Je suis arrivée à Chiang Mai avec ce drôle de sentiment d’entrer dans une région qui porte en elle des histoires plus lourdes que ses montagnes. On parle souvent du Triangle d’or, ce coin mythique à la frontière de la Thaïlande, du Laos et du Myanmar, où pendant des décennies s’est joué un commerce discret…

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Chiang Mai

Je suis arrivée à Chiang Mai avec ce drôle de sentiment d’entrer dans une région qui porte en elle des histoires plus lourdes que ses montagnes. On parle souvent du Triangle d’or, ce coin mythique à la frontière de la Thaïlande, du Laos et du Myanmar, où pendant des décennies s’est joué un commerce discret mais colossal : celui de l’opium. Dans les années 50 à 80, cette région était l’un des plus grands producteurs d’opium au monde.

Des villages entiers vivaient de cette culture, des caravanes traversaient les montagnes, et les routes de terre étaient empruntées par des hommes armés et des trafiquants silencieux. Aujourd’hui, les champs ont été remplacés par du café et du tourisme, mais l’ombre de cette époque flotte encore dans l’air chaud du nord thaïlandais, comme un secret que la jungle refuse d’oublier. Et c’est avec cette histoire en tête que j’ai posé mon sac dans mon auberge.

PS; c’est d’ailleurs à cette hostel que j’y ai recontré Quentinooooo. Quelques heures plus tard, j’y rencontrais Pun, un Thaïlandais de 46 ans qui revient à Chiang Mai chaque année pendant plusieurs mois pour une seule raison : consommer de l’opium. Sur le papier, ça sonne sombre. Dans la réalité, Pun était doux, calme, presque poétique. Nous avons passé des heures assis devant l’auberge, sur de petites chaises en plastique, comme dans un mini-café improvisé. Il parlait lentement, en mélangeant anglais et sourires, et moi je l’écoutais raconter sa vie, ses erreurs, ses habitudes. Il m’a appris que les gens ne sont jamais aussi simples que les étiquettes qu’on leur colle. Derrière sa dépendance, il y avait un homme fatigué, mais aussi curieux, gentil, et étonnamment lucide sur sa situation. Je ne cautionnais rien, mais j’ai ressenti de l’empathie.

Voyager, c’est aussi ça : rencontrer des histoires humaines qui te forcent à abandonner tes jugements rapides. Dans cette même auberge, j’ai aussi rencontré Jack et son ami – dont le nom s’est évaporé quelque part entre deux Chang beers – tous les deux Canadiens, mais du côté anglophone. Malgré nos accents différents et nos éternels débats internes sur la poutine et la langue, ça m’a fait un bien fou de parler à des gens de chez nous. Nous sommes allés ensemble dans un barbecue thaïlandais à volonté. Une expérience divine. Des plateaux de viande, des légumes, des sauces inconnues et ce petit grill brûlant au centre de la table. On cuisinait nous-mêmes, on riait, on se brûlait les doigts, et on mangeait beaucoup trop. J’ai aussi, une fois de plus, sous-estimé le niveau de piquant de la nourriture thaïlandaise. Disons simplement que mon estomac s’en souvient encore, et que je vous épargne les détails pour le bien de votre confort mental.

Évidemment, Thaïlande oblige, j’ai développé une relation très sérieuse avec le 7-Eleven. Si vous ne savez pas de quoi je parle, sachez qu’en Thaïlande, le 7-Eleven n’est pas un simple dépanneur. C’est une institution. Mon combo préféré : le grilled cheese jambon toasté directement sur place, accompagné d’un lava cake brownie encore chaud. Une révélation. Une addiction. J’en aurais mangé matin, midi et soir sans aucune honte. Je suis convaincue que si je restais assez longtemps en Thaïlande, je finirais par baser tout mon budget voyage sur ce sandwich.

Le combo 😉

Un des moments les plus marquants de Chiang Mai a été la méditation gratuite avec des moines bouddhistes, au Monk Chat Office, un endroit conçu pour permettre aux voyageurs d’échanger avec les moines tout en découvrant la méditation et la philosophie bouddhiste. Les sessions se tiennent tous les jours, généralement de 10h à 11h30 le matin et de 14h à 15h30 l’après-midi, offrant un moment de calme et de réflexion au cœur de la ville animée. S’asseoir là, écouter, observer et participer à ces exercices simples mais puissants, c’était comme appuyer sur pause sur le monde extérieur et ressentir une tranquillité rare. Nous avons été accueillis dans un temple calme, loin du bruit des scooters, et on nous a appris trois types de méditation. La première était la méditation assise, concentrée sur la respiration : observer l’air entrer et sortir, sans le contrôler, simplement être témoin de ce qui se passe. La deuxième consistait à répéter mentalement un mot pour calmer l’esprit, une sorte d’ancre pour éviter de se perdre dans ses pensées. Mais ma préférée a été la méditation en marchant. Avancer lentement, sentir chaque pas, chaque mouvement du pied, comme si marcher devenait une activité sacrée. Ça peut paraître étrange au début, mais c’était incroyablement apaisant. Pour une fois, je ne marchais pas pour aller quelque part, mais juste pour être là. Je mettrai définitivement l’adresse du temple dans la section tips de mon blogue, parce que c’est une expérience que je recommande à tout le monde, croyant ou non. Ça permet de toucher à une facette essentielle de la culture thaïlandaise, bien au-delà des temples Instagrammables.

Méditation

Et puis il y a eu le marché de nuit de Chiang Mai. Des allées interminables de nourriture, de vêtements, d’artisanat, de musique, de lanternes et d’odeurs mélangées. On y mange pour presque rien, on y marchande maladroitement, et on finit toujours par acheter quelque chose dont on n’avait absolument pas besoin mais qu’on adore quand même. C’est le genre d’endroit où tu te perds volontairement, parce que te perdre fait partie de l’expérience. Malheureusement, je ne suis restée à Chiang Mai que moins de 48 heures. La Thaïlande est immense, les distances sont longues, et les bus de nuit ne pardonnent pas.

J’aurais aimé rester plus longtemps, prendre le temps d’explorer les montagnes, de visiter les villages autour, de retourner voir Pun pour un autre café improvisé devant l’auberge. Chiang Mai m’a donné un aperçu d’un nord thaïlandais plus calme, plus spirituel, mais aussi profondément marqué par son histoire. C’est une ville qui ne se dévoile pas en vitesse. Elle demande du temps, de la lenteur, et un peu de curiosité. Je suis repartie avec le goût de revenir, l’odeur du charbon des BBQ encore dans les cheveux, le souvenir des pas silencieux sur le sol du temple… et une nostalgie très sérieuse pour un grilled cheese de dépanneur.

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