. Certaines salles sont presque oppressantes, d’autres fascinantes, d’autres encore simplement étranges. On ne sait pas toujours comment se positionner : est-ce que je dois analyser, ressentir, comprendre… ou juste observer ?

Et c’est peut-être ça la force du lieu.

Il ne te donne pas une seule lecture. Il te laisse face à toi-même, face à ce que tu ressens devant les thèmes: la vie, la mort, la dualité, la spiritualité, la nature humaine. Rien n’est lisse, rien n’est “joli” au sens classique. Mais tout est pensé, assumé, puissant. On a aussi eu ces moments un peu plus légers, à déambuler entre les bâtiments, à commenter des œuvres un peu bizarres, à rire parfois de notre incompréhension face à certaines installations. Parce que oui, même dans un lieu aussi intense, on restait nous-mêmes, un peu perdus, un peu curieux, un peu enfants aussi.

Après, cap sur le Triangle d’Or — ce point presque irréel où trois frontières se rencontrent. Debout là, face au fleuve, tu vois la Thaïlande, le Laos et le Myanmar se partager le paysage. Il n’y a pas de ligne tracée au sol, pas de barrière spectaculaire — juste le Mékong qui serpente doucement, et au loin, les collines couvertes de jungle. Et pourtant, tu sais que là, exactement là, trois mondes coexistent. C’est simple, presque calme… mais symboliquement, c’est puissant.

Le point de vue principal est aménagé, avec une grande arche dorée qui marque l’endroit. Des bateaux passent lentement sur le fleuve, parfois prêts à t’emmener pour une courte excursion — certains proposent même de s’approcher du Laos, ou de faire une escale rapide sur une petite île. Tout est très touristique par contre. Nous, on a décidé de faire autrement.

On a ensuite visité le Hall of Opium, et honnêtement, c’est bien plus qu’un simple musée. C’est une immersion. L’endroit est sombre, presque solennel, et te fait traverser toute l’histoire de l’opium dans la région. On y apprend comment, pendant des décennies, cette zone reculée est devenue l’un des plus grands centres mondiaux de production d’opium, alimentant un commerce international immense.

Mais ce qui marque vraiment, c’est l’impact humain derrière tout ça. Le musée montre comment des communautés entières dépendaient de cette culture pour survivre, coincées dans un système économique et politique complexe. On parle de colonisation, de conflits, de trafics, mais aussi de transformation. Parce qu’aujourd’hui, la région a énormément changé. La culture de l’opium a été en grande partie remplacée par des alternatives agricoles, et le Triangle d’Or s’est tourné vers le tourisme.

À l’extérieur, le contraste est frappant. Tu passes d’une histoire lourde, presque dérangeante, à des paysages paisibles, lumineux. Des temples brillent au soleil, des statues dorées dominent les rives, et des marchés vendent souvenirs et street food. C’est beau, vraiment. Mais tu sais qu’il y a quelque chose de plus profond derrière cette beauté.

Le Triangle d’Or, ce n’est pas juste un spot photo — même si, oui, c’est incroyablement photogénique. C’est un lieu chargé d’histoire, de tensions, de résilience aussi. Un endroit où passé et présent cohabitent, où tu peux ressentir à la fois la complexité d’une région… et la simplicité d’un instant, debout, à regarder trois pays se rencontrer en silence.

Sur le chemin du retour, on s’est arrêtés dans un petit temple complètement isolé, perdu au milieu de nulle part, loin des circuits touristiques. Rien autour, aucune foule, aucun bruit de fond… juste nous, le vent léger et la lumière dorée du soleil qui commençait à descendre.

C’était un de ces lieux où tu comprends tout de suite que le temps n’a pas la même densité. Le temple était simple, un peu usé par les années, avec des statues de Bouddha posées calmement sous un abri ouvert. Quelques drapeaux de prière bougeaient doucement, et l’atmosphère était incroyablement paisible. On a pris le temps de s’asseoir, de respirer, de regarder. Pas de programme, pas de timing, juste le moment présent. Et puis on a allumé des vœux. Des petites bougies, de l’encens, des gestes simples mais chargés de sens dans la tradition bouddhiste locale. Le silence autour rendait tout plus fort, comme si chaque intention posée là avait plus de poids. Le soleil se couchait doucement en arrière-plan, teintant le ciel d’orange et de rose, et la lumière passait entre les arbres et les structures du temple.

Il n’y avait personne d’autre. Juste nous deux dans cet espace suspendu.

C’était un moment très simple, mais très puissant. Rien d’extraordinaire en apparence, mais exactement le genre de parenthèse qui reste gravée. Le genre d’instant où tu ne fais rien de spectaculaire, mais où tu ressens tout.

Romain prolonge son séjour, et moi aussi : finalement, on reste quelques jours de plus à Chiang Rai. Des jours un peu suspendus, entre exploration, fatigue douce et moments complètement simples.

On en profite pour visiter le “Temple Rouge” à cause de son immense statue rouge et dorée qui domine le site. Dès qu’on arrive, on est frappés par l’échelle du lieu : une gigantesque figure de Guanyin, entourée de dragons sculptés qui grimpent les escaliers comme s’ils gardaient le temple. On monte, encore, toujours un peu plus haut. Les escaliers encadrés par les dragons donnent vraiment une impression de passage, comme si chaque marche t’amenait dans un autre niveau du lieu. En haut, la vue est large, ouverte sur toute la région. Et au centre, cette statue massive, rouge et blanche, qui contraste avec le ciel et le paysage.

Avec Chifumi, on a évidemment fini par dériver dans notre spécialité : ne pas être sérieux très longtemps.

On est tombés sur un petit coin avec une espèce de structure un peu étrange, entre décor et autel improvisé, avec des éléments qui ressemblaient à des tambours ou des objets rituels. On ne savait pas trop si c’était symbolique, décoratif ou juste posé là… mais ça ne nous a pas empêchés de transformer le moment en scène complètement absurde. On a tapé doucement sur les “instruments”, essayé de faire semblant de comprendre un rythme, puis on a vite dérivé en improvisation musicale douteuse, entre rires et faux airs concentrés. Évidemment, ça a rapidement dégénéré en séance photo.

On a commencé à prendre des photos dans les fenêtres et les ouvertures du temple, en mode théâtral complet. Je posais comme une princesse dramatique en détresse, regard perdu vers l’horizon, main sur le cadre, comme si j’attendais un sauveur sorti d’un film. Chifumi, alternait entre photographe sérieux et complice incapable de rester crédible plus de deux secondes.

Et au final, entre deux niaiseries, on regardait quand même autour de nous, sincèrement émerveillés. Parce que même en mode chaos total… l’endroit restait incroyable.

Plus tard, on fait une pause dans un café au bord de la rivière Kok. Premier vrai moment de détente pure après plusieurs jours intenses. Des tables en bois, un décor simple, la nature juste là, à côté de nous. L’eau coule doucement, les arbres bougent légèrement avec le vent, et tout semble ralentir. On s’installe, on commande quelque chose de froid, et sans trop réfléchir… on sort un petit jeu de Tic-Tac-Toe improvisé. Rien de sérieux, juste un moment idiot et parfait. On joue, on rigole, on recommence.

On avait repéré un spot de sunset depuis deux jours. Le genre d’endroit qu’on s’imagine déjà parfait : vue dégagée, ciel orange, petit moment “wow” en silence.

Sauf que… flop total.

En arrivant, on réalise que l’accès ferme à 18h30. Et bien sûr, on arrive après. Classique. On reste quand même un peu, parce que la route pour y monter était déjà magnifique : des virages, de la lumière dorée entre les arbres, cette ambiance de fin de journée où tout devient plus doux.

Et comme souvent avec Chifumi… même un échec devient un moment. Sur le retour, Romain fait une connerie absolument inutile (et donc très drôle) : il se prend une planche mal placée en plein dans la tête en mode accident complètement random. Rien de grave évidemment, mais sur le moment… on a explosé de rire. Genre le rire incontrôlable, celui qui te fait pleurer parce que c’est trop absurde pour être sérieux. Ça a officiellement transformé le “sunset raté” en moment culte.

Et pour finir la soirée : un petit bar reggae.

Là, ambiance totalement différente encore. Plus chill, plus lente. Bières sur la table, musique douce dans l’air, et surtout… Monopoly Deal qui ressort encore une fois. On joue, on rigole, on refait les règles sans les suivre vraiment, comme toujours.

Mais ce que je retiens surtout, c’est la musique.

Avec Chifumi, on s’est vraiment retrouvés là-dessus. La musique a été un fil conducteur du voyage. Même aujourd’hui, on s’envoie encore des sons. Il m’a fait découvrir des tracks que j’écoute encore en boucle, comme Omerta de Moha K ou Mwaki de Zerb.

Et dans ce petit bar reggae, c’est là que j’ai découvert Chronixx et sa chanson Here Comes Trouble.

Depuis, dès que je l’entends, il se passe un truc bizarre. Oui, ça me donne du plaisir, c’est entraînant, vivant, presque solaire… mais surtout, ça me ramène instantanément là-bas.

À ce moment précis.
À cette ambiance un peu floue, un peu chaude.
Aux lumières, aux rires, aux regards.

Et à Chifumi.

C’est fou comme une chanson peut devenir un portail. En quelques notes, je ne suis plus ici — je suis de retour dans ce bar, à ressentir exactement la même chose, comme si rien n’avait vraiment disparu. Comme si tout continuait d’exister quelque part, suspendu dans le temps.

Le lendemain, vient le moment de se quitter. Celui qu’on repousse un peu, sans vraiment le dire. Le cœur lourd, chargé de tout ce qui s’est vécu en si peu de temps. Lui, vers le Laos. Moi, vers une autre ville thaïlandaise. Deux directions différentes, comme souvent en voyage. Comme si les routes se croisaient juste assez longtemps pour laisser une trace, puis continuaient chacune de leur côté. Les adieux étaient simples, mais remplis de non-dits. Pas besoin de grands discours. Juste ce regard qui dit “on sait”. Peut-être une étreinte un peu plus longue que les autres, un sourire qui essaie de rester léger, même si à l’intérieur ça tire un peu. On se promet de se revoir.

Ces trois jours avec Chifumi… c’était un condensé de tout ce que j’aime dans le voyage. De la spontanéité, des détours imprévus, des conversations qui partent de rien et qui deviennent profondes sans prévenir. Il m’a appris à ralentir un peu, à être plus dans le moment, à ne pas toujours chercher à “faire” quelque chose, mais simplement à être là. À apprécier ce qui est, sans vouloir le capturer ou le contrôler. Avec lui, j’ai réalisé que certaines rencontres n’ont pas besoin de durer longtemps pour être marquantes. Qu’il y a des gens qui passent dans ta vie comme des éclats — courts, mais lumineux. Et que parfois, ces moments-là te laissent plus que des souvenirs : ils te laissent une nouvelle façon de voir. Trois jours intenses, pleins de rires, d’émerveillement et de spontanéité.

Chifumi et moi, en plein délire xoxox


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